De la médiation familiale, ses usages et son statut dans les dispositifs de traitement.

(écriture en cours, sur Clinique, Ethique et dispositifs d’intervention en violences intra familiales. Vers une axiologie.) L-M Villerbu, 10 juin 2021.

Il est d’usage et de recommandation que de dire ou d’affirmer qu’en cas de problèmes intra groupe ou intra personnes, le mieux est d’en parler et de pouvoir en discuter les arguments qui font controverse. Dès lors que ceux-ci reconnus, identifiés sont susceptibles de produire du changement. Trouver un médiateur parait alors, aller de soi et l’actualité rend compte de ces métiers spécialisés autour du coaching. YouTube en fait une publicité féconde.

Proposer d’acter une médiation suppose des interlocuteurs cherchant une solution, pour un dépassement de positions. Certes il peut y avoir et il y en a, du tirage à changer de points de vue, à penser une autre perspective mais le travail fait sur ce changement créé les conditions d’un dépassement, dans le respect de la singularité des uns et des autres.

Cela signifie que l’un et l’autre des acteurs puissent penser son vis-à-vis en termes de bonne foi, que le fait conflictuel organisateur de la contradiction soit en quelque sorte créée par une approche dans laquelle s’est trouvée perdue, contextuellement, la capacité de parler à un autre. Dans ce cas il n’y a plus de tiers, tant l’un ou l’autre des acteurs se trouve saisi/figé de douleur, par la disparition de son propre point de vue, tant que parfois il y pense y perdre la vie. Le tiers exclu est retrouvé dans l’autre médiateur.

Dans l’hypothèse du conflit la médiation familiale ou parentale, conjugale peut alors être prescrite, dans sa version classique, dans la mesure où elle prescrit du tiers là où c’est possible de le mettre au travail. Pour prescrire du tiers il faut qu’il y en ait. Comment le sait-on ?

Dans quelle condition cette prescription de tiers est–elle invalide ? Se poser la question c’est admettre qu’il n’y a pas de recette une fois pour toutes, que toutes choses ne s’équivalent pas et que certains problèmes ne relèvent pas d’un traitement acquis pour un autre problème. La contre-indication dit la singularité d’un objet et d’un dispositif. Passer outre c’est se laisser à aller des manœuvres idéologiques : Détournées de leur instruction première, contestables sur le plan éthique et déontologique.

Toute autre dimension est ce qui se donne à voir comme conflit et ne l’est pas malgré les apparences, se donne à voir dans des états intercurrents, périodiques, de crises, i-e d’états qui signifient bien au-delà, l’impossibilité de se donner du conflit, de se percevoir et ressentir en contradiction. C’est là que se situe notre réflexion : Violences en contextes conjugaux, conflits ou crises ? Le conflit suppose du tiers, la crise sa disparition, l’incapacité de le maintenir. Jusqu’où et dans quelle mesure la contradiction est-elle soutenable ? Et quand elle ne l’est pas…

On voit ce faisant où se trouve la difficulté, sous couvert de bonnes intentions, si tant qu’elles puissent ne jamais être dépourvues de mauvaise foi, de ces prescriptions de médiation pénale ou de médiation parentale, obligatoires, supposées faciliter une décision judiciaire : Se mettre au service d’une décision judiciaire en travaillant sur du consentement… à quoi ? Sinon aux exigences de la loi sur l’autorité parentale, ou…. C’est-à-dire sur un renoncement dont il n’est jamais aisé de percevoir l’objet pluridimensionnel. Jeu du qui perd gagne…quoi, où, comment…avec, sans…

Et ceci d’autant plus que la dimension psychopathologique dominante dans les positionnements psy-, et autres(…) rate très souvent la dimension axiologique de leur construction. Parce que trop souvent penser en terme de psycho- pathologie permet de rendre invisible la dimension axiologique. Dans nombre de décisions judiciaires de profil JAF et JE l’argument conjugopathie vient bien souvent à point pour ne pas décider d’une autre réalité. Décisions de magistrats s’appuyant une notion d’aliénation maternelle ou paternelle sans avoir suffisamment estimé les cohérences des expertises remises, trop souvent sans contre expertises et qu’un accompagnement socio judicaire ou psychologique judicaires entérine trop souvent 1,se privant de leur capacité d‘analyse, faute trop souvent de formations.

Le contexte « violences conjugales » au point que cela en devienne exemplaire. Exemples et témoignages tout azimut à propos de cette confrontation ordinaire en violences conjugales, la notion d’aliénation parentale qui tient souvent ses cadres de pensées dans un autre concept issu du champ de la psychiatrie, la conjugopathie. Notion qui vient tenter de poser un diagnostic pseudo-groupal en décrivant par ailleurs et en dessous, des ordinaires troubles psychiatriques ou trouble de la personnalité.

Notion qui rate les développements contemporains2 sur la problématique de l’emprise, à la condition qu’elle ne soit réduite ni à une pulsion (d’emprise) ni à un trouble structurel (narcissisme et perversion) et que l’on comprend mieux si l’on accepte de considérer qu’une telle notion est le produit de cette même épistémologie qui a renouvelé les rapports psychè-soma, en un appareil systémique3 : ici les rapports groupe-personne, au-delà des analyses complémentaires dit de psychologie clinique et de psychologie sociale, ou de psychologie/sociologie4 5.

Comprendre ces violences de crises suppose d’avoir les moyens d’entendre une autre réalité, de cesser de raisonner «  comme tout le monde », en supposant un peu de bonne volonté.

On doit considérer que la référence à la psychiatrie est un obstacle à penser la violence en contexte conjugaux. Sans doute parce qu’elle tient encore la définition de la dangerosité dans des cadres structuraux (psychose-perversions/névrose-psychopathie) qui ne disent rien de l’existence au quotidien, de la phénoménologie de l’intime et du social d’une part, et d’autre part parce la rationalité de la dangerosité tient à la perte ou non de la raison raisonnante plus qu’aux risques du- vivre- ensemble. Ce changement de références ( la perte de la raison/ au vivre ensemble) engage des analyses et des lieux d’expériences ou d’observations forts différents.(cf. note 6)

Avec la référence emprise (jeu systémique groupe-personne) l’enjeu est le rapt-identitaire, (en psychiatrie versant psychose-perversion). Cet enjeu identitaire, condition d’existence, c’est l’irrésistible envie de posséder ce dont l’autre dispose ou dont il croit qu’il dispose ; et cette possession ne peut être que rapt puisque la dette, a priori est supprimée, forclose par les conditions même de cette singularité, dite imposture, sur le plan axiologique. Je ne dois rien, je peux tout acquérir, toute contradiction est une intrusion, rappeler et punir en sont aussi des moyens, etc. et quelqu’un soit l’objet, argent, sexe, pouvoir, déplacements, relations…

Prescrire une médiation parentale ne va pas de soi et est contreproductive dans la situation d’emprise telle qu’analysée dans la perspective axiologique.

Pourquoi contreproductive ? Parce que toute situation structurelle d’emprise s’est construite sur un déplacement permanent de l’interlocuteur et de tout Interlocuteur attaché, ou se trouvant rattaché, à celui-ci, pour quelques raisons que ce soit… est l’objet d’une même construction.

Pour aborder cette construction, tant du coté diagnostic que traitement, il faut aller voir plus du côté de celui qui est objet de violences, dans quelques dimension que ce soit ( cf Atlas des violences au quotidien) que du côté de celui qui se défend de tout ce qui ferait référence à des violences. L’étude clinique doit se faire sur les stratégies et stratagèmes repérables et repérés ; l’étude ne doit pas seulement regarder du côté des dommages subis mais du côté des stratégies utilisées. Etudier les stratégies de violences et non pas chercher à poser un terme psycho- pathologique, mais mettre en séries les violences subies et concevoir leur lien structurel.

Sans doute est-ce là toute la difficulté de la science juridique qui raisonne sur du factuel et secondairement sur de l’intention. Qui tient la preuve dans une trace matérielle, sans quoi rien ne peut se représenter, et secondarise l’intention ; ici ce qui fait série et s’inscrit dans un ensemble stratégique axiomatique6 très singulier.

Du côté de celui ou de celle qui subit les violences, rien ne va de soi dans quelconque confrontation que ce soit, alors que le conjoint violent va y trouver une certaine plénitude en y évaluant la plénitude.

C’est elle ou lui, victime qui y verra se rejouer les stratagèmes d’humiliations, vérifications, demandes d’explications en sachant que rien ne tiendra jamais, ni dans l’instant ni dans le temps, comme d’habitude. Et si tant est qu’il y ait une semblant de recul il ou elle, sait que le prix à payer sera d’autant plus fort…

Toute prescription de médiation à propos de groupe à problèmes doit donc être précédé d’un diagnostic spécialisé capable de différencier crise et conflit, i-e la capacité de tiercéité et cela, quelque soit les structures pathologiques en cause.

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Exemple d’attestation de contre-indication

Attestation concernant …

Objet : sa participation au groupe de médiation prescrite.

A, qui de droit intervenant ou prescripteur.

Les groupes de médiations, en contextes de violences conjugales, ordonnés sur la base d’une emprise, ont des effets contre productifs, tant sur l’analyse des situations et personnes qu’en faveur d’un changement recherché.

L’entreprise de médiation est profondément différente quand les violences ont lieu sur le base de conflits qui ne supposent pas, comme dans l’emprise, la destruction recherchée du partenaire en tant personne singulière. Dans ces cas une médiation a des effets positifs, et constatables par l’un et l’autre des participants. D’où, la nécessité d’un diagnostic préalable, toute proposition de médiation doit faire l’objet d’un examen par des spécialistes exercés et ayant de l’expérience dans cet espace de soins.

Le travail psychologique fait avec Mme Audroing, depuis avril 2021, sur son initiative et sur la base du protocole expérimenté en psycho-victimologie rend compte d’un profil emprise exercé par son ex- conjoint, ayant des incidences manifestes, (cf. atlas des violences) au quotidien, tant sur sa personne, ses activités que sur leurs enfants. Dans ce contexte, toute négociation est impossible, toute tentative de l’y contraindre est contreproductive.

Un protocole différent doit être proposé dans ces cas, ne mettant pas la personne objectivement victime conjugale, dans des conditions d’expérience où toute explication devient la base d’éléments de destructions psychique, matérielle, morale à venir. Un accompagnement spécial est à promouvoir.

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A SUIVRE

Analyses psycho-criminologiques, agressologie/victimologie, soins, justice, accompagnements sociaux et éducatifs.

Introductions générales, l’emprise comme entreprise. Effets de sa méconnaissance.

  • Médiations familiales et ou conjugales, psychopathologie versus axiologie
  • Aliénation parentales, psychopathologie versus axiologie
  • Quelles méthodologies pour quoi faire….
  • Quel type de problèmes, les analyses disciplinaires et professionnelles aux risques des idéologies.
  • Quelles contre-indications
  • Etc…

1 Karine-Laurence Brunet-Jambu (2019) Signalements, Infanticides, pédophiles, maltraitance, tous complices. Ring. / Livres Sciences politiques Criminalité.

2 Villerbu L-M, Pignol P. (2021) Fidélité et loyauté. Deux « enjeux expertaux essentiels en situation de séparation dans les contextes de violences conjugales. P125-144- in Coum D. Pertes, ruptures et séparations dans les liens familiaux. Eres.

3 Villerbu L-M, (2021) Théorisation Psycho-Criminologique d’un objet complexe, les violences conjugales. Colloque Pratiques et recherches en Psycho-Criminologie et victimologie : évolutions, innovations, perspectives”. Mai 2021 17 mai, in site villerbu-crimino.fr

4 Villerbu L-M, (2020) Introduction générale à l’analyse des pratiques disciplinaires d’un objet complexe, les dites violences conjugales.

16/04/2020 .Site villerbu-crimino.fr.

5 Villerbu L- M (2020) Analyse dé constructive du cadre paritaire de la conjugalité, méthode pathologique. Site villerbu-crimino.fr

6 Pignol P. ( ) Psycho-criminologie (agressologie et victimologie) des contextes conjugaux violents. Un atlas des dimensions existentielles du conjugal.

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