De la Maltraitance à la résilience, Messages d’espoir.

Iris Delassource, (2018) De la Maltraitance à la résilience, Messages d’espoir. (auto édition)

Par Loïck-M Villerbu.

Ouvrage dédié à toutes les victimes(les accidentées de la vie) l’auteur fait part d’une longue expérience conjugale de maltraitance. Un homme parle, s’explique sur son nom d’emprunt et l’usage qu’il veut en faire, protéger les proches. Son témoignage se lit à plusieurs niveaux accompagnant une démarche progressive de prise de conscience, ce moment au cours duquel se rendre à l’évidence, aux choses déjà sues et pré-nommées, s’impose. Moment où il ne reste plus rien des croyances qui maintenaient coute que coute un faire semblant. Découverte effrayante, dans la solitude, d’un roi nu. Exigence d’un nouvel ordre, communiquer une expérience qui vaut retour au monde.

L’auteur propose un temps de lecture en quatre étapes. Temps de quatre découvertes :

  1. Identifier ce dont il souffre et n’a pas de nom dans la liste des souffrances existentielles officielles, la maltraitance par l’oubli et abandon. La démarche n’est pas prescriptive, quand l’auteur parle au lecteur il veut donner à voir, la démarche est en miroir, elle engendre des formes d’appartenances, ce sont des bouts d’expériences qui sont données en partage, toujours avec un même souci, chercher un interlocuteur, se démontrer comme existant, se reconnaitre dans les dénis des interlocuteurs. Lettres à mon lecteur pourrait-on dire. Il y en aura dix sur les idées reçues et presque autant de bulles sur ce qui a manqué dans ses hospitalisations en psychiatrie. Autant de remarques qui ne peuvent laisser indifférentes les formations universitaires et professionnelles sur ce que tout un chacun ne connait que trop bien, les idéologies disciplinaires.
  2. L’oubli et l’abandon, comme expériences contraintes de soi, deviennent un ensemble analysable sous l’angle moral et psychologique. Temps de ce qui va devenir une séparation, un divorce, quand faire front à l’adversité ne pouvant se penser que dans un cadre de conciliation perd ses motifs et devient le temps de la scission. Réécriture de soi dans une histoire, parcours paradigmatique : la rencontre, la prise de possession, l’isolement, les jugements négatifs, les décisions unilatérales, les culpabilisations, des impasses répétées, la découverte des décisions univoques aux motifs mensongers… une séparation d’un trop grand cout qui conduit à vivre l’inconfort existentiel, éthique d’un côté face aux réussites professionnels et amicales… Tout cela sur une base, « je ne voulais pas admettre ce que j’appelle aujourd’hui maltraitance par oubli et abandon ».
    26 ans après avoir rendu la conjugalité officielle, le suicide. Rompre avec la continuité de soi à quoi succédera quand la séparation sera effective, chez son ex-femme, le refus de toute discontinuité, le maintien contre vents et marée d’une l’union, l’accumulation de chausse trappes où se rendent confuses les œuvres de destruction et d’autodestructions, dans une balance aveugle des violences subies/agies. Scénarisation exemplaire d’une autodestruction chez celle qui ne cessait d’accumuler des destructions dans l’œuvre de l’autre. L’autre, l’innommable dit son apparition dans un monde d’impasses et en face, chez celui qui a refusé d’encourir plus de violences, ce qui a fait phare, les enfants, soi-même dans les enfants et plus tard.
    Tout cela continue de couter cher. Tout cela entraine à en savoir autrement sur la catégorie d’êtres que peut être celle qui agit de cette manière avec une telle constance destructrice, garant de sa propre sauvegarde psychologique et dans le même temps autodestructrice. C’est dans ce temps que s’engage au-delà de la norme sociale, et de la morale, un appel aux savoirs psy- et à leur développement singulier de ces 30 dernières années. D’où vient un tel désordre « mental » ? Comment choisir ses amis ? Autant de recommandations que fait l’auteur avant de donner les dernières clés de son parcours.
  3. Un mode existentiel s’est identifié, être l’objet de malveillances ; un mode opératoire s’y est révélé, le harcèlement, une catégorie opérationnelle a été mise à jour, le pervers. Il ne s’agit pas de disserter sur le concept mais d’aller voir ce que produit cette catégorie au quotidien. Le temps que l’auteur veut partager avec son lecteur, étayé sur de nombreuses citations, est un temps d’accompagnement pour lui permettre de lire ce que lui-même a mis tant de temps à réaliser. Et pour aider cette lecture, en annexes, 20 pages d‘extraits de messages types que chaque spécialiste en victimologie identifiera avec aisance, tant ils sont si peu singuliers, tant ils révèlent une posture type.
    Il faudrait d’ailleurs en faire les premiers éléments d’une autre prise en charge en Psycho-Criminologique, agressologie et victimologie, pour en étudier les stratégies de dé-criminalisation ou et sur-victimisation en usages par les auteurs de violences, les défenseurs de ceux-ci ou des victimes. Stratégies très souvent, ainsi qu’en témoigne l’auteur de l’ouvrage, hors représentation de la part des acteurs de la procédure pénale ; par absence de mots pour le dire, par formalisme conceptuel. Mêlant ses propres moments aux références appelées, ses propres doutes aux doutes qu’il pressent de la part de ses interlocuteurs « sachant », l’auteur rend chacun, proche d’un réel travail de décodage.
    Et encore, ce qu’il nous apprend est que l’auteur défini comme prédateur, destructeur… vit un temps hors temps au point que qu’il est inconscient de ses propres autodestructions. Autant de signes diagnostics d’un état qui ne tient que de sa capacité à déplacer incessamment, les conflits ou encore à maintenir un milieu proche, organisé par la haine.
  4. Le dernier temps d’écriture du témoignage est un bilan et une hypothèse de travail : un travail axiomatique se propose. Croyances, normes et valeurs… ressources ou fragilités…pluralités des cadres de vie…

Il est possible de procurer l’ouvrage d’Iris Delassource : iris.dellassource @ gmx.fr

** Un autre récit devrait se lire en parallèle. Celui de Maxime Gaget,(2015) « Ma compagne, mon bourreau. » Ed. J’ai Lu.

Lui aussi écrit afin de donner à voir et à comprendre. Son écriture est différente. Il raconte sans chercher à catégoriser. C’est le récit d’une impasse existentielle que le lecteur va progressivement découvrir à travers une série d’évènements qui emprunte leurs actualités aux milieux et temps de vie, harcèlement scolaire, tyrannie paternelle réactionnelle, destructivité conjugale. En fond, s’esquisse un savoir sur soi, empirique, (timidité) organisé en esquives permanentes de tout conflit, et dont le maintien se légitime de références à des normes et valeurs qui font principes ; au titre desquels se négocient des comportements d’attente d’un temps meilleur.

Ce qu’il pouvait prêter à tout autre pour le maintenir existant se retourne contre lui, devenant ainsi objet-victime de sa propre prétention : croire savoir ce qui sauve. Ou encore, comment pouvoir se rendre crédible, anticiper toute incrédulité de la part de chacun.

Ce qui se trouve prêté à l’autre constitue pour celui-ci un mode d’emploi d’asservissement et de dé subjectivation, dès lors qu’il dispose de compétences particulières en manipulations et s’en prend progressivement à toute velléité de fonder une légitimé propre. N’existe plus alors sur le plan de toute relation qu’une injonction, paies, tu dois payer… que ce soit en termes d’argent, de punitions, de corvée, etc. Ainsi l’imaginable apparait aux yeux du lecteur, parfois avec effroi. Violences physiques, restriction économique, dépossession de tout papiers identitaires, destruction des objets de vie courante, dénigrement systématique… sans jamais qu’un mot de reprise, de distance n’accompagne quelques violences. Impensable également que l’environnement proche (voisins, commerçants, parents…) ne demande pas de comptes plus tôt. Ou ne fasse des signalements.

Cela dont cet autre dispose, identifié d’abord comme méchanceté, est alors le commencement d’une autre histoire, à peine encore esquissée : je m’efforce de comprendre le pourquoi de la méchanceté de Nadia/reste à comprendre pourquoi toute cette violence subie

Maxime Gaget a engagé plusieurs trajets thérapeutiques. Le clinicien peut se demander pourquoi ne s’est proposé à aucun moment un cadre groupal d‘analyse, tant la présence d’un tel tiers sourd dans l’écriture.

****

Un dernier mot : bien des ouvrages sont écrits sur la problématique du contexte conjugal violent. Celui-ci est dans la ligne du colloque inversé tenu en novembre 2018, « Ca s’appelle violences conjugales ».

Il vise à donner un savoir d’usage comme mode d’appropriation de soi-même en situation de violences subies. Il vaut pour les praticiens comme pour les usagers. Ceux-là sont trop souvent en prise avec des considérations strictement et formellement d’obédience, et manquent trop souvent de présence thérapeutique. Le savoir qui les initie est trop souvent un savoir sans usages, sauf à dire la langue d’un maître et à se réfugier dans une idéologie du sujet.

Par exemple, Il a été tenu à Rennes un colloque universitaire tout à fait typique de cette tendance et édité par les PUR, en 2012, sous un titre quelque peu usurpateur, Femmes Victimes de violences conjugales, une approche clinique… manquant singulièrement de témoignages de pratiques d’aides, ou thérapeutiques. Nous en ferons plus tard une étude plus détaillée de ce réservoir d’idéologies disciplinaires.

Novembre 2018.

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