A propos des signes dénonciateurs de la pédérastie et de leur critique expertale…

G. Bachelard . « L’instrument de mesure finit toujours par être une théorie et il faut comprendre que le microscope est un prolongement de l’esprit plutôt que de l’œil »1

Pr. L-M. Villerbu,

ICSH/R2/2006

De la complaisance naturaliste chez A. Tardieu (1818-1879) à propos des signes dénonciateurs de la pédérastie et de leur critique expertale au XXIe siècle.

Au travers

Introduction

Ce travail d’épistémologie et de clinique expertale prend source dans deux Pôles Ressources « Déviances, délinquances et sexualités » et « Ethique » de l’Institut de Criminologie et Sciences Humaines de l’Université de Rennes 2. Et plus particulièrement dans le contexte des recherches du laboratoire de Cliniques Psychologiques, psychopathologie et Criminologie. Il naît d’interrogations cliniques sur la construction du lien social et de ses avatars vus par la biais des comportement sexuels déviants et ou délinquants, dans un contexte d’enquête de terrains d’une part, de pratiques expertales d’autre part, c’est à dire d’études dont une partie non négligeable est destinée à produire des données de référence pour un ensemble de décisions ou de préconisations judiciaires. Des données qui, qu’on le souhaite ou non, prennent valeurs de preuves2 au moins consensuelles et toujours susceptibles d’être menées en contradiction. C’est là le fait même d’une décision inscrite dans un débat social ou judiciaire et dans toute controverse scientifique qui ne pose pas en dogme ses référents fictifs.

Le rôle, le statut d’expert et de sachant, a contrario du mode de présence du chercheur, est de fait au coeur des préoccupations. En ce sens les données qui sont émises, la parole qui s’ouvre à la description et à l’explication de phénomènes en prenant aussi valeurs de faits, font normes de références. Elles instruisent dans leur construction une certaine police des savoirs et une certaine sécurisation de leur portée dans un contexte qui demeurera toujours, aussi, celui d’une police des moeurs.

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Parce que tout professionnel non seulement exerce selon ses compétences acquises mais doit rendre compte et se laisser évaluer sur ses performances cela implique qu’il soit en tout instant divisé ou multiplié en plusieurs registres d’interpellations. Q’un travailleur social travaillant avec la confiance des familles ne soit pas aveugle aux faits criminels que cette confiance instaure et rend possible. Qu’un thérapeute ne s’illusionne pas des changements observés en cure et puisse considérer ces mêmes changements comme incitateurs réactionnels de rechute dans une réaction négative au traitement. Que le policier ne soit pas insensible à ce que sa fonction contient d’un double travail d’apprentissage de la délinquance et de sécurisation sociale, qui exigeant de lui que parfois il se comporte comme un travailleur social. Que tout magistrat ne puisse pas au prétexte d’une méthode formelle, pensée a priori comme conforme sa rigueur d’instruction, ne pas entretenir par rapport à elle une méfiance….que tout expert puisse se rendre à cette évidence, que le destin de son dit non seulement lui échappe toujours en partie mais aussi qu’il est immédiatement saisissable par une partie adverse, et que, plus que des faits c’est de sa méthode dont il doit rendre compte, et dans celle-ci lui même comme personne.3

Dans les propos qui vont suivre nous avons choisi de développer en parlant des Travaux de Ambroise Tardieu et de son époque : les Origines de son travail, les axes d’analyse repérables dans la construction scientifique, les bases de cette construction et le projet scientifique et à prétention scientifique qui s’en inspire pour en faire paraître les moments co-existant d’une pensée tantôt scientifique et construite en ce sens et d’une pensée mytho poïétique où l’intuition au lieu de se faire illustration se généralise en un réel pré-scientifique.

Pourquoi étudier A Tardieu ? L’étude prend son origine dans l’étude sur la trace et l a traçabilité, ce qui se nomme preuve. Il y a au départ un contexte d’enquêtes expert ales et une question, comment entendre des allégations et leurs attestations, dans quel dispositif de savoir a priori ? Un contexte de constructions de données observables sur la fiabilité des allégations et la clinique du fait judiciarisé. Un contexte de définitions de la valeur normative de la parole de l’expert, quand la Parole devient Un fait ; question d’éthique certes mais aussi de volonté de s’expliquer en entrant dans ce qui fait le débat judiciaire, la contradiction comme une donnée de base et non seulement un rite dans un théâtre judiciaire. Un approche historique des textes médico-juridiques fondant du fait et son type de traçabilité. Dans cette perspective le lien avec la médecine légale pouvait se poser. Comment se rêve le savoir d’une part, comment se construit l’indiscipline de l’autre ?

A. Tardieu nous offre dans la moitié du XIXe siècle une série de textes dans une double lecture : comment identifier les mauvais traitements à enfants, sur le corps et sur le moral ? Comment identifier un personnage criminel dont l’importance ne cesse de croître avec l’intérêt porté aux enfants, le pédéraste, dont il faut bien voir qu’il est le répondant criminel de La Femme Prostituée, paradigme de toute criminalité.

Qu’est ce qui rend l’homme si semblable à la femme, à quelles réductions faut-il se résoudre pour en faire l’assimilation ? En quoi Tardieu a –t-il saisi, sur le vif, l’homme sur le modèle de la femme et au prix de quelle anatomie rêveuse et rêvée. En quoi il y avait-t-il chez A. Tardieu dont on ne peut ignorer que le père était sculpteur un Hans Bellmer4 bien avant l‘heure ? Et quand le scientifique interroge l’homme sur le modèle de la femme meurtrie et en criminalité sexuelle qu’elles peuvent en être les fondements politiques, idéologiques et moraux ? Quelle haine peut-il le transformer en cadavre ? En quoi l’étude la criminalité sexuelle naît-elle dans la transgression et demeure- t-elle toujours un objet où se mêle destin des pulsion et histoire du droit ? En quoi se distinguent consentement et assentiment  dans les figures paradigmatiques du pédéraste, ce personnage d’avant l’homosexualité sur la face médicale et psychologique.5?

  1. Dans l’a posteriori de notre réflexion 8 axes d’analyses se sont dévoilés et ont constitué un champ critique. Ce seront nos lieux d’interrogations.

Au delà d’une analyse historique, une analyse épistémologique, 1- sur ce qui rêve d’un autre chez l’observateur, (savoir se laisser enseigner)- 2, Se laisser surprendre par la clinique, (quel modèle au départ de toute investigation psycho-criminologique) – 3, Un doute constant sur ce qui se présente comme nouveauté. Des savoirs qui s’empruntent (Prendre le scandale au pied de la lettre)- 4, Des ouvrages de référence,(un corpus historique référence, critique) -5, Une méfiance à l’endroit de toute généralité,( de l’abus des mots) -6, La mise en scène imaginaire des savoirs (du montage des savoirs partiels)-7,La construction d’une entité par désubjectivation-résubjectivation.,( comment construit-on un crime et du criminel) -8, Ne pas croire l’autre plus sot qu’il ne l’est, ni si entier dans ses affirmations, ni si dispersé quant à ce qui ne parait pas rentrer dans ses observations( entendre à charge et à décharge).

1- Ce qui rêve d’un autre moi-même chez l’observateur attentif à ses émois. L’autre, qui est-ce6 ? La somme toujours reconstituée des dépôts de savoirs et de croyances dans un essai permanent de convaincre tout un chacun de son existence ?

Ce que des hommes disent au cours d’expertises racontent un savoir de leur corps et de ce qu’ils en retirent en une dramaturgie imaginaire, de ce qu’ils en apprécient ou détestent de ce qu’ils aimeraient transformer et des constructions imaginaires faites sur l‘exercice de la sexualité .Ils en racontent des transformations à partir de ce qua sexualité en acte peut modifier d’eux mêmes corporellement et pas seulement psychologiquement. Il y a là des rêveries ou des fantaisies qui ne sont pas sans rappeler d’autres lectures et notamment celles de G. Bachelard dans la Formation de l’esprit scientifique et de ses avatars, sur la façon dont le plus grand nombre acquiert des données scientifiques lorsqu’elles arrivent dans la rumeur, sur la façon dont les scientifiques construisent leur spéculation sur la base de grandes images et de grands gestes épiques. Il y a un imaginaire de la transformation particulièrement mis en évidence et travaillé par G. Durand7 dans nombre de ces ouvrages, sur les principes d’analyses empruntés au précédent.

2- Se laisser surprendre par la clinique quand le crime de femme emprunte les formes et moyens des crimes d’hommes : l’agression sexuelle. Il y a là toute une histoire de la méconnaissance organisée sur les femmes criminelles et notamment agresseures sexuelles8 Se pourrait-il que ce fut seulement une invention du XXe siècle finissant, et que la seule criminalité des femmes soit fondamentalement celle d’exercer la prostitution, celle- ci étant la figure même de la monstruosité morale rendue familière et apprivoisée ? Se pourrait-il de fait en retour que des postures d’hommes, déviant ou criminels passent ou aient passé par le détour des attributions faites à la femme pour en donner des fondements compréhensifs ? En quelque sorte que l’homme dans ses postures criminelles soit conçu sur la référence de la femme ? Dans cette hypothèse nos lectures devaient s’orienter vers la criminalisation des comportements dont la qualification était ou est d’être homosexuels ou encore d’agresseurs sexuelles.

3- Un doute constant sur ce qui se présente comme nouveauté. Un doute marqué à propos de ce qui ferait scandale au XX et XXième siècle, et qui serait absent antérieurement ; à savoir des scandales dans lesquelles une sexualité criminelle se serait inventée balayant les paradigmes antérieures de la criminalité. Certes le champ analytique nous a à maintes reprises amené à concevoir ce fameux déplacement des symptômes, ou encore à poser comme probable les versions nouvelles de symptômes sur des bases structurales pensées comme inchangées mais qu’en était-il dans le registre criminologique dès lors que nous le soumettions au fonctionnement des Sciences Humaines cliniques ? Quand ce savoir était convocable non sur un divan mais dans les intimités querelleuses de l’épistémologie  et de la clinique ?

A ce sujet nous avons été vite conforté à la fois en relisant les traités, manuels pratiques de médecine légale et autres ouvrages traitants de la condition sexuelle. .Carlier, chef de Brigade des mœurs à la Préfecture de police de Paris entre 1850 et 1870 publie en 1887 le résultat de ces observations dans Ses mémoires commencés en 1862. Il note9 les nombreux procès scandaleux ont défrayé les journaux notamment ceux auxquels ont donné lieu les assassinats Tessié en 1838, Ward en 1844. « Ceux qui sont plus âgés dit-il,  peuvent surtout avoir gardé le souvenir du procès instruit en 1845 qui fut connu sous le nom de affaire de la rue Basse-du-Rampart dans lequel étaient compromis 47 accusés .Il s’agissait d’outrage public à la pudeur consommé dans les conditions les plus répugnantes de détournement de mineurs qu’on excitait habituellement à la débauche et des nombreux chantages dont les victimes entendues comme témoins(…) étaient pour le plus grand nombre des gens du monde et de riches étrangers ;…de 1850 à 1870 la répression fut tellement sévère qu’il y eut des moments de véritables paniques. La plus violente de toutes fut celle qui se produisit dans le cours de l’année 1864 et qui dura tout l’année 1865 Elle fut la conséquences de mesures rigoureuses prises contre les membres d’une association qui se réunissait dans un local du quartier de Grenelle loué par l’un d’entre eux.. Cette répression avait été si rigoureuse que les pédérastes étrangers regagnèrent tous leur pays en même temps. Que certains français, en assez grand nombre appartenant à la haute société quittaient la France pour laisser passer l’orage. » La pédérastie en voie de construction sociale et en cours de construction scientifique pouvait se soutenir d’un discours fort et ramasser en une série documents les notes jusque là éparses et réservées éventuellement à des spécialistes de cabinet, tels le médecin Casper de Berlin. Lequel avait écrit dans, Le Viol et la pédérastie du point de vue de la médecine légale, a propos du conte Caylus qui avouait « que depuis 26 ans il s’était livré à des hommes deux à trois fois par jour et avait consigné ses impressions journalières, ses aventures, ses amours et ses sensations ». Ce qui n’en faisait pas forcément un criminel mais qu le mettait en posture criminogène manifeste dans la mesure où cette forme de sexualité allait pendant encore un temps encore négligeable pouvoir se superposer à toutes les monstruosités morales. Pour Carlier pédérastie n’était pas dissociable de prostitution comme le notait D. Fernandez. Chose en rien symétrique à ce qui était pensé et avancé pour les femmes qui s’y adonnait. Le crime ou ce qui allait le devenir avait un genre.

4- Des savoirs de référence pris systématiquement à témoins. Un corpus d’ouvrage dans cette hypothèse devait en donner des éléments et ce fut une lecture assidue des ouvrages médicaux légaux du XIXe siècle et tout particulièrement de deux ouvrages dont au moins l’un d’entre eux a fortement marqué les mentalités et les courants scientifiques. Le choix s’est porté sur l’ouvrage d’un homme de police et le second sur celui d’un médecin que l’on a bien fini par reconnaître très longtemps après François Carlier, La Prostitution antiphysique, 1870, qui en se situant en témoin des moeurs se présente comme un témoin moral des victimes et d e l’état de la société. Ambroise Tardieu, Etudes médico-légale sur les attentats aux moeurs, 1857, qui a en quelque sorte précipité une lecture de faits décrits de façon non systématique avant lui Il n’invente pas, il systématise. Il publie les Attentats aux mœurs en 1843, nommé professeur de médecine légale en 1861

Ces deux ouvrages ont deux préfaciers très dissemblables par leur écriture et leur projet, l’écrivain et romancier Dominique Fernandez dont on pourrait dire qu’il ferait figure d’accusateur de A Tardieu, il en dénonce les excès et l’incompréhension et Georges Vigarello historien qui projette le nouveau savoir de Tardieu dans une révolution des moeurs juridiquement attestée. Le seuil de l’atteinte condamnable s’est désormais déplacé et nous vivons toujours sur ce déplacement à travers les modifications du NCP. «  L’enfant écrit Vigarello est l’objet de nouveaux crimes que son défaut présumé de consentement rend possible ». Pour preuve il citera les condamnations en1834 par les Assises de Rennes d’un frère des Ecoles Chrétiennes « pour attentat à la pudeur commis sans violence sur plusieurs de ses élèves », ou un instituteur, en 1836, pour des attentats reconnus sans violence mais dont l’obscénité amena la huis clos à Nantes.

5- Une méfiance à l’égard de toute généralité. Le même Carlier10 rapportera cas qui fait exemple !  « Le 1 janvier 1868 en plein jour un homme âgé du nom de Castex en compagnie d’un tout jeune homme âgé de 16 ans rencontre sur le route de St Denis, à 500 mètres de dernières maisons de la chapelle, un enfant de 5 ans. Il lui offre un bonbon, l’entraîne dans un des fossés de la route puis aidé de T. Le tue en lui écrasant la tète à coups de pierre. Lorsque le malheureux enfant est bien mort et que sa tète n’est plus qu’une sanglante bouillie les deux misérables se livrent sur lui aux plus répugnants outrages et avant d’abandonner son cadavre lui coupe les parties génitales qu’ils emportent. ».

« Est-il possible d’expliquer de pareilles monstruosités, dit-il, autrement que par des accès de folie érotique. Jamais l’amour naturel n’inspira de crimes aussi épouvantables ». La confusion entre ce que nous appellerions aujourd’hui relations homosexuelles, nature criminelle de celles-ci et les conséquences criminelles inéluctables saute aux yeux. Une entité naît, contient a elle seule son explication et ses développements, elle est à la fois foyers(morbides) et discours sur ce foyer dans une théorisation qui s’affranchit progressivement de toute observation, pour reprendre un propos que Malater11, emprunte lui même à Leuret raisonnant sur la folie des phrénologues. Et Inversement constituer une entité, toujours descriptive explicative en soi à partir d’un regroupement de signes « construit une même aberration scientifique en ce que cela suppose que des signes positifs puissent toujours renvoyer au même principe explicatif spécifique12. »

6- La mise en scène imaginaire des savoirs. Mis en perspective et projeté sur une scène critique, comme un écran qui ferait panorama des registres et des dimensions de réflexions se laisse entrevoir, ans un ensemble d’interférences. Des équivalences à la Baudelaire se font jour dès lors que nous ne quittons pas ce que ces réflexions engendrent d’espace visuel et dramatique, de référence spéculaires ; scène sociale, scène du crime, scène morale, scène anatomique … Scène sociale et une scène anatomique vont de pair : turpitudes, provocations et blessures corporelles Carlier13 procède à une description méticuleuse des mœurs des pédérastes au point qu’il décrit sur une scène sociale ce que A. Tardieu va décrire sur la scène anatomique. : même précision dans la langage, dans les descriptions même soucis du mot juste, mêmes soucis de classer des signes….. Les exemples abondent chez le premier affirmant qu’une « monomanie de la dénonciation calomnieuse et la tentative de chantage sont communes à tous les petits jésus et jésus en général et qu’elle est l’arme favorite des pédérastes filles galantes », ou encore quand il décrit14, incitateurs de désordre social et de débauches «  une scène des turpitudes et une provocation,… leur séjour au violon est particulièrement pénible, trahis par leur timbre de voix, ils sont injuriés, soumis à toutes espèces de vexations imaginables,(… )et les accablent parfois de mauvais traitements ».

Si le sexe de la femme par l‘invention en cours d’une médecine judiciaire ou d’une médecine du cadavre était devenu une scène médico-légale, l’anus de l’homme (et au-delà celui de la femme) prendra les mêmes fonctions ;  l’homme anatomiquement criminel sera jugé et lesté de l’anatomie descriptive de la femme. Un homme nouveau et criminel au est de femme blessée

7- La construction d’une entité. Autres conditions pour rendre possible l’études des conduites sexuelles « 15d’hommes entre eux », une désubjectivation, par le recours au droit et à la morale, aux entrepreneurs de morale et aux ingénieurs d’un ordre social sécuritaire !

La chose n’est pas nouvelle, dans une autre dimension ; toute description procède d’une morale implicite et d’un imaginaire substantiel qu’une fréquence d’occurrence cherche à rendre objectif. Prenons le Traité des Dégénérescences de l’espèce humaine de B.A Morel16. Que lisons nous dans son atlas. « La constance et l’uniformité des déformations physiques chez les êtres dégénérés, indiquent la prévalence de causes qui agissent d’une manière invariable et qui tendent à créer des types à forme déterminée » .Et ayant réduit la tète à 16 types en empruntant le système du Dr Gosse (1855), il les ramènent à un principe maladif à deux groupes principaux «  la tète microcéphalique, la tète rachitique, protubérances des bosses frontales, agrandissement du diamètre bi-pariétal qu’on rencontre particulièrement chez les crétins.. Les autres déformations de la tète formant des groupes spéciaux où la dépression extraordinaire du front constitue une tète fuyant en arrière… » Evoquant d’autres défaut de symétrie du crâne par ailleurs remarquées : la vicieuse implantation de l’oreille, la vicieuse implantation des dents. ».17

De la monstruosité physique à la turpitude morale ou intellectuelle il n’a jamais qu’un pas. Monstruosité morale, tératologie toujours mi implicite/explicite les formes d’existence pédérastes sont conçues en elles mêmes, dans leur nature comme entraînant le mal et soumises à ce qui le renforce, aux puissances de l’argent et de la vénalité, de la trahison. La pédérastie va être conçue progressivement, au fur et à mesure de son élaboration comme un mal polymorphe qui loin de n’être qu’une passion sodomite ou un jeu détourné des organes de la génération est d’abord un caractère, une constitution moral.

C’est dans cette projection d’un mauvais objet absolu que les études sur la pédérastie vont se faire et s’autoriser. Parce que les comportements s’objectivent comme le mal et se réifient dans une distance absolue à tout un chacun (amour vénal versus amour dans le mariage, complémentarité des sexes, ordre social, projection générationnelle, constitution des patrimoines et des territoires versus dilapidation…), la conversion des mentalité est possible. Le crime qui s’engendre de figures thériomorphes définitivement mis hors de soi peut être étudié et l’on peut penser « une éradication totale de la pédérastie », « d’un tel danger redoutable ». Nous dirions pour reprendre une expression de Greeff que le crime est consommé dès lors qu’est acquise la conviction que l’autre doit disparaître. Mais sans doute faut-il aller encore plus loin : dès lors que le cadavre s’offre à la dissection et à l’observation, l’étude de celui qui portait cette tare ou ce vice (constituant le plus lointain de l’homme ordinaire) en est possible. Un objet absolu est né, l’objet d’aucun désir ou l’objet d’un pur désir ?

Et la tache est d’autant plus rude comme le souligne tous les auteurs de ce temps que le crime de pédérastie(des hommes adultes forniquant18 entre eux) n’existe pas, qu’il est essentiellement une construction morale tenant à un ordre social, à des figures étrangères à éliminer. « Nos lois qui n’ont pas prévu l’inceste19 n’ont pas prévu davantage la pédérastie ni certains de ses excès démoralisateurs. Légalement la pédérastie est donc chose impunie qui ne peut tomber sous l’application du code qu’en raison de circonstances délictueuses dans lesquelles elle peut être pratiquée : en présence de témoins, dans un lieu accessible au regard, outrage public à la pudeur ; excitation habituelle à la débauche (chez soi ou ailleurs), détournement de mineurs et même viol »20

C’est de façon indirecte que la morale qui cherche à criminaliser, la paix sociale qui cherche à faire disparaître les figures de l’insécurité se sert d’artifices légaux, faute de lois encore à inventer : « des lois à inventer… la seule barrière est la loi du 9 juillet 1852 qui autorise l’expulsion pour deux ans du département de la Seine de tous les individus qui s’y trouvent sans asile et ou sans moyens d’existence…la police fait des enquêtes sur tous les antiphysiques qui lui sont signalés…C’est grâce cette loi qui pourtant n’a jamais visé les pédérastes que la police peut s’occuper d’eux, leur inspirer une terreur salutaire et empêcher la pédérastie de devenir un scandale public…Dans nos pays d‘occident notamment où les femmes prostituées abondent, il ne peut être question de la tolérer comme une nécessité majeure et de la réglementer. Ce serait en plus reconnaître officiellement son existence. La supprimer si c’était possible voila quelle serait la chose préférable mais une disposition législative est impuissante à supprimer les passions humaines… la seule chose pratique est d’empêcher par tous les moyens imaginables les manifestations extérieures21».

8- Ne pas croire l’autre (celui qui écrit) plus sot qui ne l’est. La scène sexuelle qui se constitue au regard double du médecin et criminologue ou légiste va emprunter ce que plus tard Freud désignera de manière bien singulière, la fantaisie des fantasmes originaires, la séduction criminelle, la figuration des parents combinés, une contamination des corps dans la gestualité du rapprochement des sexes, l e pénis comme une arme, instrument de jouissance et instrument de mort.

Ce dernier est le complément de toute étude de l’anatomie féminine victimisée ou d e l’enfant agressé. En même temps qu’il est l’objet de description tout autant en vue de l’identifier comme agresseur que de l’authentifier comme auteur des mauvaises habitudes il est pour Tardieu à comprendre dans un rapport qui transforment physiquement les deux partenaires pour peu qu’ils soient dans un même état amoureux : là ou aucune trace ne se laisse lire par la suite. Le contraire signe l’agression que ce soit par l a présence de vulvite traumatique avec son écoulement, sa turgescence extraordinaire en, ses rougeurs localisées pour lui signé évident d’un traumatisme mécanique. Ce ne sera que bien tard que l’origine microbienne sera rendue observable. Si l’art de Tardieu s’attachait à décrire des seuils de violences et à en faire une typologie comme on en ferait aussi aujourd’hui une typologie des violences dans la ville, c’est parce qu’il lui fallait un appareil à chiffrer l’atteinte, qu’elle soit rendue consciente dans la douleur ou non.

Ainsi Tardieu n’ira quand même pas jusqu’au bout des affirmations possibles dont la référence imaginaire est la mécanique pénienne/vaginale. Il lui restera un doute scientifique22 dans cette prescription au médecin légiste inventant ses tables d’observations : « les organes de l’inculpé se rapportent-ils à ceux de la victime ? ». Il n’attache pas une grande importance à cette question. « L’appréciation est délicate, dit-il, d’abord parce que si on peut mesurer plus aisément les parties sexuelles de la femme, il s’en faut de beaucoup que cela soit aussi facile chez l‘homme dont le pénis présente en dehors de l’érection et sous cet état des différences souvent considérables et tout à fait imprévues. », et de proposer : « en outre, avant de conclure à l’impossibilité de l’intromission,  c’est moins le volume de l’organe que la violence avec laquelle a eu lieu l’intromission et la résistance qu’on lui oppose qui détermine les lésions ».

2- Une construction scientifique sur une base juridique et socio morale, des cadres renouvelés.

– Un tremplin juridique pour une justice positive. – La fondation d’une entité, dans un contexte socio-moral et policier, une population à risques. – Un cadre médico légal qui constitue une autorisation d’étude et d’observations désormais médicalisable pour une police des mœurs.

2-1 Sans modifications des lois et donc a posteriori, des mentalités, pas d’invention renouvelée dans la recherche de confirmations (ce qui fait preuve, est observable) de ce que laisse entendre le fond de réalité des nouveaux articles.23.Le code de 1791 avait créé une autre visibilité criminelle sexuelle en laissant une nouvelle place à l’individu et à son corps. Au lieu que l‘effort se plaçât essentiellement sur l’attaque faite au groupe familial de référence ; «  La terminologie des transgressions sexuelles se transforme » : le rapt fait place au viol, les atteintes sur et dans le corps prennent la place de ce qui était dominant dans la rapt, le consentement et la force utilisée, écrit G. Vigarello.

Le code 1832 va permettre de fonder comme jamais jusque là note-t-il un premier degré d’agression sur des bases psychologiques, morales et physiques, l’immaturité de la victime, désigner ce qui blesse le corps à l’âge du sujet, au-delà des formes les plus spectaculaires des violences sexuelles ; naissent les attouchements et les contacts ….et les nouveaux criminels.

Les attentats à la pudeur sont identifiés. L’attentat à la pudeur : distinction médicale (et fait constitutif a contrario du viol) selon la justice tout acte attentatoire à la pudeur, quelqu’un soit la nature, consommé ou tenté avec ou sans violence sur une personne de l’un et l’autre sexe, mais sans défloration s’il s’agit d’une vierge ou sans intromission complète s’il s’agit d’une femme qui n’est plus vierge

Le viol : toute violence exercée sur les organes sexuels de la femme caractérisée chez une vierge par la défloration, c’est-à-dire, par la déchirure complète ou incomplète de la membrane24 hyménéale et chez une femme faite par l‘intromission complète, c’est à dire par un rapprochement sexuel consommé

Fonder un verdict, pour une justice positive, ne pas se satisfaire d’énoncer en forme de je crois, créer des signes positifs pour fixer le sens, mettre en mots des gestes que la loi renvoyait à l’usage et au bon sens 25. Une science de l’indice positif et de sa catégorisation : des classes de phénomènes à observer sur le corps, les vêtements l’environnement 26 « qui écarte d’autres indices plus délétères comme l’odeur spermatique » .C’est un objectif renouvelé de constitution d’un appareil scientifique : une médecine légale en quête de signes positifs et servant la justice, susceptible de répondre à ses injonctions. Il ne faut pas oublier que le temps de ces questions coïncidait avec celui où l’on se posait la question de savoir « 27si une femme pouvait concevoir par le viol », à une époque où l’on tenait pour acquis que pour que la conception ait lieu, une participation ( sic) des sens de la femme était requise … « et il est bon d’ajouter que pour beaucoup de personnes cette question serait encore douteuse aujourd’hui et l’expert doit en être averti ».

La loi désigne les surfaces d’indices à enregistrer et les signes positifs à rendre lisibles. Les surfaces : une connaissance plus grande et plus vaste des anatomies des enfants ; on croyait le corps des enfants peu aptes à recevoir un membre viril, il y avait donc nécessairement et toujours des intromission incomplètes et les faits ne pouvaient être que qualifiés en attentats aux mœurs. Les signes : objectiver un seuil de violences, concevoir la genèse des traces retenues comme indices, retenir des dommages physiques. C’est en salves que Tardieu, membre du Comité Consultatif d’hygiène publique de France va mettre au service de la justice ses différentes études scientifiques  et notamment celle de 1860 sur les sévices et mauvais traitements. Celle-ci en était à sa cinquième édition en 1867.

2-3 Fondation d’une entité médico- légale, la pédérastie, par la mise en série de classes de représentations, par généralisation et catégorisation, afin de s’autoriser : généralisation sur un principe non juridique mais moral et criminogène. « La prostitution pédérastique a la même organisation de la prostitution féminine dont elle est le complément ; ce qui les différencie c’est que l’une est réglementée et l’autre pas ; si la seconde se circonscrit d’elle même dans certains endroits, la première s’empare indistinctement de tous les quartiers d e Paris »

Par Tardieu ou par Carlier, nous sommes en prises avec deux approches aux buts identiques. Ce qui est avancé par l’un se retrouvera chez l’autre. Scène morale et Scène dont le vice a transformé les moeurs et l’anatomie organisent les représentations. Ainsi sera-t-il avancé que :

– la pédérastie a partie liée avec la prostitution, elle ne peut être qu’inscrite dans un parcours de déviance criminalisable.

– la prostitution a la même organisation de la prostitution féminine dont elle est le complément ; ce qui les différencie c’est que l’une est réglementée et l’autre pas, la seconde se circonscrit d’elle même dans certains endroits, la première s’empare indistinctement de tous les quartiers de Paris.

– c’est un vice dérivant d’un des sept péchés capitaux, la luxure et pour lesquels les conduites de chantage, le vol sont quasi innées.

– c’est un principe explicatif : «  la passion de la pédérastie abâtardit les natures les plus vigoureuses, effémine les caractère les mieux trempés en engendrant la lâcheté, elle éteint chez ceux qu’elle possède les sentiments les plus nobles, ceux du patriotisme et d e la famille, elle fait d’eux des être inutiles à la société… l’amour de la reproduction cette loi qui commande à toute la nature n’existe pas pour eux28 . »

– un être qui tremble sans courage : «  ils ne sont cyniques qu’entre eux, ils tremblent en général, ils se livrent à des scènes odieuses de bestialité » « au lieu de se défendre ils fuient, c’est par la lettre anonyme qu’ils se vengent : pour avoir été éconduit, par rivalité d’amour, pour séparer un ménage, pour brouiller deux amants ». « La passion inassouvie ou jalouse est seule capable d e leur donner un peu de caractère 29».

La catégorisation morale se fera sur la base d’une distribution des rôles dans la scène sexuelle et dans les appartenances :- la pédérastie est reconnue, au cours de l’analyse empirique et plus tard savante, comme une entité diversifiée « et faute de le reconnaître on n’y comprend rien quand à ce qui fera conséquences médico-légale, dira Tardieu » et leur environnement social écrira Carlier. Il y a dit celui-ci, ceux qui paient, ceux qui prennent l’argent pour services rendus ,selon leur âge on les appelle petits jésus et jésus, etc.…certains sont actifs et d’autre passifs30 » et le précédent ceux dont les diverses habitudes de copulation vont construire une corporéité singulière.

2-4. L’élaboration d’une médecine légale en cours : une science d e l a trace et d e l’assurance, sur la base de références légitimant la présence du médecin de corps et des âmes, de la violence, même lorsque celle-ci ne laisse pas de traces (de corps, d e meurtrissure, de sang…) sur le corps.

Tardieu est dès lors conduit à estimer un seuil de production des violences et l’effort d’observation se déplace : des meurtrissures, aux déformations, à la parole qui rapporte. Mais tandis que le corps se laisse interroger infiniment et dans ses détails, la parole est fugitive ; si le corps ne ment pas (ou si peu) la parole est d’emblée simulatrice en puissance.

Tout ceci n’aurait encore pas de seuil si ne se modifiait une position, une attitude générale devant les faits, si ne se développait pas de manière collective une empathie envers la supposée victime. Des outrages physiques l’expert s’efforcera d’ausculter les violences psychiques et morales au prorata de ce qui fait scandale : l’avenir de la victime, les traces psychiques qui vivront à bas bruit et dévoreront tout avenir ou projet. Une société se projette dans ses enfants en même temps qu’une nouvelle sensibilité à la douleur apparaît. Concevoir ce qui fait mal autorisera à décrire les gestes en cause à partir des signes physiques et psychologiques encore peu apparents. Le trajet reconstruit de la main va faire sens au même titre que ce qui fait sens dans l’aventure de la graphométrie ; une lecture du trait se superpose à une lecture de l’attouchement, dans ses variétés de pincement griffures, pressions, frottements, pénétrations quelques soient les lieux du corps en rougeurs, turgescence, écoulement…. Une lecture des corps endoloris et déchirés, déflorés et souillés dans une description précise viendra fixer les reconstruire des actes criminels afin d’en mieux fonder le verdict ; une scène de crime s’invente du corps meurtri. La faisabilité des gestes et postures est étudiée au même titre que celles contusions sur le corps, des intrusions dans le corps ou dans la résistance psychique et physique de chaque victime.

Et ce qu’il advient à la femme, à l’enfant fille se généralise au garçon, adolescent, hommes. A l’image des traces laissées sur une anatomie féminine, le corps de l’homme engendre une scène. Celle que la pédérastie contemporaine avait déjà plus ou moins fixée dans ses moeurs coupables. Des témoignages des uns supposés coupables aux témoignages des autres supposés victimes l’homme traumatisé s’invente en symétrie de l a femme afin d’en donner des traces formelles. Un emprunt de témoignages, montés en conviction, des transferts de savoirs va venir occuper la scène scientifique au travers l’énorme expérience développée par Tardieu et ses contemporains. Militance31 sans doute à l’heure où le Conseil d’Hygiène siège mais certainement encore autre chose. C’est dans cet effort en particulier qu’apparaît le double sens des travaux de Tardieu ; scientifiques d’un coté, armés d’instruments et d’analyse biologiques, mythopoïétique de l’autre dans la volonté de trouver à tout prix une symétrie des atteintes et de penser en termes de reconstruction les diverses origines de scènes dont il reste des traces.

La trace de ce qui a pu se passer devient le fondement d’une activité à prétention scientifique. Seule la trace compte, la recherche de la trace devient persécutrice, obsessive. Ce sont ces processus que nous allons tenter de fixer. La nature se met au service d’une démonstration de principe.

Trois opérations sont en œuvre : Médicaliser, Identifier un groupe à risque, Criminaliser.

Médicaliser :

– « pédérastie et onanisme32 c’est là une véritable maladie comme le priapisme et nymphomanie ».

– le corps est susceptible d’altération de deux façons : par lésion ou déchirure et déformation, la première renvoyant à des facteurs de violences, la seconde à ce qui va se présenter ici comme des habitudes vicieuses, moralement condamnables.

Identifier un groupe à risque moral

Comme aujourd’hui nous sommes susceptible de définir des populations à risque, l’expert légiste va chercher des anatomies et des morphologies à risque, des postures et des vêtures naturellement transgressives et incitatives.: le modèle en creux, négatif, c’ est la femme réduite à son usage érotique sexuel,prostituée,adultère. Par exemple,

– « un être au-delà du langage : ils se reconnaissent entre eux : une politesse obséquieuse et exagérée, une intonation de voix, un mode de s’habiller, une tenue extérieure, une passion de bijoux voyants, des allures,une langueur dans le regard des mouvement du corps »33….«  Grâce à un je ne sais quoi une minute avait suffi à ces deux être inconnus l’un d e’autre jusque là ».

– Un être qui cultive l’exclusion : «  ils montrent une penchant impérieux pour la société des lesbiennes, aux lubricités contre nature ; ils aiment chez la femme et sa grâce et sa gentillesse, et ses minauderies et sa nature même ; ci qui répugne en elle c’est l’amour naturel dont elle est le symbole ».

– un être qui contrevient à l’ordre hiérarchique34 : « les accouplements les plus monstrueux, le maître et son domestique, le voleur et l’homme sans casier judiciaire, le goujat en guenille et l‘élégant ».

– Criminaliser

La pédérastie renvoie fondamentalement au phénomène prostitutionnel, à une chose près ; si la première est d’emblée criminalisée la seconde ne l’est que par les moyens qu’elle utilisent pour se réaliser, elle n‘est pas en soi criminelle mais le devient inéluctablement.

Le savant, anatomiste et légiste va chercher à constituer la pédérastie en crime en traquant ses effets sur le corps, et ce crime reconnu identifié dans les traces qu’il laisse sur le corps (le sien et celui d’un autre) constituera un savoir transférable sur le principe du plus grand des vices et des perversions éducatives, l’onanisme. Il combinera tous les effets délétères tant psychiques que moraux, physiques que sociaux.

La pédérastie est hissée au niveau d’un modèle générique des agressions contre les hommes et garçons, les enfants, aux limites d’une aventure scientifique Avec ce qu’elle enseigne de savoirs sur le corps elle prend l’allure d’un crime sur le quasi féminin. La femme se trouve doublement agressée et meurtrie : comme génitrice il lui est refusée une condition naturelle, comme épouse il lui est refusé de tenir sa place et en son lieu se substitue en toute gloire et sans honte un divin masculin, autarcique, capable d’occuper à lui seul toutes les places, un monstre méprisable capable de tous les outrages et sévices et meurtres.

Sur le modèle moral du paradigme de la femme criminelle parce que prostituée ou adultère se tien un homme au delà de sa condition male et virile, partageant l’infamie de la masturbation et de la sodomie de celui qui se montre soumis, prenant l’homme pour une femme ou instrumentant l’homme comme une femme. La pédérastie comme fondement de la criminalité essentielle est désormais acquise ; pédérastes passifs ou actifs, tous deux potentiellement criminels laissent des traces. Leurs corps s’instrumentalisent, ces instruments deviennent des zone sensibles, des surfaces d’observations : pénis, anus, bouches deviennent zones sensibles, à la fois armes et blessures, outrages au corps naturalisé de la femme. La pédérastie comme entité n’a au fond plus besoin des pédérastes comme personnages singuliers : elle est désormais capable de décliner et de discriminer ses apparitions.

– Les signes de violences deviennent indispensables au diagnostic. L’observateur fort de son savoir renouvelé cherche à ne plus se rendre dupe ; toute apparence est trompeuse. Paradoxalement cette volonté d’en savoir plus ne viendra pas forcément troubler les présomptions d’innocence d’hommes accusées de viols ou d’attentats à la pudeur. La représentation d’une femme se disant victime sans trace manifestes de haute violence sera toujours douteuse et cela encore longtemps. L’intimité humiliée et blessée a besoin des corporéités meurtries pour se trouver accréditée et l’on cherchera comme du temps de Voltaire à établir des quarts et des tiers de preuves, ’ici en cm d’intromission » pour trouver une certitude. On en concevra l’effet dans les pratiques jurisprudentielles quand en même temps, considérant l’anatomie d’un enfant l’expert ne pourra imaginer que l’introduction soit possible….quand bien même se constatera, ou bien comme il est rapporté dans les Archives départementales35, no. 33449, que la fillette de 7 ans présentait du sang et des excoriations génitales » ou « bien l’éventuelle élasticité des organes, quant au lieu d’une intromission violente, le travail  se soit fait sans brutalité ».

Des thèmes thératomorphes, des discours tératologiques se dessinent en creux et en relief dans ces travaux d’experts. Le dit scientifique parait ici constamment barré d’une autre dimension, celle de l’incroyable, du pas encore croyable, ou du pas possible, de l’alliance ou du pacte dénégatif. Et pourtant sans les travaux de Tardieu, oubliés activement en ce qu’ils pouvaient entraîner trop de dénonciations et de falsifications puis retrouvés nous ne pourrions pas prendre la mesure de ce nous sommes capables de ne pas voir de la souffrance émanant des agressions sexuelles.

3- L’aventure scientifique. La prétention scientifique et les éléments d’une construction mythopoïétique.

– Apprendre à transgresser. – La valeur des signes.- Chercher des signes en décomposant la réalité.- Les approches comparatives et ce qui s’en suit.

3-1 Délectation ou franchissement ? Fernandez évoque l’ambivalence de Tardieu dans ses examens innombrables de verges et de pénis et rapporte ces tentatives à décrire comme le fruit de refoulement. Laissons parler Tardieu : « l’objet de cette longue et pénible36 étude dans laquelle je n’ai reculé ni devant l’image de la dégradation morale ni devant les traits les plus repoussants des déformations physiques qu’entraîne une position scientifique a été uniquement de donner au médecin légiste les moyens de reconnaître les pédérastes à des signes certains…pour poursuivre et extirper s’il est possible, ce vice honteux ». Dégoût moral écoeurement et vertige somato-psychique. En tous les cas une position transgressive. L’étude des signes positifs de faits criminels n’est pas sans rappeler celui des cadavres et des humeurs qui s’en échappent.

3-2 Le projet scientifique l’élaboration de la médecine légale passe par la Valeur des signes : voir, créditer ne peut se faire sans réitération. Qu’en est-il des rapports du voir et du croire. Quand je dis, je vois, je ne suis plus dans le discursif, l’argumentable. Voir sidère et ne démontre pas. Sans doute sera ce là une des problématiques de Tardieu. Tous ses écrits médico légaux sont de forme d’illustration et de cas. Il dit lui m^me :

– « je m’attacherai37 à décrire ces signes avec méthode et a en donner une idée assez nette pour que leur valeur comme signe dans les expertises médico légales ne puisse plus être révoquée en doute ou livrée à l’arbitraire »… «  afin38 de répondre aux quatre questions du magistrat et auxquelles on pourrait se contenter de répondre par oui ou par non : -existe-t-il des traces d’attentat contre nature commis avec violence – existe-t-il des traces d’habitudes de pédérastie – la syphilis a-t-elle pu être communiquée par le fait de sodomie – l’assassinat a-t-il été précédé ou favorisé par des actes contre nature », « accorder39 la valeur de signes positifs aux caractères physiques de la pédérastie ».

– Tardieu entre dans la controverse et prend position : Alors que Casper se montre dubitatif, Tardieu affirme en accusant40. « et quand il n’y a pas de marques appréciables … ce qui a fait dire à Casper que tous les signes locaux et généraux indiqués par certains écrivains ne méritent aucune considération attendu qu’ils peuvent tous manquer et qu’ils manquent en réalité très souvent…. Mais outre ce que ce raisonnement offre de vicieux, la proposition du savant médecin légiste de Berlin est complètement en désaccord avec les faits et je n’hésite pas à la repousser. Je remarque d’ailleurs qu’il s’est lui même trop défié de ses propres observations…pour moi je n’ai trouvé que 14 fois sur 205 pédérastes avoués chez lesquels il fut impossible de constater aucune trace évidente.. Je ne crains donc pas de déclarer que l’absence de signes positifs est une très rare exception et je suis porté à penser que si l’on a cru et professé le contraire c’est parce que on a constamment négligé de faire une distinction importante entre les pédérastes et de rechercher chez eux des signes en rapport avec ces différences. Mais je me garderai d’exagérer cette remarque.  Bien sur  «   ces signes ne peuvent avoir de véritable valeur pratique qu’autant qu’ils sont suffisamment prononcés, mais j’ai hâte d’ajouter qu’ils le sont en général beaucoup et c’est là précisément ce qui m’a conduit moi même à y donner l’attention et y attacher l’importance qu’ils méritent ». Discriminant, ce que d’autres ne faisaient pas actif et passif, Tardieu peut alors écrire: « les signes d’habitudes passives41 ne se réduisent pas au caractère isolé et unique de l’anus infundibuliforme. Ils constituent un ensemble défini et si tous n’ont pas de valeur égale ils en acquièrent une considérable par leur réunion. Mais parmi les signes les plus probants : la conformation de l’anus en entonnoir ou les replis cutanés autour de l’orifice anal formant un bourrelet épaissi ou des caroncules saillantes.. Ecartant comme seul probant des traces de maladie du rectum ou de l’anus, ou évoquant un doute sur ce qui a trait à la forme des lèvres et de la bouche : «  je l’ai noté dans des circonstances ou il était impossible de ne pas être frappé de ce qu’elle offrait de significatif..»

Il y a des signes positifs plus probants que d‘autres, certains seraient pathognomoniques, Ils prennent valeur de démonstration en réunion. Le protocole est bien clinique, empirique.

3-4 Les observations, décomposer la réalité ou la perception qu’on en a : une approche comparative des traces de violences et de leur observations quand il s’agit de viols sur des femmes et de pédérastie.

A)- Approche comparée des textes de A. tardieu. : Des attentats à l a pudeur, Femmes, Fille / Des signes de la pédérastie

De la manière de procéder aux visites

Des signes des attentats à la pudeur

– Irritation de la vulve inflammation

-vulvaire lésions de la bouche te de l’anus

déformation caractéristique de la vulve

De la manière de procéder à l’examen des pédérastes

Existe-il des traces de violences sodomiques ?

Des signes du Viol Des signes d’habitudes pédérastiques

Des signes généraux de la pédérastie

Des signes d habitudes passives

Des signes d’habitudes actives

Des caractères de la défloration

Des traces de violences caractéristiques du viol

Des troubles de la santé consécutifs au viol

Du viol suivi de mort

Existe-t-il des traces d’habitudes de pédérastie

Des signes communs au viol et attentats ?

à la pudeur

Maladies vénériennes communiquées

Des taches que l’on rencontre sur linge et vêtements.

La syphilis a-t-elle pu être communiquée par la sodomie ?

De l’inculpé dans les cas de viol ou ?

d’attentat à l a pudeur

Attentat commis par des femmes sur de petits garçons Des attentats sur des garçons mineurs

Des attentats contre nature commis sur des femmes

De la prostitution pédéraste

Des systèmes de défense les plus souvent appréciation des moyens de défense allégués alléguée par les pédérastes,

Et usités dans les cas d’attentat et de viol

B – En ce qui concerne les femmes. Définir des signes de l’attentat à la pudeur : Etablir une géographie des lieux, une conformation avant et après42. A contrario des signes de manipulations de ses propres lieux et sites sexuels.

a) de l’aspect général des parties extérieures d e la génération à l’age nubile et à l’age adulte b) des aspects anatomiques internes et externes,

c) des parties les plus soumises à blessure pour cause de viols ou attentats à la pudeur : grandes et petites lèvres, clitoris, la fourchette la fosse naviculaire, l’hymen, les caroncules myrtiformes, l’urètre et le bulbe, le vagin et enfin le squelette qui supporte les diverses parties ;

d) des modifications dues aux excitations ou aux faits d’accoucher ou à la défloration.

 «  Sous l’influence de l’excitation sexuelle petites et grandes lèvres varient ; les petites par le fait de tiraillement de attouchements répétés… un allongement tel qu’elles dépassent de beaucoup les grandes lèvres. Le clitoris : « il est permis de regarder son développement exagéré comme une présomption d’attouchements et d’habitudes vicieuses43. La membrane hymen et sa forme dont il observe les variations normales pré et post rapports.

C’est sur l’hymen que porte une grande partie des observations critiques de ses prédécesseurs et il en affirme un état particuliers post rapports sexuels. Cela fait de cette membrane un signe clinique positif par excellence. Non seulement il s’étonne que dans les siècles précédents on ait pu ne pas même convenir de son existence mais encore, celle-ci admise, ne pas en tenir compte. « Le vagin dont l’ouverture est laissé libre par l’ouverture de l’hymen. La dilatation plus ou moins considérable peut fournir les renseignements les plus intéressants dans la recherche médico légale de l’attentat à l a pudeur »

« Les déformations caractéristiques de la vulve à coté des actes violents et isolés. un grand nombre de cas dans lesquels la répétition plus ou moins fréquente des mêmes actes a déterminé une déformation lente et graduelle des parties et y a laissé une empreinte tout à fait caractéristique44 qui a en réalité une grande importance dans l’histoire médico-légale de l’attentat à la pudeur »… « Un premier fait qui frappe chez les enfants livrés à ces habitudes corruptrices… le développement prématuré des parties sexuelles et l’excessive précocité. On trouve dans ce cas les grandes lèvres épaissies et écartées les petites lèvres allongées parfois au point de dépasser les grandes et comme si elles avaient subi des tiraillements répétés. Le clitoris augmente de volume… peut avoir des dimensions extraordinaires comme il arrive souvent sous l’influence d’habitudes d’onanisme… il est souvent rouge, facile à entrer en érection et en partie découvert »… « l’étroitesse des parties et la résistance de l’arcade osseuse sous pubienne s’opposant à l’intromission complète du membre viril et à la destruction de la membrane hymen…lorsque les tentatives de rapprochement sexuels se produisent …le refoulement de la membrane hymen et de toutes les parties qui composent la vulve.. Il en résulte une forme d’infundibulum capable de recevoir l’extrémité du pénis et très analogue à celui qui a été indiqué comme caractéristique de la pédérastie. La membrane a subi une sorte d’usure et d’atrophie résultant des pressions répétées qu’elle a éprouvées45 et d e l a résistance dont elle a presque seule supporté l’effort…chez certains jeunes filles, un évasement parfois considérable de la vulve et l’on voit l’hymen relâché, flotter en quelque sorte sur devant d’un vagin élargi dont il ne défend plus l’entrée ».

Ce qui lui permet de s’opposer à son collègue Duvergie qui conteste qu’il y ait pu avoir intromission d’un membre viril sans défloration, «  c’est l’effet de l’élargissement des parties qui de degré en degré peut aller chez les petites filles jusqu’au refoulement de la membrane hymen chez les plus grandes jusqu’au relâchement de l’hymen qui laisse béante l’entrée du vagin. Et preuve à l’appui, il cite une observation de M. G. Tourdes, «  une dilatation graduelle et lente du méat urinaire avait été au point de permettre dans ce canal l’introduction du membre viril »46

C- Définir des signes du viol avant et après :

– de l’état de l’hymen et de la défloration.

– A quel age est-ce possible ? Le Dr Toulmouche de Rennes professait qu’en moyenne il pouvait avoir lieu vers 13 ou 14 ans mais il rapporte un cas à 6 ans ; Tardieu observe une défloration complète dans 11 cas sur 29 fillettes de moins de 11 ans.

– Il en décrit et dessine 5 formes, s’intéresse au devenir des lambeaux de même qu’il tire certains conclusions de l’état ultérieur du vagin : « soit qu’il reprenne ses dimensions primitives et se montre encore très étroit et très dilatable, lorsque les rapprochements sexuels se sont multipliés… en me temps que les lambeaux se rétractent le vagin s’élargit et se laisse facilement distendre ».

– Il n’est pas insensible aux effets psychologiques du viol.

– Il décrit des traces positives en proximité des organes génitaux et sur la périphérie corporelle laissant envisager des gestes de contention et de violences.

En cas de rapprochements sexuels répétés comme chez les petites filles éloignées de la puberté

Ebranlement psychique

Ebranlement moral

Ebranlement mental

Prolongements létaux

La constitution toute entière s’altère, les organes génitaux deviennent le siège de la déformation

Pâleur du visage, teint plombé, regard éteint yeux cerné peu sèche essoufflement lenteur et difficulté de digestion, extrême faiblesse

troubles de la menstruation symptômes gastralgiques, palpitations

Troubles nerveux syncope, délire, convulsions,

Affection hystérique

Chorée, rarement épilepsie

Honte et crainte du déshonneur

Suicide,

par asphyxie, précipitation,

Ou suite à une affection mentale

Ou suite aux délabrement des organes

persistances plusieurs mois après la défloration

sensations de brisement et de fatigue accompagnées de douleurs déchirantes dans la poitrine

Suivie de strangulation

noyé

D- Des traces d’un attentat

Ancien ou récent, violence isolée ou répétée

Répétée chez la petite fille « la déformation infundibuliforme de la vulve, les lésions bouches et anus »

Diagnostic Différentiel : mauvaises habitudes

L’onanisme invétéré s’accompagne de rougeur livide de la membrane muqueuse vulvaire, des bords de l’hymen avec écoulement sérieux très pale, lésions, l’ouverture de l’hymen est notablement élargie ; clitoris plus volumineux et turgescent, élongation et flaccidité des petites lèvres, facilité avec laquelle clitoris se gonfle par la moindre excitation, allongement et flétrissures des petites lèvres.

E- Des agresseurs : viols ou attentats à la pudeur :

Age

Extrêmement variable, des enfants entre eux aux vieillards septuagénaires ; exemples donnés : Augustine, 6ans et demi ; Mathilde 10 ans ;

Parenté

Les liens d e parenté loin de s’opposer servent trop souvent à la favoriser : pères/filles, frères/sœurs… .hommes mariés comme célibataires.

Etat mental

Conformation physique

Degré de force, forme et volume du membre viril, sa proportionnalité aux organes de la victime, les vices de conformation allégués, servant à identifier, toute trace sur le corps, maladies communicables.

Genre

Essentiellement des hommes sur de s personnes de sexe féminin.

Des attentats commis par des femmes sur de jeunes garçons. Six pour lui m^me et un pour Devergie.

Enfants de 11 à 13 ans et des femmes de 18 à 30 ans « »qu’elles avaient dressé à la débauche par des attouchements répétés et m^me initié à un commerce sexuel ».

F– Des signes d’habitudes passives de pédérastie.

Des signes de la pédérastie

« Je dois avant tout confesser qu’il est des individus qui notoirement adonnés à la pédérastie et avouant eux mêmes leurs honteuses passions en conservent néanmoins aucune marque appréciable » (p.170) « je n’ai trouvé que 16 fois sur 212 aucune trace évidente, »

Si l’on n’a pu décrire c’est que l’on a omis de considérer avec attention et de les distinguer ceux qui les habitudes étaient actives ou passive. » C’est chez ces derniers que l’on trouvera les traces

Des signes d’habitudes passives et de sodomie ; une distinction féconde :

Traces différentes suivant qu’elles consisteront en un attentat contre nature récent et en violences isolées ;

Attentat récent : déchirures et désordres considérables chez l’enfant, selon le degré de violence employée, le volume des parties, la jeunesse de la victime et l’absence d’habitues vicieuses antérieures

Habitudes anciennes et passives

Développement excessif des fesses, la déformation infundibuliforme de l’anus, le relâchement du sphincter, l’effacement des plis, les crêtes et caroncules du pourtour de l’anus, la dilatation extrême de l’orifice anal, l’incontinence des matières, les ulcérations, les fistules, la blennorragie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l’anus, les rhagades, les hémorroïdes

Des signes extérieurs

Costumes, allures, goûts : les tantes ; Cheveux frisés, fards, col découvert, taille serrée, bijoux, parfums pénétrants mouchoirs, fleurs, un travail d’aiguille dans la main (p173)

Fausseté, culte de l’extérieur, malpropreté

« constitution appauvrie, pâleur maladive » « phtisie pulmonaire », la pédérastie constitue au même titre qu les excès vénériens une source de maladie »

Coté anus : Rougeur, excoriation, ardeur douloureuse de l’anus, difficulté de la marche, fissures rhagades, déchirures profondes, extravasion du sang, inflammation de la membrane muqueuse, du tissu cellulaire sous-jacent. Inflammation plus ou moins étendue, plus ou moins prolongée ; sauf si l’examen intervient tardivement où il n’y aura que démangeaison, coloration de l’anus due aux modifications qu’a éprouvé le sang épanché

Coté organes génitaux : inflammation très vive d e l’urètre, « l’abus de l’onanisme peut produire on le sait des semblables désordres » ; excoriation et ecchymoses des bourses

Sur le corps : traces de coups ou de blessures quelconques

fesses : affectation avec laquelle les pédérastes mettent leurs formes en évidence, fesses larges saillantes parfois énormes, d’une forme tout à fait féminine. cette disposition est cependant loin d’être constate (178)

« une disposition particulière, deux fesses complètement réunies de manière à présenter masse sphérique toute unie. L’extrême embonpoint et l’extrême majeur de ces parties entraînent d’ailleurs des différences si considérables dans la disposition de l’anus que l’on ne doit jamais négliger… et la vieillesse qui n’est pas à l’abri du vice amène dans ces parties une flaccidité qui peut en modifier beaucoup l’apparence et les formes »

Déformation infundibuliforme47 de l’anus

Relâchement du sphincter. Crêtes au pourtour de l’anus, effacement des plis.

« souvent signe unique chez des médecins et dans le vulgaire de la marque de la pédérastie… » Si la disposition est moins commune chez les femmes et les filles publiques livrées à la sodomie. il constitue un signe très réel et très fréquent de pédérastie, (114 fois sur 177 dans le cas d’habitudes passives).Signe mal connu et difficile à apprécier. « il résulte de deux actions : le refoulement graduel des parties situées en avant de l’anus et la résistance qu’oppose l’extrémité supérieur du sphincter à l’intromission complète dans le rectum.. si bien qu’il en résulte une forme d’entonnoir. il sera moins apparent chez un individu dans les masses fessières sont très prononcés ( il faudra pour cela écarter très fortement les fesses et exercer une traction assez forte sur les cotés de l’anus » (179) chez les individus maigres il peut également faire défaut parce que le rebord inférieur des fesses étant presque nul il n’ y a pas de refoulement des parties molles. La disposition infundibuliforme n’est jamais autant prononcée que chez les pédérastes disposant d’un embonpoint modéré chez lesquels les fesses un peu molles vont en se déprimant depuis leur méplat jusqu’aux bord de l’ouverture anale de manière à former un entonnoir à large ouverture, plus ou moins rétréci vers le fond et que l’écartement des fesses rend plus facilement visible ».

« aussi caractéristique lue la déformation infundibuliforme observée 114 fois sur 177, il est aussi présent quand le précédent fait défaut. par le toucher mais aussi à la simple inspection. les plis qui existent naturellement autour de l’ans s’effacent et au lieu de forme une étoile il devient lisse. c’est là le premier des effets des frottements répétés d’autant que les infâmes individus qui se livrent à ces actes usent de médicaments laxatifs et émollients, des onctions fréquences avec corps gras. la membrane muqueuse sous l’influence de relâchement se ramasse à l’orifice anal de manière à former un bourrelet saillant et épais. constituant des replis, caroncules ou excroissances que j’ai vu parfois assez développées pour simuler des petites lèvres semblables à celle qui chez la femme ferment l’entrée du vagin et s’écartant comme elles lorsqu’on exerce une pression sur les bords de l’anus »(181) « crêtes si souvent décrites chez les latins satiriques

Dilatation extrême de l’orifice anal, incontinences des matières.

Ulcération, rhagades, hémorroïdes, fistules à l’anus, etc.

Maladies vénériennes contractées dans les rapports contre nature.

« l’orifice anal se trouve réduit à un trou béant qui n’est plus constitué que par un anneau circulaire sans contractilité et sans relief, (64 cas sur 177).entraînant une disposition marquée la chute du rectum….. « incontinences habituelles des matières fécales,(43 sur 177) qui entretient dans ces parties un tel état de saleté et leur donne un aspect si horrible que l’esprit et le coeur se soulèvent à la pensée qu’elles puissent inspirer autre chose que le plus violent dégoût »(182)

39 cas sur 177 des ulcérations profondes…mais il est impossible d’assigner à ces lésions variées un caractère spécifique… car elles ne présentent rien pour le siège ni pour la forme

idem pour les condylomes, hémorroïdes et maladies plus graves du rectum…je suis disposés à croire48….ils se présent plus souvent chez les filles publiques adonnées à la pédérasties (p.182)

le siège des maladies. les maladies vénériennes….. « on peut ne pas regarder ce signe comme certain…mais c’est là une proposition tout à fait fausse. c’est dans tous les cas une extrême probabilité chez un homme. peut être considéré comme un signe très important d e la pédérastie »

. « il faut remarquer que dans les rapports contre nature les accidents (chancre) se montreront du même coté sur l’organe passif et sur l’organe actif ; ce qui est le contraire de ce que on observe dans le cas de rapprochement naturel entre les deux sexes et ce qu’explique suffisamment la différence de position

Corps étrangers dans l’anus

Signes spéciaux de certaines habitudes obscènes

« parmi les monstruosités que peuvent enfanter les passions contre nature et que l’imagination la plus dépravée aurait peine à concevoir, il faut citer ces exemples dans les fastes de la chirurgie. de corps étrangers introduits dans l’anus et le rectum…parce qu’ils sont le plus souvent le cas de pédérastes et ils ont un grand intérêt en ce qu’ils peuvent donner une idée des modifications extraordinaires et tout à fait inattendues que les habitudes invétérées de sodomie peuvent apporter dans la forme et dans les dimensions de l’orifice anal et de la partie inférieure du gros intestin ».

je mentionnerai la conformation particulière que peut offrir la bouche de certains individus qui descendent aux plus abjectes complaisances. j’ai noté chez deux d’en eux une bouche de travers, des dents très courtes, des lèvres épaisses renversées déformées complètement en rapport avec l’usage infâme auxquelles elle servaient »

G– Des signes d’habitudes actives de pédérastie.

«  Ces nombreuses observations je les ai contrôlées par les déclarations des agents et des révélateurs, par les aveux d’un certain nombre d’inculpés et par les diverse circonstances consignes dans chaque dossier.. »49186 « déductions confirmées par les écrits de certains auteurs… »

Formes et dimensions du pénis

La conformation du pénis

la dimension du pénis

la forme du pénis

Amincissement, étranglement, élongation du gland

« de même que du coté passif on cherche des traces passives du coté de l’anus…c’est sur le membre viril que l’on doit s’entendre à trouver la marque des habitudes actives ».

« présent, sinon toujours au moins souvent quelque chose de caractéristique ». Tardieu en sait les variations naturelles et innées «  par une comparaison assidue des hommes placés dans un service d’hôpital depuis plusieurs années… »

(considéré hors d’état d’érection) pour eux qui se livrent activement à la sodomie sont très grêles ou très volumineuses, la gracilité est la règle générale, les dimensions sont excessives dans un sens ou dans un autre »

« plus remarquable et caractéristique, dans le cas où il est petit et grêle il va en s’amincissant depuis la base jusqu’à l’extrémité qui est très effilée et rappelle celle du chien » ; prenant appui sur le propos d’une fille publique (une spécialiste !)à qui il avait été demandé qu’elle se laisse aller à une sodomie » « un membre très mince, grêle et évidé par le bout ».

« s’il est volumineux c’est le gland qui étranglé à sa base et s’allonge quelquefois démesurément de manière à donner l’idée du museau de certains animaux ; et la verge dans sa longueur est tordue sur elle même de telle sorte que le méat urinaire au lieu d e regarder directement en avant et en bas démesurément se dirige obliquement à droite ou à gauche ».

« et chez les individus adonnés à la masturbation, le pénis en massue. consiste en un renflement globuleux de l’extrémité de la verge dont le gland est élargi et comme aplati » (p.189)

« qui répondent très exactement à la disposition infundibuliforme de l’anus sur lequel elles s’enroulent en quelque sorte »

« (208(les dimensions exagérées des organes sexuels, la verge très volumineuse, le gland énorme, complètement découvert comme on l’observe d’ordinaire chez les individus adonnés à la masturbation »

. « De même que la torsion et la changement de direction de la verge s’expliquent par l a résistance de l’orifice anal proportionnée au volume du membre et exigeant pour l’intromission une sorte d e mouvement de vis ou de tire bouchon qui à la longue s’imprime sur l’organe tout entier ».

H– Sur les moyes de défense allégués par les Violeurs de femmes et les pédérastes. Les essais de décriminalisation.

Violeurs et attentats à la pudeur Les pédérastes

Les déformations constatées chez les petites filles sont attribuées à des habitudes d’onanisme :

L’écoulement a des causes diverses comme la malpropreté ou à l’exagération d’un tempérament lymphatique.

Possibilités d’erreurs médicales sur la nature des écoulements.

De supposer que la défloration remonte à une date plus ancienne.

Contestation de la cause de déchirure d e l’hymen : des habitudes de débauche,

Ou un consentement qui enlèverait à l’acte toute criminalité,

L’accusé se disculpe en fonction de son age, de sa conformation physique, de ses dispositions particulières, les habitudes ou les mœurs de la victime, l’état mental de la femme, sa participation plus ou moins volontaires aux actes

Négation, protestation.

Feignent de ne pas comprendre s’indignent d’être soupçonnés.

Font quelques difficultés à se soumettre à la visite médicale.

Où vont au devant de l’examen.

Prennent soin d’avertir qu’ils sont faits autrement que les autres.

Inventent des motifs imaginaires pour expliquer les désordres que leurs organes doivent offrir à l’expert.

Aussi une prétention très ordinaire dissimulant leurs goûts dépravés : l’amour des femmes, un état de légitime mariage, ou se donnent des maîtresses, énumèrent avec affections les maladies qu’ils ont gagné auprès des femmes.

Allèguent de prétendues infirmités capables d’éteindre toutes les passions et d’empêcher tout commerce sexuel.

4- Le grain de l’ivraie, le dit mythique et le dit scientifique Des sources de l’expérience.

– Des rêveries matricielles et des observations naturelles –des associations littéraires et plastiques – des hantises et une construction renouvelée de la décence.

4-1 Des rêveries matérielles et des observations naturelles.

A. Tardieu50 publiait en 1849 un Mémoire sur les modifications que détermine dans certaines parties du corps l’exercice de diverses professions, pour servir à l’histoire médico légale de l’identité, Ann. d’Hyg. Publ. et de méd. lég.,t. XLII,p.388,T ;XLIII,p.311. Des gestes de métiers se sont figés sur le corps et l’ont pour toujours stigmatisé, au niveau des membres comme des postures. En bonne analyse détective des signes physiques constituent d’excellents moyens pour diriger les recherches.

Les déformations imposées au corps étaient aussi le thème de travail des médecins de la dégénérescence qui tel Morel devait séparer les malformations congénitales et héréditaires des malformations imposées par certains pratiques culturelles d’éducation. Il en avait parlé dans son mémoire sur Déformation du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tète des enfants en 1834.Dans son traité son propos est clair : établir de manière irréfragable qu’il existe entre les races naturelles et les variété dégénérées des caractères distinctifs, fixes et invariables. Ces variétés pouvaient tenir à l’influence de la constitution géologique du sol, par exemple dans la Meurthe ou il cite des familles de dégénérescences type crétinisme, de mauvaises conditions de logement et de nourriture… « mon expérience se réduit pour le moment aux types de dégénérescences offerts par la Meurthe, Les Vosges, la Moselle, la Haute Saône, les Ardennes et depuis que je suis dans la Seine Inférieure j’ai l’occasion d’observer des types différents ».(Atlas, p.177).

On sait d’autre part les efforts inventoriels de Cesare Lombroso concernant L ‘Homme Criminel et ses stigmates mais aussi bien en avant ceux de Jean Gaspard Lavater sur la Physiognomonie qui eurent détracteurs , contempteurs et émules (voir à ce sujet Le précis analytique et raisonné du système de Lavater par N.J Ottin, Paris , 1834. et la réédition des Physiognomonies aux éditions Delphica- L’Age L’homme,1998) ou ceux de Gall, Gall et Spurzheim dont l’histoire a été relue par Marc Renneville Le langage de crânes, une histoire de la phrénologie,2000, après celle de G. Lanteri Laura).

Il y a cependant un autre auteur qui pourrait nous permettre d’approcher au plus près ce qui ne soue de non scientifique dans ces apparences, c’est G. Bachelard, moins peut être l’auteur des Ecrits épistémologiques que celui des écrits sur l’imaginaire de l’eau , du feu de l’air et de la terre., le rêveur des choses polies avant celui des choses fracassées, le rêveur de la caresse et du tact ou du toucher avant celui du chaos et du cataclysme, le rêveur de la transformation durable et silencieuse que l’on trouve au mieux dans Les terres et les rêveries du repos.

Dans les propos scientifiques et la volonté détective de Tardieu il y a en effet deux soucis ; celui de la trace résultant de la violence et de la déchirure, celui de la trace résultant d’une habitude (de débauche) et du modelage. Déformations et malformations qu’il se met à observer vont tenir à des types d’observations habités en quelque sorte par deux grandes caricatures que son soucis de médecin légiste de la pédérastie à fait surgir : l’actif, violent et intrusif, le passif détruit ou solitaire, l’agression subie, l’agression agie et à coté ce qui n’a pas d’autre nom que l’onanisme, le vice solitaire dont il sera bien dit et répété qu’il n’y a pas de plus grands maux et de plus grandes causes à tous les maux psychiques et physiques.. Il y a, sans nul doute dans ces constructions/reconstructions, à la fois des hantises et des souvenirs du père sculpteur

.

La fonction se met à modeler l’organe, une thèse se généralise, une observation s’exporte, l’observateur joue à la caméra cachée : évasement, infléchissement. 190je51 me contenterai de signaler les nombreuses analogies52 que fournit à cet égard l’histoire de professions…et en particulier la déformation des lèvres de certains instrumentistes qui donne la preuve que les parties les moins résistantes et en apparence les plus souples, les plus flexibles n’échappent pas à l’effet d’une pression non pas même continue mais fréquente telle que subit le membre viril chez les pédérastes ». « 53Les dimensions exagérées des organes sexuels. Comme on l’observe d’ordinaire chez les individus adonnés à la masturbation. les organes sexuels sont très développés et attestent par leur dimension, leur conformation des habitudes précoces d e masturbation » «  213 un pénis très volumineux renflé et comme globuleux tel qu’on le rencontre chez les enfants adonnés à l’onanisme », « à l’entrée de l’anus et de chaque coté la peau et la membrane muqueuse forment des replis assez analogues aux caroncules myrtiformes qui existent aux parties génitales externes chez la femme », « cette conformation ( un gland découvert, comme étranglé une sorte de sillon circulaire s’ étend dans toute sa circonférence et à partir de cette ligne l’extrémité du gland va s’amincissant …) résulte d’une pression et d’une constriction qui a porté seulement sur l’extrémité du membre viril et en a exagéré sa conicité »,«la répétition plus ou moins fréquente des mêmes actes a déterminé une déformation lente et graduelle des parties » .

Devergie se demandera « comment un membre viril ait pu s’introduire sans défloration », Tardieu de répondre «  ces faits sont loin d’être rares ils n’ont rien qui doivent étonner si l’on suit les progrès de cette déformation qui s’accomplit à la longue sous l’influence d’attentats répétés. L’élargissement des parties de degré en degré peut aller chez ces petites filles jusqu’au refoulement de la membrane hymen et chez les plus grandes jusqu’au relâchement de l’hymen qui laisse béante l’entrée du vagin ». Pour Tardieu c’est nécessairement le résultat d’un action, ce ne peut être un fait de nature, de même que cette histoire du méat urinaire qu’il rapporte, qui, « dilaté par apprentissage », aurait laissé pénétrer un membre viril !

Ces rêveries matérielles prises au pied de la lette se retrouveront tout au long du XIXe siècle, pour certains avant les écrits de Tardieu 54 et après dans le : «Dictionnaire de médecine de A.L Bayle et C.M Gibert : il suffit de condamner au repos les organes dont au aura abusé pour en voir en même temps les forces, la fraîcheur et l’embonpoint reparaître ». Ou chez Legrand du Saule qui reprendra en 1874 la formule de Tardieu : « la science est comme le feu elle purifie tout ce qu’elle touche »55. Mais aussi au XIXième siècle, repris quasiment en l’état de faits objectifs par Etienne Martin, (1938), dans son Précis de Médecine légale.

Au fond ce qui a pu être construction scientifique au XIXe siècle se retrouve dans les propos de patients tels que nous le soulignions au début, une science vulgaire prise aux jeu de la rêverie sur soi et dans une connivence avec un corps érotisé dont les fonctions supposées n’ont jamais fini d’être explorées.

4-2 des associations littéraires et plastiques : Tardieu écrit56, rappelant un note du médecin Rocheux ayant trouvé un cadavre d’une scène criminelle de luxure, «  le médecin appelé sur les lieux faisait remarquer qu’il était étendu sur le coté dans la pose de l’hermaphrodite antique, situation dans laquelle il s’offrait aux approches immondes de l’assassin qui lui avait coupé la gorge ».

4-3 Une construction renouvelée de la décence. Déformations d’usages, déformations de tendances, habitudes invétérées. D’image en images le point de vue moral infiltre les descriptions dès lors que sortant d’une description l’expert laisse entrevoir son opinion. Pas d’humour dans tout ceci mais la force d’une morale qui affirme l’ordre d’un mode social, humain où les croyances sur le corps s’ordonnent en principes de moralité et de décence.

Tardieu s’est autorisé à aller voir dans un temps où tout ce qui concernait la sexualité relevait d’interdits et de scandales. Il n’y a pas un seul traité qui à l’époque ne fasse pas mention de l’abus à se livrer à de pareilles investigations. Briand et Chaudé encore dans la quatrième édition de leur Manuel complet de Médecine Légale, comme plus tard dans la 10e édition de 1879, rappellent l’Instruction du procureur du roi « ces constatations exigent une prudence, une discrétion, une délicatesse extrême ; qu’elle ne doivent avoir lieu autant qu’elles sont nécessaires pour l’intelligence des faits ; que les enfants et les jeunes personnes ne doivent en aucun cas être interpellés qu’avec les plus grands ménagements et n’être visités que dans le cas d’une rigoureuse et absolue nécessité » ; et ils poursuivent : «  nous ajouterons à ces sages observations que les visites qui seraient ordonnées dans le but de constater un viol, une grossesse, un avortement, un accouchement, ou même un infanticide, en un mot, toutes ces visites corporelles que réprouvent nos moeurs et la décence, ne doivent jamais avoir lieu qu’avec le consentement de l’inculpé. S’ils éprouvent un refus positifs (les hommes de l’art) doivent le constater et se retirer ». Et de citer cette jeune femme visitée sans ménagement par des gens de l’art « tel que la jeune fille tombe à l’instant même dans la délire. Elle est reconnue vierge et sa mise en liberté est ordonnée sur le champ ; mais sa raison était complètement aliénée et la malheureuse, conduite à la Salpêtrière, expire quelque jours après »,57.C’est aussi pour ces raisons qu’il fallut attendre si longtemps pour que Marie Morell de l’Affaire de la Roncière fut visitée par les experts et vraisemblablement le chevalier de la Roncière condamné, puisque entre autre, et bien plus tard furent reconnus les comportements hystériques de la jeune femme et l’ art de la délation dont elle fit tant preuve dans les lettres anonymes qui précédèrent la pseudo-agression.58.

4-4 Des hantises

Il est bien injuste d’accabler Tardieu comme le fait D. Fernandez59 lorsqu’il ne voit en lui qu’un témoin de moralité, de la conscience morale dominante et de parti pris, ayant donné des armes aux détracteurs d’un style de vie qui s’annonce aujourd’hui comme faisant partie du quotidien. Il y a loin de la pédérastie recluse aux pacs d’aujourd’hui mais il n’y a pas loin de son souci de rendre visible la maltraitance aux efforts contemporains de la fixer en tableaux séméiologiques et en portraits psychologiques ou psycho-moraux. Là où était la morale, pourrions-nous dire, est la dimension de l’inconscient et son partage par le plus grand nombre ? Ce serait réduire un problème de société en un problème scientifique : reste une question éthique et au-delà, le problème bien plus général de délimiter un terrain d’exercice

Question d’éthique et pas seulement de morale quand nous avons à débattre avec toute la fantasmatique de notre condition sexuelle laquelle ne peut se résoudre en un inventaire anatomique. C’est aujourd’hui toute la corporéité qui s’offre aux aventures matérielles et aux constructions fantaisistes, sans les tabous qui la voilait d’une certaine pudeur mais non sans les inhibitions qui la rendent implicitement dynamique : pénis et clitoris, vagin et l’anus, fessier et seins, bouche et anus …tout se retrouve aux jeux des substitutions du désir et si nous notons les usages, si nous sommes sensibles aux scandales soulevés nous sommes bien plus sensibles aux souffrances endurées, au psychisme blessé et sans doute plus critique devant de telles observations : « quatre fois rencontré des petites filles de 6 à 11 ans, des lésions de la bouche et de l’anus consistant en déchirures des lèvres, de la commissure, en forme de rhagades et en excoriation et déformations de l’anus ».

Des rôles sociaux figés en position de jouissance60 nous paraîtraient aujourd’hui plus animalisés que humains du fait même de leur stéréotypie. Nous avons appris à reconnaître en quoi il n’y a de passivité qu’active et comment l’activité n’était jamais qu’un retournement ; de telles hypothèse de travail ne peuvent plus créditer dans une même tension, des associations qui reposaient sur des séries licencieuses, telles que : Anus et passivité, Pénis et activité, Bouche et passivité… Le monde des représentations s’est défait et avec lui celui de telles statistiques « à la Prévert61 » : «  212 observations : 103 habitudes exclusivement passives, 18 actives, 74 actives, et passives…17 non caractérisées ». De telles associations nous portent bien davantage à entreprendre l’écriture criminalistique d’une crimino-dynamique62.

4-5 Faillites d’une construction scientifique ? Certes l’intuition et la généralisation abondent et une autre langue sourd dans l’ensemble des propositions. Oui, les constructions se sont faites sur un petit nombre de cas, oui, les échantillons ne sont pas représentatifs, oui, deux représentations courraient en parallèle, politique et scientifique. Et en ce sens la valeur probante du travail en souffre ; mais quittons la pédérastie comme entité, arrivons aux personnages subissant et seulement ceux là, sa démonstration reste claire. Il a fait oeuvre de victimologie et c’est l’extrapolation en agressologie qui demeure critiquable.

En ce sens l’identification à la victime semble bien avoir joué son rôle, une victime étendue à tout le corps social. Dans ce contexte ce qui se dit hantises et tourments, meurtrissures et déchirures, faillites de la raison demeurent inchangé. Nous pouvons en énumérer les thèmes : la hantise de l’inversion de la pénétration et de la possession, la hantise d’une société mise à l’envers dans des hiérarchies transgressives(: quand le dominant est l’homme de troupe, par exemple), la hantise de la désacralisation et de la brisure de l’hymen, hymen et rigidité des classes sociales, hymen et rigidité des alliances familiales, hymen et patrimoine, le mythe de la souillure et son portage individuel, la construction du tabou, ritualisation d’un état du corps social, la fétichisation de la virginité, défloration et déchirure…C’est un ouvrage technique sur le mythe de la souillure réinventé par un technicien du corps qui s’est écrit dans le temps où allaient se donner à voir comme preuves les éléments d’agressions, de la plus visible à la plus invisible . La victime naît de façon moderne avec ses appareillages physiques et psychologiques.63Les constructions de référence n’ont cessé d’être réaffirmées. Par exemple, chez Vibert,(1903),6e édit. à la question : un homme peut il violer une femme qui résiste ?: oui, s’il s’agit d’une jeune fille sans expérience, non quand il s’agit d’une femme qui sait ce que sont les rapports sexuels et qui est en possession de ses forces, oui, s’il s’agit d’un adulte vigoureux ayant violé une vieille femme, oui, si elle est atteinte d’infirmité, oui, quand elle est épuisée par la lutte, les blessures et poursuit-il, « car certaines femmes bien que parfaitement consentantes croient devoir, avant de se livrer à un homme, opposer quelque résistance et d’autre part on sait qu’une pression assez légère suffit pour déterminer chez les femmes la production d’ecchymoses »64 .

5- Conclusions

Et nous-mêmes, spécialisme du psychisme, actuellement, dans tout cela, dans cette construction de début d’un XXIème siècle inquiète de ses sachants, inquiète du fonctionnement de sa justice, soucieuse de confier à des experts le soin de dire les origines et les impacts, redéfinissant les bornes et les limites des territoires du savoir psychologique sur le crime et le criminel, son environnement et ses opportunités, en cours de redélimitation des frontières d’un champ psycho-criminologique ? Sommes-nous des augures et des démiurges est-ce cette fonction qui nous serait confiée contre toute rationalité ?

La criminologie est bien autre qu’elle n’était au XIX siècle, les traités de médecine légale ne s’écrivent plus guère, les rapports du doit de la médecine et de la psychiatrie sont bien différents. L’invention du psychologue et l’intervention de ses savoirs ont-ils vraiment transformé le champ des possibles ?

Pouvons-nous penser une psychologie légale sur le modèle d’une médecine légale, celle du médecin légiste ? Non, la projection de la première sur la deuxième est certainement un leurre. En médecine légale, des faits matériels, certes toujours susceptibles d’autres interprétations s’appuient sur une réalité consensuelle et expérimentale. En psychologie on ne peut pas dire qu’il existe des faits puisque ce qui est « surface » d’observation est une personne en situation toujours susceptible d’emprunter des formes différentes au cours de ses interlocutions. S’il existe des moments idiomatiques repérables il restera toujours à les interpréter et à les concevoir dans un trajet unique, dans le cours d’un projet existentiel. Si la médecine légale s’est construite sur l’identification de signes positifs et directs, on ne peut pas dire que la psychologie légale puisse en faire autant, sauf à sacraliser une position, telle « un enfant ne ment jamais », contradictoirement à l’extrême « d’un enfant n’est pas crédible » (l’enfant mythomane du siècle précédent). A coté de la psychologie au service d’une exploration judiciaire il convient de penser une psycho-criminologie combinant tout à la fois un savoir sur le crime, un savoir sur le criminel, un ensemble de références concernant la psychopathologie. C’est du coté de la psychiatrie qu’il faut chercher, du coté du vivant et de sa trace, du coté de ce qui produit de la chose et qui puisse avoir valeur de témoignages. Ce qui fait preuve ne relève que du jury.

La psychologie légale ne peut pas se penser sur des signes positifs mais bien plutôt sur les signes dont on dira plutôt qu’il sont en creux : d’une part, sur les signes qui ont été éliminés, d’autre part sur les signes que l’on doit anticiper dans la reconstruction concrète d’un événement criminel pour une personne donnée, dans son trajet existentiel et dans son organisation psychique. Jamais l’inventaire positif d’une échelle de signes post stress chez un individu ne dira qui est l’agresseur. Les coups peuvent être enregistrés dans leur impact : reste une parole qui s’en empare et en la mettant en scène joue aussi avec son interlocuteur.

S’il est possible de penser une criminalistique psychologique (et chacun de son coté, ne serait-ce que dans ces portraits de criminels organisés, désorganisé,mixtes s’y essaient), c’est-à-dire un appareil psychique à penser et anticiper de la trajectoire d’un criminel ou sa posture en situation criminelle existentielle, il n’empêche que cela ne fait pas de la Psychologie Légale ; la trajectoire d’une balle, ou le mode de fonctionnement d’un poison ne peuvent que par métaphore être projeté sur une trajectoire existentielle ou dans l’identification d’un parent toxique. Il ne peut y avoir de Manuel de Psychologie légale sauf par métaphore et glissement et quand le psychologie expert se prend à cette métaphore il n’est pas loin alors de penser détenir du vrai, sinon de la vérité.65

Il ne peut être envisageable que l’analyse réalisée par quelque expert que ce soit ne prenne pas en charge ses propres dispositions désirantes ou personnelles, sa propre construction narcissique. Du corps comme chose anatomique, le psychologue est convié dans son exercice à une trame dont le récit est le vecteur et dans le récit, autant à la langue qu’à la parole qui, tout comme la corporéité sexualisée dont Tardieu avait fait son affaire, crée ses rêveries matérielles. Plus le fonctionnement judiciaire donnera de l’importance à ses écrits et à sa parole plus le psychologue devra donner les possibilités à tout tiers de l’évaluer dans ses compétences.

Pour notre propos la connaissance que l’expert peut disposer de lui-même et la connaissance que d’autres ont de lui dans ses constructions de pensée demeurent un moment unique et critique de validation. Parce que l’on voit bien que privilégier une direction de pensée et d’observations plus qu’une autre n’est pas sans relation avec la personne dans ses identifications et ses enjeux, ici et maintenant. Une telle connaissance ne peut aller sans une autre dont l’émergence tarde pour toute sortes de raisons et de mobiles, aussi bien corporatistes qu’idéologiques, le développement d’un savoir psychocriminologique.

Les confusions scientifiques et mytho- poïétiques de A. Tardieu sont loin d’avoir disparu quand bien même nous nous illusionnons moins sur le corps ; reste la langue et le langage et leur instrumentation. Et si au lieu du corps nous avions substitué le lieu de la parole et sa déconstruction en langue, langage, récit, expressions grapho-spatiales… ?. Amusons-nous à en percevoir les mêmes chosifications :

– Privilégier dans la crédibilité d’un enfant le fait qu’il ne se laisser aller à aucun récit rationnellement construit fait d’abord référence à l’expert en ce que qu’un tel récit laisse plutôt imaginer qu’un tantinet psycho rigide il se défend de lui même en privilégiant une plus libre association ; se ferait-il prendre au piège des propos à la demande, des dénonciations auto-gratifiantes dont la violence en le sidérant ouvre les portes de la jouissance. N’est-ce pas là un peu d’Outreau galvanisé par des énonciations en série au point qu’en émergeât un réseau, au point qu’en puisse en faire un syndrome expertal? N’y a-t-il meilleure référence ici que la notion de délire à deux ?

– Inversement face à un expert qui privilégiera contre toute modification intercurrentes la simple relation d’un propos ordonné en récit que l’on peut parcourir dans un plus grand infini de détails, on peut penser qu’il trouve satisfaction dans une rationalité discursive et que cela vient mettre du baume sur une pensée toujours inquiète et persécutée par ses insatisfactions intellectuelles. L’expert voit en miroir et compensés, ses propres déficits psychiques et ses lieux de jouissances souffreteuses, obsessives.

– ou que dire de ces opérations de décorticage de la langue, de ces analyses de contenu, par logiciel ou non, qui cherchent à repérer dans des traces d’oralité les contenus votifs subversifs d’un sujet en panne de reconnaissance ou dissimulant  ses intentions dans des subversions langagières ?

– ou de l’expert mis en position d’extrême narcissisme par le système qui l’amène à témoigner oralement, dans un débat contradictoire de lui-même, de ses références se garde a priori des heurts qu’il risque de rencontrer dans la situation de témoignage et dont le seul propos va être de paraphraser ce qu’il a cru entendre faisant alors de la parole de l’enfant un verbe mort et de lui-même un comptable parcimonieux des deniers de la vérité ? A moins que ne prenant partie et se substituant au jury il ne dise à celui ce qu’il fat entendre dans les sous entendus dans une sorte épiphanie d’une vérité grandiose. Rien de plus facile en cela : il suffit de faire d’un dessin le ressort d’une dimension cachée, en soi dan un jeu de symboles auto convergents.

– L’usage des épreuves de personnalité est-il censé dire quelque chose sur le fait criminel ? Si l’on prend celles-ci à la manière de tests balistiques on voit mieux comment de telles épreuves peuvent être détournées de leur vocation initiale. Des affaires on ne peut plus médiatisées ont ces derniers temps montré à souhait le risque de telles généralisations, mieux de tels abus criminels. Si l’appareil projectif dit quelque chose sur un mode d’organisation psychique, si les différentes analyses psychologiques proposent un regard pour rendre compréhensible une action dans une trajectoire, ni les uns ni les autres ne peuvent désigner ou étiqueté un individu .Si avec les lois de Newton nous savons avec certitude que tout corps plus lourd que l’air finira par tomber aucun d’entre nous ne peut dire quand et sur quels modes, ni même où.

Etudier le témoignage d’un expert est identique à étudier celui de tout un chacun, supposé accusé ou supposé victime dans le système judiciaire ; dans tous les cas il s’agit de prendre un dit d’abord comme une allégation, sur le mode du soupçon ou du doute afin de donner à voir le fil rouge de la construction. Et ce n’est pas en énumérant les éléments diagnostic d’un CIM ou d’un DSM, d’un nosographie psychiatrique plus traditionnelle, les processus à œuvre dans le champ psychique, d’oedipe à l‘objet petit a, des mis en cause et des plaignants qu’on y verra clair si on néglige ce qui dans l’explication ne se soutient pas d’une référence consensuelle et exige que un double registre éthique et déontologique de recourir à une clinique du transfert.

En conclusions

« Et murmurons à notre tour, tout entier à la vie intellectuelle : erreur, tu n’es pas un mal. Comme le dit fort bien M Enriqués,  Réduire l’erreur à une distraction de l’esprit fatigué, c’est ne considérer que le cas du comptable qui aligne des chiffres. Le champ à explorer est bien plus vaste lorsqu’il s’agit d’un véritable travail intellectuel. »66 « C’est alors qu’on accède à l’erreur positive, à l’erreur normale, à l’erreur utile ; guidé par une doctrine des erreurs normales on apprendra à distinguer les fautes auxquelles il convient de chercher une raison de celles qui à proprement parler ne sont pas des erreurs mais des affirmations gratuites faites, sans effort de pensée, par des bluffeurs qui comptent sur la chance pour deviner du coup ; dans ce dernier cas l’entendement n’y est pour rien comme le dira encore M. Enriqués ».

1 G. Bachelard (1972), La formation de l’esprit scientifique, p.242. A propos du processus de rectification discursive. 8e édition,

2 L.M. Villerbu et al. (1998), Ethiques et Pratiques Psychologiques dans l’expertise, L’Harmattan, col. Psychologiques.

3 Ce qui parait bien avoir été oublié tant de magistrats que d’experts psy. Au procès de Outreau.

4 H. Bellmer, (1977). La petite anatomie de l’image, E. Losfel, Paris ; Si l’on veut bien lire l’un en contraire de l’autre : ce qu’il a fallu vaincre comme dégoût moral et tentations de la transgression chez l’un et dévergondage, libertinage aventures libidinales chez l’autre. Ou encore Molinier (2000) qui en serait le continent noir ! André Breton disait de lui et de on œuvre, « le génie de Molinier est de faire surgir la femme non plus foudroyée mais foudroyante, de la camper en superbe bête de proie ».Voir Molinier, une rétrospective, éd. Mennour. Voir aussi la Préface que fait D. Fernandez au textes de F. Carlier et de A.Tardieu, en 1981, dans La prostitution antiphysique, précédé de La Pédérastie, le Sycomore,Paris. En comparaison de la préface écrite par G. Vigarello (1995) dans la présentation du texte de Tardieu, Les attentats aux mœurs, 1957, Jérôme Million, Paris. Sur Bellmer consulter également Obliques, no spécial, 1975. No qui contient l’ensemble des références de l’œuvre de l’auteur.

5 F. Leroy-Forgeot (1997), Histoire juridique de l’homosexualité en Europe, PUF, Paris.

6 Emmanuel Clancier « le rêve de qui ne sait qu’il rêve » est serait une autre définition d’une nécessaire approche contra transférentielle. Ce que G. Bachelard rend fort bien compte en avançant  dans ce qu’il appelle le fondement d’une pédagogie objective : « qui est enseigné doit enseigner ». « une instruction que l’on reçoit sans la transmettre forme des esprits sans dynamisme, sans autocritique », op. cit. p. 244.

7 G. Durand, (1969). Les structures anthropologiques de l’imaginaire. Bordas, Paris

8 L. M. Villerbu, C. Le Bodic, (2005), Femme, féminin criminalité, Psycho Media, n.7, 11-16.

9 Carlier, op.ci.p.P.204

10 op.ci.p.220

11 J.A Malater (1847) Du médecin, de la folie et de la société. Essai sur les maladies nerveuses dites mentales, G. Baillières, Paris. p. 23-25. Edition de sa thèse de médecine. Et Leuret, (1842) Traitement moral de la folie, Baillères, Paris.

12 Calmeil, art. Démence, Dic. De Méd. En 30 volume, «  les anomalies observées sur les insensés ne suffisent pas seules pour justifier l’état de démence, parce que on trouve parfois les mêmes désordres dans leur plus haut degré d’intensité, chez les malades non insensés » et (1839) « les lésions du cerveau des fous ne sont pas suffisantes pour rendre compte satisfaisant de tous les phénomènes de l’aliénation », Arch. gén. de méde. P.39

13 Carlier, op.ci.p.152

14 Carlier, op.ci.p.150

15 D Fernandez note bien qu’il ne s’agit jamais dans les études mentionnées d’adepte de lesbos « femmes entre elles », Préface à Carlier, p.I. Il note également ce que confirmerait le Dic. de L’Acad. Fran. de 1814 (le mot est absent) qu’il n’est jamais mentionné dans les études d’adeptes de Lesbos.

16 B.A. Morel (1857) Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales d e l’espèce humaine et de cuises qui produisent ces variétés maladives. Atlas de XII planches. Baillères. Paris.

17 Voir également ses Etudes cliniques sur l’aliénation mentale.

18 Dictionnaire de L’académie Française, (1814), T. 1, Fornication, p.608, «  le péché de chair entre deux personnes qui ne sont ni mariées ni liées par aucun voeu». Pédérastie, T.2. p.259 « passion, amour honteux entre des hommes »

19 La remarque est encore d’actualité au vu d’un certain nombre de contemporain de tenter de modifier le code pénal en y introduisant un tel article

20 Carlier, op.ci.p.90

21 Carlier, op. ci. p.220,

22 Tardieu.op.ci.p.101

23 C’est là un intérêt et non des moindres de la Préface faite par G Vigarello.

24 Mais il s’en faudra encore longtemps pour que cela soit pris comme preuve sans conteste. Voir J. Briand (1846) Manuel complet de médecine légale, Paris B. Neuhais, p.74 ; 10e Edition, (1879), p.142, »l’hymen n’est presque jamais détruit dans une tentative de viol, l’entre de la vulve et du vagin étant trop étroite pour que même l’extrémité du gland puisse atteindre le point d’insertion de la membrane hyménéale…. ». Orfila (1848) Traité de Médecine légale, 4e édit. Paris, p.135 ; Devergie .Mais aussi Casper «  la seule présence de cette membrane ne constitue pas une preuve irrésistible de virginité ».d’autant que comme on va le voir il sera dit que les « mauvaises habitudes de débauche (solitaire) vont venir compliquer le tableau. E. Martin(1938), pour ne citer que celui là, Précis de médecine légale,Col. Testut, Doin Paris, aura de semblables prudences : « à mon avis le médecin ne peut pas par ses simples lumières établir la tentative de viol, c’est une définition que nous n’avons pas à créer ». « Je ne chercherais pas une définition médico légale de la tentative de viol ». Bien qu’il soit plus affirmatif dans « l’hymen est un témoin de la défloration rarement défaillant mais souvent délicat à interroger ».p.594

25 A.T., op. ci. p.16

26 A. T., op. ci. p.20

27 A.T., op.ci.97

28 on retrouve de mêmes expressions, quelques quarante ans plus tard, concernant la femme adultère et ce qui s’ensuit pour elle, in L. Proal (1900), Le crime et le suicide passionnels, Paris Alcan. p.93.

29 Carlier, op.ci.p.98 et sq.

30 Carlier, op.ci.p.92sq.

31 Et cela n’est pas sans rappeler le travail associatif moderne sur les défenses d’enfants et de victimes dans les différentes structures de SOS ou de soutien et d’accompagnement.

32 Carlier, emprunt à Casper, op.ci.p.94

33 id., p.96

34 id.p.108

35 G. Vigarello, préface à A.T, p.20

36 A.Tardieu, p.190

37 p.175

38 p.191

39 p.196

40 Tardieu, Vigarello, p.170

41 p.197-198-199

42 Soucis que l’on retrouve nettement posé dans L’Encyclopédie des Sciences médicales, 2e division, Médecine, médecine Légale, jurisprudence médicale, Imp. de Béthune et Plon, Paris 1835.p.217 sq.

43 p.42-44

44 Fait que Tardieu emprunte pour une part à une observation du Dr Toulmouche, p.61

45 p.62

46 M.G. Tourdes, (1840) Des cas rares de Médecine légale. Thèse de concours. Strasbourg.

47 Terme emprunté par Cullérier et déjà vulgarisé par Casper.

48 suivant en cela les observations du médecin Venot, de Bordeaux, De la pseudo syphilis chez les prostituées, 1859.

49

50

51 id.p.208.

52 A Tardieu, 1849, Mémoire sur les modifications que détermine dans certaines parties du corps l’exercice des diverse professions, An. d’Hyg. et de Méde. Lég. t. XLII, p.388.

53 Id., p.209, 210, et les citations qui vont suivre, p.61, 63.

54 p.98, M. Orfila (1828), Leçons de médecine légale, Librairie de l’Académie Royale de médecine, Paris, T. 1).

55 Bayle et Gibert, p.582. Legrand du Saule 1874.

56 P. 201.

57 Journ. Génér. de Méd., septembre 1829.

58 Lire Pierre Cornut Gentille, (1996). L’honneur perdu de Marie de Morell, l’affaire de la Roncière 1834-1835, Perrin, Paris et les notes du procès1835, Procès Complet d’Emile Clément de la Roncière accusé de Tentative nocturne de viol sur la personne de Marie de Morell, Bureau de l’Observateur des Tribunaux, Journal des documents judiciaires,T. VIII.

59 Op.cit.

60 Notons encore une référence contemporaine à Tardieu, E.M Jozan (1858). D’une cause fréquente et peu connue d’épuisement prématuré. Traité pratique des pertes séminales. « Nous rangerons dan le même ordre de causes de la spermatorrhée la longueur anormale du prépuce avec étroitesse insolite de son ouverture. Ici l’effet semble être au premier coup d’oeil assez éloigné de sa cause ; pourtant l’observation a surabondamment démontré que les pertes séminales et les mauvaises habitudes étaient bien souvent les funestes conséquences d’un vice de conformation »,p.181, J. Masson, Paris.

61 Tardieu, op.cit.212.

62 LM. Villerbu et P. Le Bas, (2006). Identifications et sérialité. A paraître L’harmattan.

63 Il s’en faudra de beaucoup qu’elle existe, voir G. Halimi, Le crime (1978), Viol, le procès d’Aix, Gallimard, Paris, col. Idées1978, à propos du Viol de deux jeunes filles en 1974. Il est particulièrement intéressant de lire et de relire les positions des experts psychiatres français et leur incompréhension totale de la position victimale. Et ce n’était pas une situation isolée.

64 Vibert, op.cit., p.368, Paris Précis de médecine légale. Baillères,

65 L. M. Villerbu (1998) Croyance et Conviction chez l’expert, commentaires psychopathologiques à propos des états passionnels, Les Cahiers de la SFPL, N.3, p.15-23.Nous sommes dans tout cela loin d’une précipitation jubilatoire ou d’un Euréka !

66 Gaston Bachelard, (1972). La formation de l’esprit scientifique, Librairie Philosophique, Vrin, Paris. p 243.

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