Théorisation Psycho-Criminologique d’un objet complexe, les violences conjugales.

Colloque Pratiques et recherches en Psycho-Criminologie et victimologie : évolutions, innovations, perspectives”. Mai 2021 17 mai

L-M Villerbu, Société Bretonne de Psycho-Criminologie et Psycho-Victimologie.

Clinique épistémologique et pratique clinique des espaces d’interventions. Une autre rationalité d’exercice expertal et d’accompagnement.

Une problématique s’est développée dans notre espace professionnel, elle a pris nom de violences conjugales. Cet objet empirique s’est trouvé pris dans une série de théorisations, dans des soucis sécuritaires, de traitement, avec la conviction que les territoires disciplinaires existants avaient réponses. Ou encore que cet autre objet se trouvait déjà dans la marge de leurs identités disciplinaires et qu’il n’était pas nécessaire d’inventer une autre page pour leur donner sens.

Que viennent expérimenter les «  violences conjugales ? » Ce que nous voulons montrer est que cet objet empirique s’est trouvé aliéné dans des savoirs delà, manquant en conséquence, de pertinence avec ce que cela s’ensuit. Comment transformer un objet empirique en objet complexe et ce qui s’ensuit, telle est notre projet aujourd’hui, ici1.

1-Qu’est-ce qu’un objet complexe ?

Nous nous sommes déjà confronté à ce problème avec le travail critique sur l’ILFF. Le clinicien en méthodologie projective est familier de ce type de destin d’objet empirique ; pendant un temps long la théorie était qu’en méthodologie projective il était offert un objet plastique par lequel « un » inconscient allait se faire entendre. Le Modèle ILFF de Rorschach2 en était le modèle exemplaire. Objet dit plastique, n’ayant aucune structure, offert à un modèle d’interprétation multi site ; ce dernier pouvant, aussi bien être psychanalytique, que actuariel selon l’intérêt porté aux modélisations thérapeutiques où aux prescriptions de prévention, éducative, correctrice et sécuritaire.

Le professionnel, déjà là, en faisait son affaire, au gré de ses besoins, ne proposant à ce modèle technique aucune autre identité qu’un prêt de convictions. Un panorama disciplinaire déjà là, en fait un objet inconsistant, la cohérence vient de l‘extérieur.

Dans le contexte « violences conjugales » l’objet inconsistant est perceptible par la variété des approches disciplinaires/professionnelles possibles, approche qui se définissent par leur versant multi sites. Dans le contexte d’une élaboration disciplinaire de la référence criminologie nous assistons à une même construction ; au lieu de tourner la page et d’en faire une autre on se contente d’écrire dans la marge. C’est ce qu’on appeler la modélisation par un complément pour la différencier d’une modélisation par implément, une autre page est à inventer.

1-1 Modèle du complément, quand le référent criminologie est dans la marge. Un espace disciplinaire colonialise un terrain en jachère. Cela se dit dans une écriture spéciale. Le terme criminologie se fait attribut (et…) ou qualitatif.

Notre langue disciplinaire en a une écriture type : psychologie criminelle, sociologie criminelle, droit criminel, anthropologie criminelle… par exemple quand le terme criminologie ne renvoi qu’à un adjectif, i-e à un contour dans les limites des espaces disciplinaires hégémoniques. Ce qui fait criminologie (en général peu ou pas défini autrement que nominalement ou de de façon positive) est parlé dans la langue d’un autre et cela donne beau jeu à ceux qui en contestent toute légitimité à savoir.

Autre type d’écriture, se saisir de la criminologie par les violences qu’elle nomme et dans ce cas fleurissent les cursus universitaires de type, psychologie et violences, sociologie et violences, droit et sciences criminelles, psychologie et criminologie. Il faut entendre par là, l’inconsistance d’un objet purement nominal, incapable de se nommer en propre ou, tout son contraire, un objet qui n’a de sens qu’empirique, i-e capable de se laisser compter. Nombre de titre de DU ou de Master en France par exemple en témoigne.

Dans le contexte de complément, tout objet empirique est a priori un objet multi-sites dont les variétés disciplinaires vont se saisir selon les caractéristiques des méthodologies et des professions qui leur sont référentes.

L’objet empirique, dans le modèle du complément, n’aura pas d’autres existences que se plier aux savoirs déjà là. C’est-à-dire entériner et continuer à développer les méthodologies d’approches de son objet antérieur.

Dans les embarras des pouvoirs et savoirs dont se font témoins juste et police, concernant les féminicides en particulier ou les dites violences conjugales, il n’y a rien d’autre à rechercher que la persistance d’approches incapables de dé-construire un objet empirique, inaptes à penser différemment, toujours en capacité de justifier ou de légitimer les erreurs de jugements ou de décision. Dit autrement il s’agit d’interventions sur et à propos d’un objet pas encore là que l’évidence d’un autre savoir masque.

1-2. Le second modèle, l’implément3, ou implémentation, suppose de penser la combinaison infra disciplinaire, non pas en termes d’ajouts ou de projections mais de reconfigurations, en vue de stratégies d’intervention et de retour sur expériences. Qui dit implémentation dit plan d’action. L’objet de la recherche est alors de configurer un objet systémique, dont la cohérence interne se fait l’objet d’expériences et de retours sur expérience.

Quel va être alors, l’objet implémenté pour reconsidérer la problématique des violences conjugales ?

Là aussi une écriture spéciale, par un trait d’union, type psycho-criminologie, psycho-victimologie, etc…

En termes rapprochés de la modèle de l’implément, l’invention du modèle expérimental, la méthode pathologique. Un modèle premier de référence est le fait de la dite méthode pathologique : ce que l’absence rend conceptualisable et perceptible. La génétique nous offre une autre perspective : de quoi un fœtus est-il l’objet, de quoi un enfant est-il issu, et sur quelles bases sont organisées leurs développements et ce qui est possible ou non de ces développements.

En clinique ce qui fait l’objet d’implémentation, reconfigurant l’objet à traiter, est la référence institutionnelle : des savoirs disciplinaires certes mais en n’omettant pas leur configuration anthropologique, i.e. temps/espaces/relations institutionnelles/savoirs et savoirs faire, structurés dans un cadre de références dont les facteurs structurels sont à rendre visibles puisque c’est sur eux que portent les atteintes.

C’est dans ce contexte que l’approche théorique avec laquelle nous avançons s’écrit avec un trait d’union, Psycho-Criminologie pour désigner à la fois, deux objets institutionnels (agressologie et victimologie), i-e qui ne peuvent se définir par des comportements mais par les atteintes effectives des facteurs structuraux d’un cadre, (modèles méthode pathologique, méthode génétique) et une analyse spécifique, l’axiomatique (modèle de pensée stratégique).

On dira par exemple qu’un objet empirique, les violences conjugales sont les manifestations d’un dys-systémie d’un cadre. De quel cadre : un cadre c’est un ensemble de fonctions systémiques donnant corps.

Qu’elles sont les avatars d’un cadre, contenus dans ce cadre, et à certaines conditions. Dans quoi s’inscrit alors l’objet empirique politique, violences conjugales ?

Dans ce cas on va aller chercher, comment un cadre dysfonctionne a priori, par quelles déviations inhérentes à ce cadre, les axes et facteurs stratégiques de dérégulations. Le modèle de l’implémentation cherchera les lieux de dysfonctionnements au lieu d’aller chercher des troubles de la personnalité a priori ou des troubles issus de modèles, tels que le genre ou la culture patriarcale. On conçoit ce faisant toutes les limites des références psychiatriques/psycho-pathologiques qui décrivent en leur supposant une organisation, des comportements d’atteintes plus que les lieux et les facteurs atteints générant les déstructurations. Les exemples abondent, narcissique pervers, psychopathe, paranoïaque, manipulateurs, etc… : ce sont les mots permettant de qualifier une dangerosité criminelle ou psychiatrique pour un procès mais pas pour une saisie phénoméno-technique des atteintes et leur incoercibilité structurelle.

C’est dans une même analyse, passage de la modèle du complément au modèle de l’implément que se trouveraient reconfigurer ces diagnostics aux limites de la psychiatrie et de la morale : le syndrome d’aliénation parentale, qui a pris la place de la mythomanie quand l’enfant avait commencé à se faire entendre, celui de l’intérêt de l’enfant face aux droits parentaux modèle de la négligence de l’intérêt de la personne de l’enfant, etc..

2 – Le cadre Psycho-Criminologue, rationalités structurelles, a priori conceptuel pour aborder l’objet empirique « violences conjugales ».

Analyser l’objet complexe que sont les violences conjugales implique de passer par l’exposé bref des rationalités ou axes de travail, proposé par ce que nous appelons le cadre Psycho-Criminologie. Celle-ci, en tant qu’on objet complexe, intègre/implémente dans ses modes de construction et de dévoilement autant de rationalités institutionnelles qu’il y a de de moments/espaces/relations/savoirs susceptibles de donner à voir les composants de ce qui se nomme criminologie dans une référence psychologique.

Quatre rationalités est espace de travail différenciés. Nous ne développerons ici que la face agressologique du cadre.

  • Une analyse détective qui, en créant un auteur possible (issu de la scène du crime), ordonne par imputation, un acteur qui n’est apparent que de ce qu’il fait de celle-ci, par la position stratégique qu’il en prendra. Ce qui d’une coté se nomme scène du crime ou encore, intelligence criminelle, et de l’autre ce que structure une quête d’aveu.
  • Une analyse sérielle, sur une base bioscopique, qui se mettra en expérience pour une analyse possible d’une mise en acte (dans ses variants structuraux) des impasses structurant à la fois une dé-compensation pathologique et une dé-composition axiologique. Celle-ci instituant tout sujet comme projet, et doté de stratégies de projets, sous influence de milieux (facilitant ou aversifs) et de rapport cout /bénéfice, appris par expériences.
  • Une analyse des modes d’investissements des protocoles de probation, ordonnés par une sanction pénale, déterminant les écarts à la norme et la valeur assignée aux écarts à cette norme. La mise en œuvre d’une capacité réparatrice d’un soi-même devenu déviant. Une sanction se découvrant de l’approbation ou non qui en est fait, et du motif de cette approbation ou non, d’une part et d’autre part, de ce qui dans le temps a été appelée philosophie de la peine ; autour des axes visant la possibilité ou non de contribution (partager une existence commune ou non et à quelles conditions pénales) ou de rétribution (capacité à tirer parti d’une expérience probatoire). L’analyse se fait ici dans les possibilités d’une conversion et les protocoles reformalisant les problématiques analysables.
  • Une analyse instauratrice dont l’objet est une recomposition, comme présence à soi, incluant l’autre comme présence radicale, dans une structure de réciprocité, laquelle, par différence avec la précédente analyse ne vise pas la mutualité mais la réciprocité : un don est un don qui n’attend rien en retour ou n’attend que de soi-même comme autre.

Pas d’attente d’un contre don, c’est dans ce contexte que s’est inventé, au moins en partir ce qui a été la justice restaurative : produire un échange qui soit bien au-delà de la réparation, du regret ou de la demande de pardon, instaurateur d’un dialogue avec un soi-même visant un au-delà de lui-même. Non plus conversion mais subversion dont la fin est inconnue et illimitée.

3- Les violences conjugales comme objet complexe, par le cadre psycho-criminologique.

3a – Que suppose faire couple ?

D’abord un cadre d’investissement qui s’est travaillé au fil des ans au point de dégager certains de ses errements institutionnels pour en retracer des contours structuraux. Des études diverses ont dégager une culture patriarcale pour dire comment et avec quelles incidences, le corps des enfants ,des femmes et des territoires a pu cesser d’être , d’évidence, la propriété d’un pouvoir sans partage et sans avoir à rendre des comptes.

C’est en ce sens que nous pouvons parler aujourd’hui d’un cadre paritaire, conjugal, pour dire en outre, que ce qui se dit dans le conjugal doit pouvoir se rechercher ailleurs que dans cette seule circonstance. Nombre de démarches écologiques s’inscrivent dans cette perspective, sous la rubrique du respect de l‘environnement, comme ailleurs l’injonction, «  ton corps est à toi… »

La question est, quels sont les facteurs ou les éléments dynamiques d’un tel cadre, ou le groupe fait projet comme la personne elle-même ? Qu’est ce qui est déjà là, et sur quoi s’investissent les uns et les autres acteurs d’un couple-duo, dans ce cadre. Ce déjà-là qui deviendra apparent quand l’un ou l’un de ces facteurs ne se tiendra plus en dynamique cohérente. Qu’est alors cette dernière si l’on admet est une systémie ?

Groupe comme projet : en vue de résultats définis

Personne comme projet : en vue de réalisation de valeurs propres dans des normespropres.

LS-FE

Loyautéqui suppose une absence de contradiction dans les objectifs ou, toute négociation quand le projet commun change
Solidarité :
reconnaissance des efforts et difficultés
Fidélité :
une parole ne se reprend pas et dans le cas contraire s’explique et se commente
Equité :
toute chose a sa mesure et son coût (punitivité) quand elle vient à manquer

EX. : Etudes expérimentales du « consentement ».

Exemples de détournement axial, rationalisation stratégique (que rien ne change).

3b – Figures des atteintes au cadre : ce qui se dit violences conjugales. Quand cela se dit Emprise.

L’emprise est une entreprise, une organisation stratégique dont les vecteurs sont dès lors repérables en présences et en intensité. Que cela se dise pulsion, influences tient essentiellement à la langue d’analyse, d’un discours multi site.

Etre sous emprise est participer, d’évidence, aux effets d’une construction initiale qui ne peut disloquer. Cela fait partie du détournement progressivement installé et dont nous pouvons trouver trace dans les éléments structuraux constitutifs du couple, LS-FE. (groupe-personne).

Schéma de détournement systémique du cadre paritaire, positions axiologiques (stratégiques), retentissement

Projet Groupe Groupe accaparé par l’unImposteur-Imposture : stratégie sur la loyautéAuto enfermement Stratégie sur la solidarité
Projet Personne Déréalisation de la personne
Harceleur-Harcèlement Stratégie sur la fidélité :Auto punition. Stratégie sur le cout de l’équité

4- Diagnostiquer orienter, traiter, évaluer : DOT-E

Ces figures sont généralement perceptibles dans la clinique traditionnelle, et selon un schéma idéologique, en termes de troubles de la personnalité ou d’organisation pathologiques selon que se trouve atteints, le rapport à l’autre (perversion et psychose,) ou à l’interdit (névrose et psychopathie). Les autres disciplines vont développer leur vocabulaire technique propre, que ce soit en sociologie (le genre) ou en sciences criminelles (les qualifications délictueuses attachées aux circonstances).

Ainsi les variations ordonnées, en psycho-pathologie, sur une atteinte type narcissique/perversion : narcissique pervers… ou sur un trouble de l’attachement… dont l’usage s’est fait dénonciateur, stigmatisant, plus accusateur que propre à ordonner la compréhension des atteintes et des troubles.

La référence à l’emprise, souvent mal définie, est ici déterminante si nous la concevons comme variantes stratégiques, dans le cadre d’une entreprise. En ce sens on peut dire que l’émergence de cette conceptualisation a modifié profondément analyses et propositions.

4-1 – Violences conjugales et productions expertales.

Avant toute qualification de personnalité ou de troubles il s’agit de mettre en évidence un profil stratégique déterminé, permettant d’explorer et de développer au quotidien, les détournements des rationalités Groupes et Personne. Cela, de telle manière qu’en symétrie apparaissent les stratégies de maintien qui s’y opposent, créant des modes d’enfermement dont on pourra étudier, également les risques et les modifications envisageables. Une dangerosité psycho-criminologique est dès lors possible en terme de vulnérabilités, (en symétrie, agressologie/victimologie), dans un vivre-ensemble nettement différencié de la question du libre arbitre psychiatrique. L’exploration des préjudices, en symétrie sera dès lors également distincte d’une étude de personnalité rapporté à ce qui serait l’avant-scène des violences subies/agies.

C’est dans ce contexte que se profilent les aménagements techniques, les changements de protocoles de prévention et de post-vention qui impliquent des interprofessionalités. (intersectorialité)

4-2 – Violences conjugales et propositions pour un changement d’auto-représentations et d’analyse.

Travail sur les auto-représentations, à partir d’une analyse axiologique des constructions stratégiques, de leurs conditions de milieux et d’économie psychique. Travail que l’on appellera psychagogique 4, dans des protocoles spécifiques relevant du soin dans les deux faces du groupe et de la personne, confrontés à la langue judiciaire comme à toute autre langue, afin d’apprendre à s’entendre.

**

1 Villerbu L-M, Pignol, P., (2021) Fidélité et Loyauté. De la séparation en contextes de violences conjugales. In Pertes et séparation. Sous la dir de D. Coum, Eres.

2 Villerbu L-M (2018) Essai d’analyse phénoméno-technique des taches d’encre du Psychodiagnostic de Hermann Rorschach. Une autre rationalité projective des déterminants et des modes d’appréhension. Site villerbu-crimino.fr

3 Implanter: Planter une chose dans une autre, insérer. Implémenter: Action de programmer une fonction particulière, bien spécifiée.

4 Baumgarten F. (1946) Qu’est-ce que la psychagogie ? Un nouveau problème de la psychologie. L’Année psychologique, 47-48 pp. 173-181. Laprée R. Blouin S. (2020), La psychagogie comme mode d’accompagnement. Cahier du CERFE, 56/2020. https://doi.org/10.4000/edso.12003. https://journals.openedition.org/edso/9362.

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