Expertise Psychologique/Expertise Psychiatrique : comment traiter de leur différence ?

Entretien Psycho-Criminologique (6) Expertise Psychologique/Expertise Psychiatrique : comment traiter de leur différence ? Quelles perspectives pour l’expertise psychologique ? Projets pour un renouvellement expertal.

Q. le 16 mars 2017, à Angers, vous avez participé à la Réunion de la Société Confluences Pénales de l’Ouest. La thématique de votre table ronde, de cette journée, portait sur l’Expertise du mis en cause, à coté de Principes directeurs de L’expertise pénale, L’expertise du condamné, L’expertise de la personne physique victime, L’expertise de la personne morale victime.

R. Oui, sous la présidence de Maître T. Fillon. Nous étions quatre, magistrats, psychologue, psychiatre. C’est un texte de M. Foucault sur les rapports psychiatriques, effets et usages, qui entama notre travail.(Surveiller et Punir).

Q. Et vous avez surtout développé quel thème ?

R. Des balises avaient été préparées autour de 7 questions. Dans une épreuve de ce genre les développements hésitent toujours entre deux orientations : parler de l’expert, parler de l’expertise. Le propos est de témoigner d’une pratique, usages et errements plus que de traiter des fondements conceptuels.

Rarement, de fait, à propos de ce que l’expertise permet au regard des connaissances actuelles, quelquefois davantage sur la formation didactique de l’expert (écriture, oralité). On le voit deux questions en une : de performance et de compétence au regard des attentes du prescripteur et des acteurs du procès.

Q. Quel a été votre propos ?

R. Les sept questions peuvent axialiser trois grands thèmes.

Les experts entre eux, protagonistes disciplinaires et professionnels ; ce qui suppose de dire leurs référentiels différenciateurs et éventuels projets communs.

Les experts et les acteurs de la commission, protagonistes de l’affaire, auteur présumé/ plaignant et les enjeux en cause,

Les experts et l’institution judiciaire, ce qui fait les choix d’expert, leur indépendance, leur mission, etc.

Je me suis arrêté davantage sur les problématiques conceptuelles expertales et leur lien avec les prescriptions. A mi chemin entre témoignages et métacommunications. Un autre entretien EPC pourra envisager d’autres développements. Autant de préalables à développer.

Q. En quoi les missions [psycho-psychiatre] sont elles spécifiques ?

R. L’antériorité tient à la médecine psychiatrique, héritière de l’aliénisme et du traitement moral. Lorsque l’on dit que la psychiatrie est fille du droit pénal c’est qu’elle s’est développée dans une demande. Les prescripteurs tenant à différencier le fou et non fou, celui qui relève d’un procès pénal et celui qui n’en pas les «  moyens » suffisants. La catégorisation psychiatrique des troubles de la personne, de la raison, de la volonté et de la morale s’ensuivra. Dit autrement, un tel ou un tel auteur d’infractions, dispose-t-il de son libre arbitre ?

Le trait pertinent d’une expertise psychiatrique tient à cette injonction sur la responsabilité et de ce qui en découle, la dangerosité psychiatrique. Rappelons que celle-ci vient au devant de la scène pour se substituer à la notion d’atteinte de la conscience morale, la conscience de mal faire. C’est pour sortir du champ moral que la dangerosité s’ est inventée, entr’autre parce qu’elle permet de quantifier « un faire mal » et sa dimension temporelle. C’est, secondairement, ce qui a contraint pour tenir compte des analyses, à inventer le demi-fou, à affirmer que quiconque ne peut faire l’objet de soin ne peut faire partie des premiers.

L’expertise psychologique a une toute autre origine. S’inventant à la fin du conflit de 1939-1945 elle est sollicitée sur un projet plus précis, l’insertion, la réinsertion, l’adaptation des mineurs et leur intégration dans le monde professionnel. Elle se fonde sur une psychologie des fonctions et des aptitudes, elle vise plus le développement, le devenir et les moyens d’y accéder. La visée opératoire première a été celle de l’adaptation/insertion en tirant profit des ressources disponibles. Elle se généralisa plus tard à toutes les populations.

Q. Si vous résumez ?

R. Si l’on définit une pratique par son origine l’on risque très vite d’être confronté à des guerres de territoires, ou encore de définir ses compétences sur la base d’un objet fétichique. Objet qui appartiendrait à un corps (professionnel ou scientifique) parce qu’il se trouve contemporain à ce corps. Un mode d’existence tiendrait à cet objet. Perdre cet objet serait disparaitre, perdre toute intégrité.

Sous prétexte que toute médecine prenait son essor dans la philosophie devrait-on être philosophe pour le devenir ? Au prétexte que la psychologie d’une certaine époque s’origine dans l’évaluation des seuils de sensation devrait on être physiologue pour être psychologue ? Au prétexte qu’un énoncé sur le crime ressort bien des sciences juridiques faudrait-il que la criminologie ne procède que des sciences pénales ? Au prétexte que la pensée psychanalytique originaire s’est construite d’une pratique du divan faudrait-il que tout psychologue réduise ses participations institutionnelles à cette mise en demeure ? On voit les confusions d’objets qui naissent dès que l‘on revendique une identité, de l’histoire et non des avancées des savoirs et de leur conditions, au lieu de rendre compte de la somme hétérogène des appartenances tant actuelles que d’hier.

Rappelons pour l’histoire encore récente que l’on identifiait un psychologue alors psycho… technicien par ses valises de tests, comme le médecin l’était par le port du stéthoscope.

Q. Vous voulez le dire encore différemment ?

R. L’identité professionnelle, régie par des pratiques, des textes et une déontologie ne peut être que d’histoire. Il convient alors de différencier, pour notre propos, Spécifique de quoi ? ce qui relève tant d’un savoir disciplinaire que des savoirs ou acquis professionnels. Admettre a priori, que tout objet fétichique tient dans son incapacité à entrer dans l’histoire. Et l’on peut penser, par exemple, que la question de la non responsabilité comme de la dangerosité ressort autant des savoirs psychologique/psychopathologiques que psychiatrique (psychopathologie et institutions, etc.). Mon souci est de ne pas entériner un état de fait ou une politique des savoirs (scientifiques et professionnels) sur la base d’une antériorité.

Q. C’est-à-dire ?

R. Il y a des savoirs scientifiques et professionnels devenus communs. Les savoirs psychopathologiques comme les pratiques de traitement sont aujourd’hui en lien plus ou moins acceptés avec les dépassements des savoirs positifs. Les théories de la dégénérescence ont imprégnés les savoirs psychiatriques comme ils l‘on fait dans le même temps sur les savoirs criminologiques ; la pensée psy- sur la base des fonctions en référait également. Le développement d’une pense psy-/ psycho-dynamique a réorienté les travaux sur les versants psychanalytiques et neuro- cognitifs.

Psycho-dynamique ? pour faire court admettons qu’il s’agit d’une pensée opératoire sur la base d’une modélisation de la vie psychique, un appareil psychique.

Q. Si l’on tient compte de cette modélisation vous en concluez quoi ?

R. la responsabilité pénale concerne un état mental, et les questions spécifiques sur les conclusions à tirer de cet état. Ce qu’il en est des conditions de celle-ci peut être aussi le produit de la clinique psychologique et psychiatrique. Si l’on suppose un savoir scientifique rendu commun, Il ne manque à celui-ci que le pouvoir de dire, sauf expérience. Ce n’est pas le savoir disciplinaire qui différencie mais l’expérience acquise, la pratique professionnelle avec ses responsabilités et ses prises de décision.

Ce sont les conditions de production qui dès lors deviennent fondamentales sur les problématiques du discernement et de la volonté. La première en ce qu’elle est altérée et peut être abolie par le délire ou la débilité. La seconde en ce qu’elle peut se pervertir en agression/impulsion visant le sexe, l’argent, etc., par impulsivité prise ici comme défaut de volonté de réticence… (amplifié éventuellement par le recours chronique ou non aux addictions, mais rappelons que si cela à valu dans un temps passé, ce sont aujourd’hui des facteurs sur responsabilisant).

Discernement et abolition de volonté, en terme de clinique, relève aussi bien de l’une ou l’autre des pratiques psy-. La différence ne se fonde pas sur un état de la science psy- qui appartiendrait plus à l’une qu’à l’autre. Elle se tient essentiellement sur le savoir professionnel et celui peut fort bien être critiquable. Si l’on considère que les questions faites exclusivement à l’un de psy- ne relève que de leur professionnalité et de leur antériorité rien en serait plus facile que de proposer des DU de formation continue permettant de professionnaliser des savoirs définis dans l’histoire dans une confusion savoir scientifique/professionnel. Peut être est-ce un des motifs ne permettant pas de professionnaliser la profession expert.

Q. Où serait un travail évaluatif co- expertal ?

R. Peut être est-ce une réponse à cette proposition de travail co-expertal dont on ne voit pas trop souvent à quel objet il répond. Que veut une expertise co-expertale ?

Plus loin encore si l’on fait l’étude détaillée des propositions cliniques données par et l’autre expert, où trouvons-nous des spécificités et surtout des similitudes ? Tout porte à penser que la singularité des questions posées à l’un plus qu’à l’autre fait problème et n’est qu’un reste d’histoire. Comment définir de nouveaux enjeux ? Pour quels objectifs ?

Q. Ces nouveaux savoirs relèveraient de qui ?

R. Où doivent prendre place ces savoirs ? Quatre grands concurrents : le droit pénal, la médecine légale, la médecine psychiatrique, les sciences humaines cliniques.

Si l’on admet que l’expertise au pénal, porte aussi sur l’ensemble des conditions de productions du comportement qualifié criminel ce sont les sciences humaines cliniques qui se trouvent au premier rang de la réponse, pour offrir une perspective psycho-criminologique traitant à la fois des vulnérabilités psychiques et sociétales dont on fait l’hypothèse qu’elles engendrent le qualifié crime du désigné criminel ou délinquant…

Q. Que dire dans ces perspectives du diagnostic de dangerosité ?

R. Dangerosité psychiatrique et/ ou criminologique, ce fera l’objet d’un autre Entretien (EPC). Les problèmes liés à cette question rejoignent ceux liés aux prescriptions d’injonctions et de suivi socio judicaire.

Q. Vos propos, comment ont-ils été entendus ?

R. Il fallait s’attendre à des protestations. Traiter de la différence et l’absence de différence ou encore de la différence mal placée s’expose à des retours de défense des identités. Mettre ailleurs la différence, autrement que sur un mode fétichiste ne va jamais de soi. Différentes interprétations ont pu être données, un compte à régler, un malentendu, a contrario de bonnes et réelles co existences et collaboration, etc.

Je voulais surtout souligner que si nous n’avons pas changé les règles du jeu il n’empêche que…les objets avec lesquels nous travaillions ne sont plus les mêmes. La co existence opératoire, pour peu qu’elle ne soit pas qu’un cumul d’informations, exigerait que les savoirs acquis, professionnels viendraient explorer un objet rendu commun.. Ni à coté mais avec.

Prenons un autre exemple : nombre de problématiques contemporaines à propos de la loi, dont on suppose qu’elle est intégrée ou non, pour soutenir un diagnostic, viendraient enrichir les analyses du dit-psychopathe. Au-delà des modes de réactivités (organisation psycho-pathologique) que peut-on dire de ce qui légitime le recours à la marge, l’étant-hors-la-loi si le modèle dont elle est issue n’a pu être, historiquement, que persécuteur, hostile ?

Q. Le moment est venu de traiter de l’expertise, coté psychologue et psychologie, la mission psy-, qu’en dites vous ?

R- L’expertise psy- a deux versants : Un examen psychologique dit analyse de patrimoine,- un examen des conditions factuelles et/ou non légitimées de la commission criminelle, se mettant en contraste avec les conclusions du premier examen, dit analyse psycho-criminologique (violences subies/violences agies , etc.). Un examen produit un ensemble d’attributions dans un double objectif, d’orientation et de traitement.

Q. Vous appelez quoi un examen de patrimoine ?

R. L’examen de patrimoine « immatériel » recouvre en partie ce qui était identifié en psychologie comme l’examen des fonctions et se rendrait à ce qui est identifié aujourd’hui par le cognitif ; socio et psycho-cognitif. Ou encore le bio-psy/bio-socio… Un savoir dont les fondements étaient strictement performantiels. Cela rend compte, dans les consignes expertales, des questions sur l’intelligence, l’attention, etc. quand dans le même temps est demandé un état de l’affectivité, ( le rapport à soi et autres) sensibilité, influençabilité, etc.

Toujours une question nous disions plus haute que veut ou voulait la dangerosité ? ici ce serait que veut le référence à l’aptitude : des scores, de la moyenne, des écarts significatifs…de la prédictivité Cela engendre quoi et néglige quoi ? En quoi est-ce un point aveugle ?

Notre savoir psychologique rend compte de l’évolution des références scientifiques et professionnelles, i-e des politiques d’expériences. Une histoire dont on peut suivre des étapes si l’on tient compte de la seconde source de références tant du point de vue des cliniques éducatives que thérapeutiques.

Q. La première étape ?

R. De la psycho-métrie à l’axiomètrie. Je vous renvoie là à mes travaux critiques proposés dans les années 1980/ 1990, sur la genèse des pratiques psychologiques et qui m’ont conduit à penser en termes d’axiomètrie.

Si tant est que l’on considère les travaux et recherches sur les fonctions psy- (intelligence, attention, volonté, imagination…intelligence pratique, intelligence verbale, etc.) et qu’on y introduit la dimension politique de ceux-ci (un temps, une histoire, des préoccupations, ici le seuil, la norme, un calcul au service de l’adaptation tout objectale) on conçoit bien que ce qui fait norme est strictement instrumentale et qu’on a affaire à un individu essentiellement performantiel.

Des compétences sont supposées, leur efficacité est évaluable : naissance de la métrique attachée aux fonctions. Plus que des fonctions ce sont des écarts aux normes qui sont évaluées. La dimension politique est omni présente. Une conception positive de l’individu : un ensemble fini de capacités. Temps non dépassé mais avec lequel coexistent d’autres temporalités. Une place pour toute, chacun à sa place…, Au contraire ce qui va se développer : la personne comme productrice de normes.

Q . C’est la deuxième étape ?

R. Oui, d’où le second volet d’entreprises conceptuelles et de modélisation : De la psychologie à l’axionomie. A coté et au lieu des fonctions mentales (intelligence, volonté, imagination, aptitudes, etc.), l’héritage et non plus l’hérédité. Ce qui est hérité du passé familial, aujourd’hui référé à la filiation et à la généalogie (les identifications, les modèles de gestions des émotions, etc.). Versant qui a autorisé à penser en terme de psychisme/ psychique pour rendre compte des recherches/investigations, par le biais du subjectif, un point de vue inhérent à toute perception, construit sur un modèle imaginaire appris) et du phénoménologique (l’être-là comme présence au monde). C’est dire que d’un individu pris comme entité performantielle le déplacement s’est fait sur le sujet-en situation. Vous me direz que cela renvoie à la pensée psychanalytique classique ? oui et non.

Q. C’est-à-dire ?

R. Un autre objet d’analyse. C’est ce versant qui conduit à l’analyse axiomatique qui engendre deux axes de travail d’investigation : le sujet-en-situation comme axiome et auto- prescriptions. Un axiome se construit et se décide comme option, dans un contexte qui suppose peu de variations pour être maintenu. L’analyse axiomatique est une analyse stratégique, une analyse des pratiques de soi des autres et du monde. Ni le sujet tout court, ni le sujet avec un s majuscule, mais des traces de sujet dans et par le lien social, c’est-à-dire ses appartenances et la Systémie que celles ci engendrent. De cette analyse vient le terme psycho-criminologie : par où passe l’institution, entre institué et instituant.

Un autre objet d’examen, pour l’examen : l’axiomatique en jeu chez chacun, dans ses versants, économique (en fonction de l’équilibre du rapport Cout/Bénéfice à maintenir l’axiome en l’état) et topique (en fonction des soutiens ou non des environnements), dynamique (capacités requises pour maintenir un axiome sous peine d’une impasse ou décompensation).

Q. Pour que nous comprenions mieux, qu’elle en est la méthodologie d’accès ? Je suppose que vous en passer aussi par une anamnèse ?

R. La Bioscopie n’est pas anamnèse ; l’erreur est souvent faite. Cet examen psy- nécessite une procédure singulière, l’analyse bioscopique. Celle se différencie de l’anamnèse : l’anamnèse est un décor ou fond de monde dans lequel se puise l’information pour une catégorisation en termes de nosographies, quelque soient les modes d’entrée que l’on privilégie. Elle renvoie à des traits, profils, des complexes… éléments d’un ensemble sémiologique, systémique ou empirique.

L’analyse bioscopique quant à elle met en perspectives parcours et trajets anthropologiques afin de rendre expérimentable les répétitions, les constances processuelles et les vulnérabilités associées, tant du point de vue situationnel que systémique.

Q. Qu’appelez-vous parcours ?

R. Parcours, ce à quoi personne n’échappe dans sa construction subjective. Groupes familiaux, règles, climats, ambiances, autonomisations, socialisation (fratrie… amis) et apprentissages, professionnalité, corporéité, vie amoureuse, conjugalité, sexualité, parentalité, sports et loisirs, santé somatique et psychique, discontinuités subjectives (morts et ruptures, délaissement, contraintes). Autant de parcours qui vont donner lieux à des trajets au cours d’autant de discontinuités.

Dans tous ces réseaux et modes d’appartenance, une même recherche : ce qui cherche à se répéter (l’axiome), à travers les différents espaces/temps anthropologiques interpellés et mettant en forme des trajectoires.

C’est de ces analyses que traite la sérialité : la polymorphie des trajets selon les parcours et ce qu’il en reste de chaque construction réalisée ou esquissée, des formes délinquantielles, extra- et intra-délinquantielle, en autant de pratiques de soi, des autres et du monde. Ici la répétition ne passe pas le comptage et la preuve ne se fait pas (in fine) par le recours au nombre.

Q. Et la psychopathologie ?

R. C’est dans une perspective seconde que l’axiomatisation est renvoyée aux catégories structurales, psychopathologiques. Celles-ci ne sont pas considérées comme premières, elles sont une seconde expérience de traduction de la polymorphie. Ce qui est premier se trouvent être les processus par lesquels du monde et de l’existence se construisent en autant de pratiques de soi, comme autant de bricolages. Le formatage de ses pratiques empruntent aux catégories structurales (pathologiques, psychopathologie) des types d’organisation dans l’entretien et la modélisation d’un axiome. Celui –ci est premier en quelque sorte. Il n’est pas réductible à une catégorisation psycho-pathologique.

Q. Mais alors que devient ce qu’on appelle la personnalité ?

R. Un terme commode pour trouver une unité de sens susceptible d’être entendu par le plus grand nombre, dans l’habitude acquise de dire l’autre par des traits psychologiques, des comportements, etc. Le patrimoine attribué par un genre de psychologie.

Q. Et les troubles de la personnalité spécifique ?

R. Nous avons connu une expérience d’identification semblable à l’époque de la caractérologie et de la morpho-caractérologie. Ce sont des prêts à penser et à porter. Ces « personnalités spécifiques » n’ont de sens qu’à proposer un mode d’emploi, en désignant une posture plus ou moins fondamentale, productrice de conflits, de crises, un mode d’interpellation du soin à entreprendre, une aide à la sécurisation. Une façon empirique de se faire comprendre ; ces troubles de la personnalité spécifique disent à la fois du processus et leur illustration en un catalogue in-fini.

Avec l’analyse axiomatique nous sortons d’une étude de la personnalité en termes d’attributions de traits, etc. nous sortons d’une psychologie appliquée aux comportements délinquants ou criminels. On ne peut plus faire d’un coté, de la psychologie et de l’autre, de la criminologie, maintenant l’existence de deux entités empiriques indépendantes. C’est une autre investigation au plus près d’un appareil inconscient (qui ne résume pas à l’inconscient freudien tel que créé) et des pratiques de soi, une étude des stratégies complexes, polyphoniques, polymorphes, aux bricolages non aléatoires.

Q. Que devient l’examen psycho-criminologique ?

R. Deux thématiques sont possibles selon que l’examen porte sur l’auteur ou sur le plaignant : Versant Agressologique ou Victimologique. Dans les deux cas il s’agit de prendre en considération les vulnérabilités psychiques et sociétales dans la détermination de la commission infractionnelle et de ses séquelles. En parlant d’Agressologie et de Victimologie et non pas d’agressions et de traumas… je définis l’objet du travail dans l’espace temps institutionnel. Toujours sur le même volet « en situation ». Je dis aussi que dans les deux cas, auteur/plaignant les séquelles de la commission infractionnelle doivent être recherchées et situées sur la recherche axiomatique et non seulement psycho-pathologique. Sur le seul versant psychopathologique du trauma cela ne laisse aucune possibilité de penser l’inventivité subversive à laquelle le trauma peut donner naissance. Seul ce qui est déficitaire apparait.

Q. Qu’est pour vous, ici, la criminologie de la psycho-criminologie ?

R. L’examen psycho-criminologique se fonde sur une analyse des savoirs rapportés à la criminologie Celle-ci a pu et est souvent considérée comme objet un peu fourre tout, sinon poubelle. Faute d’avoir dissocié ce qui relevait de deux espaces fondamentaux, aux objets bien différenciés.

C’est la mise en contraste d’un autre objet, bien différencié du précédent. Souvent mis en cause au titre d’une science inexacte, la référence psy-et Psychiatre. A quoi l’on peut répondre qu’il s’agit là d’une confusion entre une pensée positiviste (le droit comme science positive, la sociologie traitant les faits sociaux comme des choses) et d’une pensée par modèle logique stratégique, reposant sur des appareils ou constructions traitant du psychisme, en élaboration continue.

*sciences criminelles issues des sciences juridiques et de la sociologie quantitative. Son objet d’est d’explorer, dans une économie et politique pénale, l’effectivité et l’efficacité d’un énoncé pénal au regard des enjeux et des intérêts d’une collectivité.

*La psycho-criminologie issue de l’analyse dynamique, intersubjective, de l’examen du sujet en situation et de l’acte en situation (et de l’agir en situation.). Le mode opératoire : la centration sur les contextes psy-, d’opportunités et d’aléas de la commission infractionnelle.

Deux objets bien spécifiques qui élaborent  chacun de son coté, la genèse, le diagnostic, la prévention et la probation. L’espace conceptuel du second :

**Le sujet en situation est ici le sujet pris dans une impasse et le traitant sur le mode des pratiques de lui-même acquises au cours de son histoire, des conflits et crises vécues, dans un milieu spécifique. Le sujet-en situation comme environnement interne et externe.

**L’agir infractionnel ou l’acte en situation quant à lui, définit sur le mode de la rupture ou de la cyclicité, le rapport entretenu avec l’objet-issue du conflit ou de la crise. Cet agir est considéré comme une variante d’un mode chronique en situation de crise. Cet acte en situation se décrit en terme de passage à l’acte et de acting out d’une part, d’inversion passivité/activité et de destruction/réparation de l’autre. Ce sont des processus –acte dont la visée est résolutoire.

**Cet acte en situation est aussi un agir en situation au sens d’un dépassement tenant aux conditions « sous la main » des disponibilités en cours. C’est ce qui va échapper aux modes résolutoires habituels et mener, à l’extrême d’un agir pour un agir, s’auto enfermant sur sa prise devenue sa proie. Par exemple, mais pas essentiellement, la dimension de la barbarie, de ce qui s’identifie de l’extérieur comme le plus de la cruauté, une destructivité se conduisant à elle même, visible dans tous les moments de morcellement imposé (les dépeceurs, les cadavres mutiles, brulés… hors conduites auto sécuritaires). L’agir n’est plus guidé par un pour faire qui rendrait compte d’un objet poursuivi : il devient un pour lui-même.

Q. Vous dressez là un plan général de prospectives cliniques ?

R. Ma lecture, pour emprunter ce qui est appelé communément psycho-dynamique par opposition ou contraste, au registre stimulus/réponse, a un objet qui ne surestime pas l’approche psy- des catégorisations nosographiques, mais sur la base d’un axiome existentiel, cherche l’économie psychique de celui-ci et ses lectures conflictuelles, dans l’environnement. Abord privilégié des vulnérabilités et de leur subversion qui passe, non pas, par une anamnèse mais par une lecture bioscopique dans la polymorphie, des variations expérientielles ; lesquelles se repèrent des répétitions, des constantes qui peuvent être ou non l’objet d’une interprétation psycho-pathologique au sens nosographique mais d’abord processuel.

L’analyse se fait sérielle et polymorphe, intra et extra délinquantielle, dans et par autant de lieu de pouvoirs et d’institutions qui sont interpellés et interpellables.

Q. Et encore ?

R. Ne pas réduire celui qui se prête à l’examen à une catégorie quand bien même ce qu’il a engendré, ce qui a été engendré comme perturbations est catégorisable. Rappelons certaines conclusions toujours actuelles de présidents d’assises ou autres après une présentation d’examen… « donc il est impulsif, égocentrique, un immature… c’est psychopathe ? … comme le disait votre confrère psychiatre… ? » Par où l’on voit encore persistance d’un appareil à penser de type psycho-moral et la prégnance d’un concept opératoire, la dangerosité.

Q. D’autres EPC sont nécessaires pour vous suivre.

R. Sans aucun doute. Quid de la question d’une présence de l’avocat en examen expertal ? De l’oralité dans laquelle l’expert s’engage en présence du mis en examen et des victimes, de la façon d’exposer de telle manière que les membres du jury puissent apercevoir en intelligence l’un et l’autre des acteurs de la scène judiciaire. Quid encore du destin de l’expertise ?

Angers Mars 2017. Confluences Pénales.

 

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