Média et Criminologie.

Janvier 2011.

La presse rapporte le cas d’un adolescent qui s’est suicidé par le feu, aux portes de son lycée. Sans aucun doute le recours à l’immolation est mimétique, hautement sacrificiel et politique. Cette inondation par le feu doit être comprise dans sa dimension spectaculaire comme une large et manifeste demande  qui en ne s’adressant à personne en particulier oblige  l’anonyme de la rue devenir quelqu’un : celui qui voit, ressent et par identification, sidération ne peut rester insensible, indifférent. Aux portes de la mort dans l’irrépressible solitude, il s’offre à la vindicte qui le poursuit et offre ce qu’il détient en héritage à celui qui passe.
C’est moins de cet acte  et de sa dimension anthropologique dont je voudrais parler. Plutôt de la façon dont la presse en rendant publique l’information va immédiatement de ses interprétations cherchant à les valider tantôt auprès de professionnels, d’experts ou de proches. Comme s’il fallait à tout prix et aux dépens des valeurs attachées à la personne et à ses proches qu’une logique formelle ou scientiste en interdise la recherche critique de sens. Une surinformation non critique, intuitive populiste prend le pas sur tout le reste, sans aucun souci de donner au public une quelconque rationalité de distance.

Et pourtant : toujours l’évolution de la situation démontre que la simplicité des premières explications échoue devant la complexité des situations vécues. Longtemps il en avait été de même (mais encore aujourd’hui ?) des effets des violences devenues conjugales ou des enfants et adolescents meurtriers dont on méconnaissait les violences psychologiques subies pour mettre en avant une parentalité sans trouble.

Ainsi a-t-on pu lire, de cet adolescent qu’il avait des problèmes personnels (sic) liés, 1-à ses études, entendu le proviseur de son lycée à ce sujet, 2-puis de mêmes problèmes liés à sa situation familiale et aux effets de la séparation parentale, 3-puis, enfin, qu’il pouvait être l’objet de racket et qu’on y avait trouvé des attestations positives.

La culture des motifs suicidaires est paradoxalement réduite a priori à des motifs individuels et d’insuffisance personnelle, ici tout particulièrement dans l’oubli des dimensions institutionnelles du vivre-ensemble et des environnements criminels. La norme « devenez autonome » suppose l’absence de problèmes non dépassables, instruit et secrète un individualisme criminogène, engendre des postures suicidaires.

L’explication des médias mise sur une insuffisance individuelle, dans un excès de psychologisme psychanalysant ou sera renvoyée à des conditions sociologiques existentielles quand l’explication première s’avérera pour le moins réductrice. Dans tous les cas une pseudo interprétation vient clore un débat en acte, un débat qui cherche sa visibilité.

Pourquoi faut-il que les rédactions de presse se mettent à savoir avant même de pouvoir savoir et que la rubrique des faits divers en appelle que rarement à la raison ?

L’interpellation était spectaculaire, dans d’autres cas elle traduit un repli incommensurable sur une détresse interne et interminable : un enfant de 9 ans en « avait marre »( !) de la quotidienneté invasive de ses soins et un expert vient dire que les cas sont rares mais qu’ils existent (et alors…) ; une mère « part avec sa fille  handicapée » alors même que les services sociaux interpellés avouent avoir fait tout leur possible… . Et alors…

Dans tous ces cas les informations données désinforment, neutralisent, aseptisent. L’explication a fonction médicalisante de réparation et de pansement, entre voyeurisme et exhibitionnisme, mauvaise conscience ou report de responsabilité. La philosophie s’y trouve rarement interpellée tant nos incroyances sont d’évidence. Les corps des spécialistes enquêteurs sont rendus présents dans l’arrière scène des crimes.

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