1ère Conférence Univesitaire de Criminologie, Paris.

Avertissement : L’auteur est psychologue et c’est bien entendu à travers ce prisme particulier que les propos sont écrits.

A propos de la Babel Criminologique et de ce qui s’ensuit.

Pierre Victor Tournier ne recense pas moins de 41 mots ou propositions identifiant des enseignements possibles dans l’espace des références criminologiques en usage. C’est dire que le champ est vaste et sans doute encore plus grand qu’on ne le soupçonne si chaque tendance actuellement en désordre pousse plus loin ses investigations et cherche au mieux à redéfinir ce qu’elle fait en propre. Sauf à dire que les variétés d’usages sont en fait instanciellement portées par un petit nombre de variations fondamentales qui dessinent, en creux, des axes  forts d’intérêts ; axes encore peu susceptibles d’apparaître dans la mesure où se défiant de mots territoires, les chercheurs, enseignants et praticiens de toute discipline référée à la criminologie font barrière à toute tentative d’invasion et d’envahissement. Comme toute existence cherchant à faire reconnaître son identité, on est alors en droit de se dire que les avancées fragiles de nouvelles entrées dans les savoirs et pratiques contemporains, notamment en France craignent d’abord d’être récupérées et instrumentalisées. Un processus d’autodestruction référentielle est, comme une épée de Damoclès suspendue ainsi, à toute nouvelle proposition.

Si ne pas être instrumenté peut être une volonté commune à beaucoup et cela est non seulement légitime mais exigence éthique, le fait de craindre a priori d’être instrumentalisable et de se construire un bunker auto référentiel vient dire que nous ne sommes pas encore prêts à aborder l’adversité ; que d’une certaine manière tout se passe comme si se saborder valait mieux qu’aborder la différence, tout autant des savoirs que des mises à dispositions et de ce qui s’ensuit, par la force des choses.

Est-ce typique à notre hexagone que de faire, des définitions et des principes, des conditions sine qua non ? Devons-nous avoir disposition de la chose à dire avant même d’en commencer son exploration ou de se donner à penser qu’elle est déjà close ? Les exigences, de ci delà, à vouloir Une définition de La Criminologie, Des Criminologues, de leur Usage… sont des points repères de cette pensée qui, forte  des aïeux reconnus, cherche dans un mouvement invasif permanent à prendre toutes les places, au titre d’une seule  vérité, oublieux du rapport originaire, de force, polémique. Si l’on peut également, identifier là, les éléments d’un débat démocratique qui exige des adversaires aux idéologies différentes, si l’on reconnaît là le mouvement démocratique qui ne peut être fait que d’un consensus exprimable en pourcentage, on ne peut que constater que les terrains sur lesquels s’appuient les références criminologiques sollicitent moins débats et mouvements démocratiques qu’exigences synergiques de compétences et de faire de ces synergies empiriques nées de l’échec de l’Un à vouloir tout faire, le laboratoire social de nouveaux développements tant scientifiques que professionnels.

La Babel criminologique, dit autrement, c’est la revendication d’un droit à l’expérimentation et les moyens de l’exercer. Comment ?… avec les mêmes exigences requises par toutes fondations, dans le temps, dans une politique d’expérience qui en se voulant transdisciplinaire repose sur quatre pieds fondamentaux : Ethique/Déontologie, Epistémologie/Histoire, Clinique/Savoirs expérimentaux, Méthodologie/ Conditions Contre transférentielles. Déontologie parce que il n’est pas opposable que les avancées scientifiques et les modes d’exercices reconnus ne puissent pas être mis à disposition, éthique parce que en dernière instance la décision revient à chacun dans le conflit que cette dernière  instaure . Epistémologie parce que tout savoir s’élabore de modèles fondamentaux et controversés, Histoire parce que la mise en perspective  des pratiques et des savoirs requis exigent un dépaysement, Clinique parce que de quelconque façon que l’on se place la dimension de la subjectivité est inéluctable et oblige à la considération de la différence qui s’entend bien mieux lorsque qu’elle est également saisie dans des références statistiques descriptives et épidémiologiques, Méthodologie parce tout est question de protocole( de langage) et que les différences ne tiennent que de la manière dont il en est fait usage.

Dans ces contraintes scientifiques et professionnelles il est peut être plus aisé de reconnaître que, tout comme il y a des  faisant fonction d’obstacles, des missions impossibles venant des conditions  d’existence impossible, il y a des mots qui font mal et dont le but est de faire mal. Mots tabous d’un coté, mots stigmates de l’autre sont deux faces d’une même incrédulité. Des mots dont le sens premier, dans leur usage, est de saper toute expérience renouvelée : ainsi quand on croit pouvoir définir la criminologie par la question de la dangerosité, quand on croit que la criminologie à une résidence évidente dans la question de l’acte et que l’on met au défi tout un chacun dans sa capacité à l’anticiper, anticipation-prédiction posées alors comme un diagnostic. Ou encore quand l’on fait de la criminologie un savoir autosuffisant et que de manière connexe se crée souverainement une victimologie, comme si il n’y avait pas là deux envers d’un même contexte à redéfinir, engageant toutes normes de toutes les langues.

Que faire alors d’un savoir référable à la problématique générale de la chaîne pénale mais non réduite à celle-ci, aux questions de déviance, aux recours à l’acte infractionnel comme pratiques de soi et de autrui et issues  à différentes impasses existentielles, inducteurs de sciences et pratiques diverses ?

En introduction

Que la question de la Criminologie se pose en France comme matière enseignable est sans aucun doute le produit d’un « malaise de civilisation » qui dépasse la simple querelle d’agents disciplinaires ayant fait de cet espace criminologique un champ d’études et d’activités, sans visibilité politique autre que dans la contestation ou dans une affiliation non critique.
Dans ces querelles, tout se passe comme si il y avait un axe qui liait de manière symétrique et opposée le criminologique au politique comme dans un passé récent le répressif au thérapeutique, le sécuritaire aux droits et respects de la dignité humaine. Tout se passe comme si dans un naturel ( ?) qui nous serait propre, les questions infractionnelles, de déviance et leur traitement n’avaient pas autant de droits de sortir des cercles de spécialistes pour s’exposer au grand public comme la démonstration en a été faite à propos de la folie et de sa conversion en diagnostics différentiels, de ses traitements et des offres multiples qui s’en sont induites.

Entre le criminel et le fou, une nature commune, monstrueuse et réifiante prend le pas sur les souffrances qu’ils représentent. La question est omniprésente dans nos actualités. Il va bien falloir admettre qu’ils peuvent et doivent devenir ou continuer à être, l’un comme l’autre, sujet des cultures, de savoirs, de diffusion et l’objet de nos investissements sociétaux. Toute langue déliée. L’un et l’autre ont, envers et contre tout, une vocation commune : celle de nous renseigner sur la condition humaine et ses modes d’expériences empiriques. Ils jouent l’un et l’autre, dans le savoir scientifique qui s’en saisit, le rôle dévolu dans un autre siècle à la méthode pathologique.

Axe, sans nul doute lié aux évolutions de l’Art Pénitentiaire et aux différents intervenants qui y contribuent, aux besoins à la fois d’évaluer la réalité de phénomènes dont tout un chacun, donc n’importe qui, est capable de parler et de s’assurer de l’effectivité des types de traitements qu’ils soient judiciaires, éducatifs ou thérapeutiques. Sans compter ce qui tient aux autres problèmes traités dans cette conférence. Et l’on peut sans grandes difficultés dire que cet art vient au creux de ce XXI siècle prendre (sans la récuser !) la fonction dévolue au cours des XIX et XX à l’art médical (1) dans les conjonctions qui ont été les siennes avec les sciences juridiques. C’est là une mutation profonde que masque la constante référence à la notion de soin qui continue à évoquer spontanément le champ médical, le médecin et le psychiatre, le thérapeute, exclusivement.

Parce qu’en France on pense Criminologie dans un contexte de droits normatifs légiférés plus que jurisprudentiels, cela n’est pas sans incidence sur la façon dont on peut penser ses acteurs et les rapports évidents du  savoir et du politique, comme de ceux-ci, par ailleurs, avec le mythe.
Ce qui se dessine comme matière, avec les remous que cela provoque, n’est pas sans rappeler d’autres histoires semblables. Que l’on se rappelle l’introduction d’un savoir et d’un savoir faire psychologique dans les facultés de lettres, de l’appropriation abusive du terme clinique par le corps médical et des polémiques infinies que cela a suscité,…  des crimes de lèse majesté, des explosions ironiques et destructrices quand à coté de la psychologie expérimentale il a bien fallu donner corps à un enseignement de psychologie clinique par où s’est engouffré la problématique analytique… qui n’est pas elle-même sans douter de l’opportunité de tout autre savoir que le sien. Et l’on dirait de même de toute psychologie de l’enfant ou du développement, sociale ou expérimentale, du travail ou de l’ergonomie, de la psychopathologie généraliste et de la psychopathologie infantile, ou des neurosciences etc.  .… Et, dans tous ces cas comme dans bien d’autres, quel est, a été le terme magique, incendiaire : éthique. C’est toujours au nom de l’éthique que les puissances en risque de perdre leurs dominations donnent des leçons de … morale politique ! Et ces temps qui ont précédé cette conférence universitaire n’ont pas  été sans manquer de donneurs de leçons dont le caractère principal traitait de territoires aux risques de souillures et aucunement de considérations épistémologiques ou sociétales. Au point que cela a heurté nombre d’universitaires qui ont préféré s’abstenir participant alors à leur insu (au moins) aux jeux des contre contre pouvoirs en attendant de consommer sans frais : sans contribution.

Enseigner, oui mais avec quelles résistances internes et externes, selon quelles utilités ? :

  • Quoi ? : Quel objet, dans quelles disciplines ?
  • Comment ? : Dans quels types de formation, selon quelles procédures ?
  • Pour Qui ? : Quels seraient, préexistant, les débouchés possibles ?
  • Pourquoi ? : Quels sont les enjeux socio politiques et ou scientifiques ?

Chacune de ces questions se donne à entendre à travers un a priori d’efficacité. L’efficace est une catégorie de pensée devenue  apriorique. La question d’une efficacité au service de quelles causes critiques en est le corollaire comme l’abordent, frontalement ou non, les communications soumises aujourd’hui.
Enseigner, oui mais en tenant compte de l’existant avec ses forces et ses faiblesses, ses résistances et ses avancées. Poursuivons notre analogie : il est devenu impensable de se former à n’importe quelle carrière du lien social sans connaître les éléments de base d’un savoir psychiatrique ou psychologique. Est-il admissible que la non mise à disposition d’un savoir criminologique soit un obstacle majeur à la double raison qui sied à chacun : efficacité et effectivité auprès de la population que le crime, la déviance…les victimations, objectivent ?

Du passé ne faisons pas table rase, mais du futur n’en voyons pas seulement la répétition de ce qui d’hier, se répète encore aujourd’hui. Comme si nous n’apprenions pas dans l’écoute, le dialogue et la contradiction.

Quoi :

L’enjeu de savoir se tient-il dans une observance disciplinaire ? Non, nos disciplines ne sont que le produit d’une histoire et des enjeux politiques qui ont créée gestion et administrations des savoirs. Tous nos savoirs et leur gestion ne sont que des « constructs » et ne tiennent leur force que des phénomènes qu’ils font émerger.

Une discipline n’a pas un objet mais un axe dont les régionalités ne cessent de convertir et de s’étendre. Les limites de compétences disciplinaires d’un savoir ne s’observent qu’au moment où une pensée empruntant un modèle se rend compte que cet emprunt n’est plus qu’une métaphore au lieu de faire modèle heuristique ; la parole se fait paraphrase et se rend à ses poncifs. Si sans rapport constitutif au droit et  à la norme il n’est guère envisageable de penser les criminologies, les régions de savoirs à quoi expose ce constat sont bien loin d’être à ces jours répertoriés, et notamment dans les sciences sociales et humaines, dans les référents cognitifs, neurosciences et cliniques.

Et si une anthropologie criminelle s’est constituée dans l’affirmation toujours plus vive d’un droit positif pour s’en éloigner au fur et à mesure que les questions sociales puis psychiques prenaient les dimensions que l’on connaît aujourd’hui, sans non plus s’en extraire et en renaissant sous d’autres formes…l’histoire nous montre au moins ceci que rien n’est figé et que les débats ont toujours été d’une grande pugnacité à la mesure de ce qui est engagé comme condition humaine et enjeux, dans le fait criminel.

Si l’on prend un champ pour une discipline on peut aisément se gausser d’un objet introuvable, mais ce n’est que faire comme si nous ne savions pas que quoiqu’on on ne s’en rende  pas compte dans l’expérience première, la terre tourne.

Comment :

Questionner l’architecture des formations en criminologie n’a de sens qu’en se posant le problème d’un savoir minimum de base, projeté dans chacun des axes producteurs de savoirs.
Développer la criminologie à l’Université et la passion que nous y portons démontre-t-il à l’envie que celle-ci s’offre encore comme garantie de formations ou…  que c’est un moyen économiquement rentable de proposer des formations ?
Minimum de base qui ne peut s’interpréter qu’à la condition de se demander pour Qui ? En fonction de quelle identité scientifique ou professionnelle, et pour quelles spécialisations. Pour quelles gouvernances, quels experts ?

A quels niveaux de formation ? Initiale ? Continue ? Cyclique ?
Problème de la Mastérisation avec ce que cela implique au niveau national et international mais aussi problème plus général des licences professionnelles et des écoles de formations professionnelles qui ont créé un savoir «  pour elles-mêmes ». Ainsi ce que l’on peut apprendre à l’ENAP n’est pas ce que l’on apprend à l’Ecole de Police ou de Gendarmerie…à l’Ecole des Avocats. Il y a des régions entières de savoirs conjoints, introuvables, par exemple en crimino-psychologie, en psychologie pénale, en psychiatrie criminelle…
Faut-il sanctuariser la criminologie ? Tout sauf la criminologie ? Ou, seuls sont aptes à en parler et à en faire ceux qui la pratiquent dans des conditions qui, du futur, font table rase.

Dans une prospective qui reste encore la meilleure des perspective : considérons qu’il s’agit d’abord d’un problème de langue. Chaque langue et toute langue  produit et est produit, par ses courants disciplinaires magistraux. Le temps est venu d’inventer une autre langue : celle d’une criminologie au pluriel, transdisciplinaire et pas seulement inter- ou multi- disciplinaire, qui ose affronter ses peurs et ses enjeux, nonobstant les avancées et les stagnations des langues disciplinaires en place : celles qui occupent le terrain de la science des savoirs actuels. Une autre langue pour d’autres dispositifs, la volonté d ‘arrêter de penser dans les cadres contemporains. Enseigner les criminologies c’est faire rupture avec les cloisonnements disciplinaires qui font de la criminologie. Certes l’on dira ; quelle en est la définition, où sont les criminologues…comme si l‘on se savait pas déjà qu’ils sont nulle part et partout. Rien ne sert de s’accrocher à l’existant comme forme figée des savoirs sur les recours aux actes infractionnels, comme si l’on se savait pas depuis fort longtemps que ces savoirs sont dépendants d’une double histoire, celles des personnes et des contextes sociétaux et peut être ou sans aucun doute (mais comment) , des constructions neurobiologiques.

Prenons un exemple simple : l’histoire de la récidive. C’est cette histoire qui a produit les technologies de recherches de la trace, c’est elle qui a élaboré les ingénieries pénitentiaires de suivis judiciaires, c’est elle qui a inventé la scène de crime…c’est elle qui inventé de nouvelles formes et procédures juridiques. Nul ne pourrait dire qu’à ses débuts tout cela fut présent. Pas plus qu’on ne puisse affirmer qu’il ne s’agissait que de mettre hors d’état de nuire. Il y a fondamentalement dans tout projet sociétal, de quelque coté que l’on se tourne une phase répressive accompagnant une phase promotionnelle des droits de l’individu.

L’enfermement psychiatrique s’il fallait un autre exemple en serait témoin. La dangerosité (quand elle n’était que psychiatrique) est faite à la fois, de soins pour soi et pour autrui. Il faut une mauvaise foi inaugurale pour oublier les termes magistraux des ordonnances initiales de commissions d’experts à partir des lois de 1810 et des actualisations de 1838. Que cet enfermement ait bougé dans ses bases et ses formulations, dans ses courants est à mettre en parallèle avec les mouvements que l’on peut repérer sans problèmes dans les articles qui en 1945 ordonnaient une autre prise en compte, dans le sociétal, des problématiques délinquantes des mineurs de justice.

Nous ne pouvons pas penser la langue d’une criminologie plurielle sans penser conjointement les deux enfermements psychiatriques et pénitentiaires et sans considérer que les développements de l’un sont en phase constante avec les développements de l’autre et les arts comme les sciences qui se sont développés.

Enseigner les criminologies, c’est d’abord concevoir une autre langue dans une dimension anthropologique, dans les conditions contemporaines de la responsabilité : ce ne peut être un calcul stratégique des horizons disciplinaires et des partages opportuns des savoirs sur le risque.
C’est ce pourquoi l’architecture des enseignements devient fondamentale et qu’il convient de penser et d’opérationnaliser une formation universitaire qui commence dès la première année de Licence. Devrait-elle être identique partout ? Non, chaque région universitaire et dans certains d’entre elles, certaines disciplines, ont développé des pôles différents de savoirs et de ressources, et toutes les régions universitaires n’ont pas pris parti sur ce débat. Il serait donc vain de penser que toutes soient ou même, puissent se sentir, directement concernées. Plus que d’émietter des moyens il convient de recourir à des pôles d’excellence sur la base de ce qu’ils se  sont empiriquement construits, et trop souvent de façon indépendante, sauvage, parce que  sans soutien institutionnel réaliste. Il conviendrait de faire avec celles qui le sont et de développer alors des pôles qui uniraient université/région/département/synergie entre acteurs de terrains et acteurs de recherches, quelque soit les disciplines ou professions référentielles.

Pourquoi vouloir faire partout à l’identique, pourquoi, sur quelles pressions internes vouloir que tout soit homogène ?

Pour Qui ?

Sans aucun doute émerge un ensemble de questions ou d’interrogations sur la meilleure façon d’identifier ces savoirs et leurs acteurs. Il y a là des incertitudes identitaires qui montrent bien que le problème n’est pas posé par cette conférence, qu’il est latent dans nombre de formations existantes et qui ont besoin d’être repérées, de se rendre lisibles sociologiquement, économiquement, politiquement ?

Un problème qui n’est pas nouveau mais qui ne cesse de mettre en débat ceux qui sont « les vrais et ceux qui seraient des similis ». C’est là que se profile aussi bien l’éventualité d’une création d’une nouvelle section au CNU, que la possibilité de candidater sur titre aux différentes offres d’emplois de tous les secteurs professionnels.

Le vrai problème du débouché professionnel se pose là. Si la référence « criminologies » est rendue secondaire rien n’empêchera une quelconque commission de spécialistes universitaires d’affirmer que, comme ce n’est pas une « science » inscrite au catalogue des CNU, tout autre intervenant de sa chapelle fera aussi bien l’affaire. Et c’est ainsi que les postes disparaissent, les emplois s’effritent et que peut s’affirmer triomphalement l’inutilité sociétale d’une telle référence, la pratique de cette autre langue2.

Au fond, restons comme on est, si la terre tourne sur elle-même, au moins gardons-nous de bouger, faisons comme si (restons dans cette croyance) nous étions à nous-mêmes et pour les autres, notre propre horizon d’excellence. A la mégalomanie des uns s’offre ainsi, en symétrie, la mythomanie des autres. Rien n’empêchera tel ou tel tenant d’un titre de se proclamer expert au titre d’un savoir qui a exclu d’emblée toutes références aux savoirs criminologiques et en se faisant passer pour tel lorsque le marché est porteur 3.

Le problème ne devrait pas être « pour quels débouchés professionnels existant ». Il conviendrait de dresser une architecture des enseignements. La seule question fondatrice est bien : par quelles formations  et exigences requises, pour quelles compétences pouvons-nous penser et mettre en œuvre un renouvellement du champ social des compétences.

Changer de registre de pensée et d’actions, sur le terrain et pour la recherche : penser en référence à des plates formes de compétences requises pour actualiser une problématique sociale, penser en termes de références d’abord criminologiques puis en second lieu, disciplinaires ; celles-ci renvoyant à ce que notre histoire à fait de nous dans la distribution des compétences d’un autre temps ( auquel nous ne pouvons pas plus échapper) : des psychologues, des sociologues, des juristes, des médecins légistes, des psychiatres…

Le terrain ne peut être seulement formalisé par ce que nous en savons : il lui faut être pensé en fonction de ce qui reste en creux dans nos compétences : nos incompétences.

Pour Quoi ?

À chaque siècle ses problèmes, générés par les effets de sa construction. Du sanctuaire à l’électron libre en passant par les alliances aux frontières… autant de modèles qui ont chacun leur ingenieurie et stratégie.

Le nôtre se trouve bousculé certainement par les effets de la mondialisation, de la diffusion des nouvelles et de l’immédiateté des références…des formes nouvelles d’alliances entre personnes et groupes, des refondations des figures paradigmatiques du crime et du criminel…etc.

A l’incertitude identitaire (je suis de quelle appartenance, je peux être affilié à qui ?) se joint une inquiétude identitaire (en moi-même, tel que je me ressens, suis-je suffisamment fiable ?), elle même génératrice de vagues en vagues, d’autres inquiétudes. Non pas seulement sur le demain, mais sur le aujourd’hui, tout à l’heure, sur tout ce qui est et fait le voisin.

Les victimités régionales, dans tous les champs du socius se font pressantes et en contre coup des exigences sécuritaires viennent ordonner une marche spéciale du quotidien et des différentes prises de positions, réassurances, d’où quelles viennent.

Le « quoi » ne peut pas être seulement celui d’un utilitarisme social mais au titre d’une alliance inconditionnelle, contre vents et marées : la question éthique n’est pas latente, elle doit demeurer au premier plan. La réponse politique doit être à cette hauteur : l’éthique est à la morale ce qu’est la déontique à la déontologie. Il faut cesser de penser seulement dans les cadres conventionnels et sécurisés de la morale et de la déontologie.

______________________________

1 La criminologie au XXI siècle, cycle de conférences organisées en 2007 par le service culturel de l’Université de Rennes 2, sous la responsabilité scientifique de LM Villerbu ; site  Université Rennes 2.
Pour quelles questions ?
2 Ici comme ailleurs. Voir l’article écrit par François Clément, enseignant chercheur, membre titulaire des commissions de spécialistes, dans le Monde du 26-06-07. Université : la foire à l’embauche. Et l’auteur ici pourrait en dire la même chose dans les commissions où il a pu siéger et cela sans que frémisse en rien une quelconque autorité référente.
3  L’expertise psychologique est ainsi un marché qui n’exige souvent pas des experts un quelconque savoir en criminologie; et, dans le même sens, nombre d’expert au pénal se félicite de n’avoir aucune culture en criminologie se fondant sur nation, importée du champ thérapeutique, de la vérité du sujet.

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