Les 10 ans de la loi de 1998. Colloque de Nantes.

Vers une psycho-criminologie intégrative.

Conférence de fin de colloque.

A la condition d’entendre la référence intégrative non pas comme l’addition ou la cumulation des savoirs disciplinaire ou des régions d’un savoir disciplinaire, on dira d’une psychocriminologie qu’elle est intégrative quand elle poursuit une aventure commencée au XIXe sous l’angle d’une positivité extrême à l’égal du droit dans et par lequel elle pouvait prendre forme, et qui délibérément tourne le dos aux confusions permanentes nées d’une approche simplement historique pour une approche heuristique et clinique. Les 8 conditions d’une heuristique intégrative doivent être posées et cela ne peut échapper à la polémologie : elle est pluri institutionnelle, pluridisciplinaire et pluri professionnelle.

Une approche intégrative

1- L’approche historique fait trop souvent de la criminologue un objet de musée où s’échinent les chercheurs pour lesquels la reconnaissance universitaire et un savoir désubjectivé est une fin en soi. Elle contribue à de nouvelles réifications quand elle ne maintient pas en tension passé et presqu’avenir.2 Aux historiens du passé font symétrie les historiens de l’avenir : à la compilation, la prescription d’histoire, «  à nos ancêtres la gaulois », les Storytelling3 contemporains. L’histoire réécrite dans des buts héroïques et schizomorphes4 fait symétrie à celle qui nargue les moments présents dans ses lignes de force pour ne tenir que dans une cumulation d’histoires ; au totémisme d’antan se substitue les gadgets d’aujourd’hui dont les anecdotes font le quotidien du petit écran, au totémisable d’hier la multiplication des « faisant fonction de père » aujourd’hui.

2- Elle est intégrative dans la mesure où elle se donne les moyens de rapporter à son objet les différentes références qui ont constitué les éléments disparates de savoir et de savoir faire sur le crime, ses acteurs et ses théorisations.

3- Elle est intégrative dans la mesure où elle ne peut se concevoir sans l’approche et les savoirs développés de tous les mouvements thérapeutiques et éducatifs spécialisés du XXe siècle.

4- Elle est intégrative dans la mesure où les modes pénales prennent leur source dans des philosophies plus différenciées, inséparables quoiqu’on puisse en penser de la notion de personnalisation de la peine5, et du juste prix.

5- Intégrative parce que s’affirme au mieux de façon beaucoup plus claire ce qui d’un coté est une approche philosophique politique et éthique de la Sanction, et de l’autre ce qui est une approche pragmatique, éthique et politique de la peine. Si la sanction reste ce qui vient dire l’altérité en souffrance ou mise en suspense dans l’acte infractionnel ou tout simplement déviant, si la sanction rappelle l’existence de la loi par la référence au commun des mortels, (nul ne peut tout faire d’une part, tout homme est mortel de l’autre), la peine vient quant à elle dire que tout a un prix et que celui-ci s’estime à la valeur des choses que l’on pense estimables. Et pour lesquelles on agit en ce sens.

6- Intégrative parce ses savoirs répressifs se sont constitués dans des ordres scientifiques variés, dans des immersions professionnelles profondément dissemblables.

7- Intégrative parce que ses modes d’entrée multiples ne font pas cumul mais déplacent à chaque fois les interrogations. Nos pensées unies modales ou univoques viennent politiquement de la distribution des pouvoirs et de leur interpellation à un moment donné. Une sémantique diversifiée offre une richesse d’expériences renouvelées, la centralisation des pouvoirs normalise tout espèce de recours et de bidouillage.

8- Intégrative parce au lieu d’une pensée unique que ce soit celle d’une théorie ou d’un savoir faire elle contribue à penser et à dynamiser la diversification des interrogations. Elle oblige à la comparaison et à l’évaluation et celle-ci malgré ses effets iatrogènes ou pervers obligent les petits maîtres à se soumettre à la règle commune. Au sens littéral, elle désectorise et désectarise.

Et c’est sans doute cette dimension qui la rend si vulnérable, objet des attaques de tous les corps constitués en place6 et notamment de ceux qui ont fait de la recherche de la vérité judiciaire d’un coté ou de la vérité du sujet de l’autre, des quasi objet identitaires rechignant à penser autrement leur savoir et leur savoir faire dans des conditions qui, pouvons nous penser, font obstacles à leur épanouissement idéologique, à leur monopole et à leur territoire. La démarche intégrative expose à la démultiplication quand son objectif et de raisonner toute chose dans ses surdétermination idéologiques et praxéologiques.

Un exemple : l’approche historique est une piège permanent et elle constitue une impasse quand elle cherche à produire un savoir auto consistant nullement guidé par une démonstration à faire et une utopie critique à poursuivre. La positivité de cette histoire là est un leurre permanent et elle enferme un savoir en marche dans les conditions d’une production ancienne, dans le jeu insistant des comparaisons statiques.

Quand en 2001 s’est tenu le XXXIII Congrès français de criminologie à Lille avec comme en tète « les soins obligés ou l’utopie de la triple entente » on pouvait s’attendre à une somme d’expertises émanant de tout horizon. Mais comme le faisait remarquablement remarquer Alan Blanc dans sa conclusion il manquait quelqu’un au rendez vous ; comme je le soulignais7 lors de la conférence de consensus tenu à Paris en 2007 : l’absent était le travailleur social et par delà un autre acteur, un autre secteur de compétences qui n’avait pas existence quand au XIXe s’est ouverte la réflexion criminologique de façon plus organisée ; un spécialiste du milieu ou de l’environnement humain. Autrement dit, le sous titre du congrès « l’utopie de la triple entente » était un titre profondément historique et pour le moins archaïque puisqu’il consacrait une scène théâtrale entre un juge, un médecin et un patent, lequel condamné ou détenu se trouvait nécessairement comme les autres acteurs, les témoins d’une scène révolue dans d’autres conditions.

Prenons en compte l’ironie d’une histoire présente qui fait la part de plus en plus grande au travail social et qui n’était nullement présent dans ces réflexions sur « des soins obligés.

Exemple : l’approche sociologique en oubliant trop qu’elle appartient aux structures collectives de pouvoirs à l’égal de la géographie dans les découvertes territoriales et coloniales du XIXe et plus tard, en peut que rentrer en conflit avec toute espèce de gouvernance qui prend appui sur toute autre chose qu’elle même ; les exemples abondent en sociologie des religions à propos des groupes dit sectes. En oubliant qu’il s’agit d’abord d’une sociologie des pouvoirs par le biais des croyances. Des exemples fort pertinents se trouveraient dans les écrits de Mauger8 (Mauger, 2006)

Remarquons à quel point notre archaïsme sociologique impose ses normes de compétences à un champ empirique, celui de l’accompagnement confondu avec le soin et celui-ci confondu avec le médical, et celui-ci avec le psychiatrique comme si dans ces entre temps du XIX au XXI n’avaient pas été inventé des « psy non psychiatres », des acteurs du champ social compétent au delà du bénévolat. Comme s’il suffisait encore de penser présences dans des conditions qui tenaient leur existence du débat entre d’une part l’opinion, les médecins aliénistes et les juges.

Dans les faits ce congrès de 2001 témoignait d’une fin de parcours en en entamant un autre : un parcours pour lequel le droit ou le juge n’est pas celui qui en a la maîtrise, un parcours pour lequel l’opinion exige une autre information, un parcours qui exige la participation de champs de compétences qui tardent à se faire reconnaître tant elles sont enfouies sous l’autorité aujourd’hui abusive, d’un coté du corps médical et de l’autre des corps judiciaires.

C’est bien parce qu’il y a désormais des soins obligés9 que le visage de la délinquance et que la personne du délinquant se sont profondément transformés sous la pression des sciences humaines et sociales, cliniques et cognitives et que le savoir psychiatrique séméiologique se trouve lui même à bout de souffle, et avec lui une doxa psychanalytique universitaire qui a fait de son heuristique ancienne un dogme, de ses pratiques de cabinet une impasse institutionnelle au point de veiller à ne jamais travailler les problématiques éthiques ou déontologiques et à surveiller la constance d’un dogme ou d’une praxéologie de plus en plus à coté des manières par lesquelles de la souffrance se dit et s’interprète. Mais en m^me temps comment pouvons nous être clinicien sans la relecture des postions épistémologique de Freud ? Citoyen et personne, l’homme d’aujourd’hui, celui à qui il est demandé des comptes transfigurent les lignes de partage dans lesquels se tenaient les praticiens du droit et de la psychiatrie. Et cette transfiguration bouleverse les compétences comme les frontières qui semblaient acquises une fois pour toutes, celles que l’on franchit plus ou moins allégrement aujourd’hui, au motif d’une urgence sécuritaire comme au motif d’une complaisance politique, et qui font dire à certains : nous sommes en pleine régression et à d’autres il est temps de changer les nomes de surveillance des malades dits mentaux. La responsabilité est désormais ailleurs et autrement : elle est exigence éthique et non plus conventions morales ;ou, les conventions morales n’y suffisent plus, nous cherchons plus de transparence et avec cette dernière c’est tout le Droit comme pratique, qui se trouve en péril.

De toute part déborde le fait subjectif et de la même manière que le droit s’est vu contraint de transformer l’autorité paternelle en autorité parentale, le psy doit admettre que la responsabilité ne peut plus être absente ou présente, dans une version manichéenne, schizomophe, faussement humaniste : une nouvelle complexité surgit et va sans nul doute obliger à repenser des catégories diagnostiques en même temps que les modes et la nature des interventions disciplinaires et répressives, de contention coercitive et d’offre de changement personnels.

On pourrait y voir un paradoxe, celui qu’affectionne les systémiciens, tels que « sois spontané, montres- toi libre… », alors que de telles injonctions ne peuvent se comprendre que dans un contexte plus large, celui d’un intérêt supérieur : quand un parent réprime ou oblige et cela sans malveillance, on ne songe pas à lui dire tu es coercitif. C’est qu’un intérêt d’un autre niveau guide les exigences : il en va de même pour ceux qui du lien social s’en sont faits les persécuteurs pour y avoir été persécutés. Qu’ils veuillent ou non changer n’est pas un problème en soi, ce n’est un problème que pour ceux qui n’en veulent rien savoir, d’un coté comme de l’autre. Chacun peut choisir de ne pas prendre en compte la main tendue mais cela à un coût. C’est un droit qui exige en contre partie une attitude du corps social, dans le contexte d’une alliance qui elle reste inconditionnelle ; on ne peut pas ne pas veiller sur le risque que chacun prend pour lui et les autres. Comment sortir autrement d’un reste de positions morales, affirmer le droit dans son principe sans en réifier ou sacraliser les pratiques…et dont l’intérêt est de permettre de ne pas penser par soi même, pour soi même et les autres. De faire exister, de l’extérieur, du tiers.

Le « public » des soins contraints.

C’est sans nul doute la plus grande invention du XXe dans la question de la peine10 et de la carcéralité11. C’est le moment où se réalise la conjonction de deux notions aux origines fort dissemblables, la dangerosité psychiatrique et la dangerosité criminologique12, et que dérive le paradigme d e a responsabilité dont on pourrait presque dire qu’il est d’un autre temps, d’une autre conception de l’homme. La première était affaire de psy, la seconde, affaire du juge et désormais une autre conjugaison se trouve enjointe13. Elle oblige a reposer les distinctions radicales entre ce qui serait un trouble mental objet de soin et un trouble du comportement objet de soin. Que devient du soin quand il n’y a pas de troubles mentaux déclarés ? Que deviennent les troubles mentaux au regard d’un collectif dans lequel on désigne les figures de sa barbarie ; le pédophile côtoie dès lors le schizophrène dangereux, le psychopathe multirécidiviste avec le père incestueux, la femme devenue criminelle14 sans exception avec un homme qui perd ses dons au crime.

C’est que le crime de la criminologie prend désormais un tout autre sens et paradoxalement dans les pas de Lombroso. Il s’agit de l’ étude de la traçabilité du recours à l’infraction comme usage de soi et d l’autre, la dangerosité n’est apparent que de l’étude la vulnérabilité tant psychique une sociétale,la trace recherchée dans le corps vie l’hérédité morphologique et l’investissement morphologie après s’être trouvée dans les conditions de la misère sociale dont on a fait un second terreau se trouve maintenant identifiée dans un registre aux limites su psychique et su somatique, l’inconscient et celui-ci comme une élaboration structurale dans laquelle il n’y a strictement plus rien à voir mais à déduire ou induire. Le virtuel est devenu une machine à penser. Les grades figures des imagos se sont transfigurées et eu lieu des transcendances imagoiques prennent place les impacts et les retentissements des modes par lesquels chacun a tantôt éconduit les attaques dont il a été f’objet tantôt subi leur expansion en toute impuissance. Une 4e victimologie naît avec le renouveau d’une 3e défense Sociale qui ne tient plus des fondements du droit mais des découvertes des sciences humaines cliniques et cognitives en criminologie.

Que le mode infractionnel s’appelle parfois violences comme dans certains cursus universitaires est un indice de plus de la non immersion de la réflexion psycho-pathologique dans la problématique des normes et des institutions. Indice de ce que la psychopathologie trop souvent se prend comme une science lors qu’elle n’est que l’expérimentation « naturelle » de différentes théories de l’esprit ou de la conditions humaines : d’une anthropo-biologie. Et dans ce cas la violence se fait appelée par sa région d’apparition : elle est adolescente, elle est pubertaire, elle est victimale, elle est domestique, elle est délinquante…. Elle se nomme maltraitance quand on devrait l’appeler malveillances : non pas comme une veille mal assurée, une négligence, mais comme acte manqué, comme déguisement de l’hostilité dont la cible est toujours un autre et dont celui qui la reçoit ne fait jamais que faisant fonction : par procuration.… Valse hésitation entre auto et hétéro-destruction, entre destruction et réparation sur la base d’une répétition infinie ou d’une compulsion qui jamais n’échappe à elle même.

Ce « public » des soins contraints a de fait des caractéristiques qui n’en font pas un public de cabinet. La violence en se faisant infractionnelle apostrophe d’autres stratégies bien trop souvent objet de dénégation de part de soignants.. Un tel public ne peut que faire apparaître des ensembles de contradictions.

Elles ont partiellement formulées autour de la question de la récidive et de ses programmes :

  • Traiter de la récidive est il exactement la même chose que traiter de la réitération ? M^mes motifs mêmes effets ou m^mes motifs= recours à des interpellations différentes (avec la logistique qui leur est propre) ?
  • L’accès au soin exige des capacités financières et d’accueils démultipliés. Faut-il créer des centres de spécialisation ?
  • Peut-on traiter indifféremment de toutes criminalité ? Où comment former des spécialistes non généralistes ? Comment tenir compte des enjeux subjectifs de ces mêmes spécialistes ? Que veut dire ici burn out.
  • Peut-on penser une équation : un délit=une personne=un besoin spécifique. … si le la personne n’est pas réductible à son comportement. Et si le mode de traitement doit tenir compte des « intérêts » spécifiques soulevés par des types de crime spécifiques ? Diversité géographique, disparité des moyens, différences entre enjeux subjectifs et modes de transgression ? Si la malade « alcoolisme » crée des besoins particuliers au niveau organoleptique et physiologique nécessitant des modalités de sevrage spécifiques est-ce que ce mode raisonnement est transférable à des variétés identifiées de délits et crimes ? Et que traite-on de l’alcoolisme ? Pour reprendre cet exemple : la pathologie physiologique secondaire, le recours à des formes d’issues ? Le déplacement massif vers d’autres régions de l’être ?
  • Peut-on penser en terme d’addiction ou d’intoxications différentes et donc de moyens différents ou, toutes les déviances et infractions peuvent-elles se subsumer sous les mêmes enjeux subjectifs ? Et si même cela était y a t il des conditions d’approches pragmatiques des problèmes à respecter pour assurer des modalités effectives de prise en compte ?

Difficile de penser soin sans penser environnement quand celui participe du trouble et le nourrit. Difficile de penser un mode de traitement sans le situer dans une forme d’interconnexion constante qui en dessine la scène.

« L’objet interne » des soins contraints

Entre la peine et le soin il y a la sanction. Sans celle ci il n’y aurait que prescription machinique ! C’est la sanction qui donne sens au reste : au vivant. Bien loin de s’opposer peine et soin se trouvent aux extrémités d’un triangle et non d’une ligne droite. A partir du moment où le subjectif envahit la scène délinquante, où le crime se mesure au criminel, et celui-ci à son histoire (celle qu’on lui a faite comme celle qu’il a découverte dans ses expériences), la responsabilité se dédouble : pénale et psychologique au même titre que la culpabilité : pénale et psychologique. Il n’est guère possible de traiter l’un par l’autre. Et le recul de la peine de mort, l’enfermement de plus en plus long de certains individus en témoignent.

Certes la culpabilité (pénale) avouée ou certifiée peut se négocier en termes de réparations… si tu avoues ou atteste être l’auteur de, tu peux en retirer des bénéfices. Comme le fait de payer, au rabais, dans un délai de 15 jours une amende pour écart au code de la route…. Ou d’assurer que « c’est bien fini demain je consulte le psychiatre… » Médiation et réparations sont de ce registre. La culpabilité psychologique n’ayant pas de prix est avant tout un objet de valeur, et cette valeur chacun ne peut que la perdre, avec ou sans motifs. Elle résulte du fait d’avoir désiré et d’avoir posé des choix, l’un après l’autre, l’un avant l’autre, d’avoir hiérarchisé.

Ce qui ne donne lieu à aucun négoce est la responsabilité ; celle-ci est une, rarement divisible, pas plus que le visage de l’autre. La honte et la pudeur en signifient l’existence, la mort l’effacement. Le suicide me fait inexister, la mort infligée me mutile à jamais. Et quand elle ne peut apparaître alors « existe » le non lieu : quand il n’y a personne. On peut comprendre que le grignotage insistant de ce principe puisse être de chercher à transformer toute responsabilité en culpabilité. Pour la culpabilité pénale il y a des spécialistes répressifs pour la culpabilité psychique des psychothérapeutes. Pour la responsabilité pénale il y a quantum de peine (de zéro, une sanction pénale sans peine, à l’infini), quand elle est psychologique il y a d’abord des réseaux car elle emprunte tous les visages de l’autre : toutes les formes de pouvoirs.

Exemple : un mineur en EPM me dit préférer le QM que cette incarcération. Au moins dans un QM il n’a pas sur le dos à longueur de journée des adultes. L’adulte est en lui même rappel à l’autre. En QM les pairs lui donnent du socius paritaire. L’adulte est visage et présence, l’adulte quête. Il interdit toute groupalité. Il persécute. Non parce qu’il demande et oblige à des taches mais parce qu’il est là aucun affranchissement n’est possible.

« L’enjeu » de la loi de 1998

Une tripartition de la responsabilité, une responsabilité enfin divisée et projetée, médiatisée par et sur trois grandes figures du pouvoir : l’éducatif, le thérapeutique et le judiciaire.

  • L’éducatif parce qu’il donne accès à l’autonomie par son objet en jeu, l’autorité,
  • le thérapeutique parce qu’il fait du conflit la forme assumable du rapport à l’autre et à soi,
  • le judiciaire parce en traitant des altérations de l’autre il en fait exister et expérimenter les différentes formes dans les valeurs accordées aux normes.

Une triple clinique s’en dégage, clinique éducative, clinique thérapeutique et clinique judiciaire mettant chacun de ces champs en position de s’auto définir et de se proposer des formes expérimentables15, dans un contexte plus assuré où chacun s’arrête au seuil de compétence de l’autre. Interconnexion, réseau, partenariat, territoires. Seuls ces différences permettent de poser dans un temps donné et évaluable des incitations comme des indications et de résister à la pathologisation de l’infraction ou de la déviance sociale.

Au moment où se lèvent les défenses et les mots d’ordre « sauvons la clinique » voilà une tache assurée du partage des pouvoirs. Parce qu’il ne peut pas ne pas y avoir de lutte de pouvoirs : ce ne sont que les arbitres qui font défaut.

Chercheurs et patriciens, universitaires, gens de laboratoire et personne de terrains, quelque soit la fonction sont dès lors convoqués.

L’approche intégrative que l’on peut ici privilégier n’est pas une approche qui privilégie en soi, plusieurs facteurs ou niveaux d’analyse ; ce que nous appellerions une approche cumulative. Elle repose sur le fait que la délinquance est polymorphe à la fois de façon interne et de façon externe. La délinquance n’est que l’autre visage d’une interpellation plus moins persécutrice du pouvoir et des pouvoirs sociologiquement actifs. Ce n’est pas une approche multidimensionnelle  si l’on entend les facteurs « dimension » comme des régions autonomes. Nous privilégions bien un dynamisme unique fondé sur l’Hostilité, la Haine et le Narcissisme, mais dans sa projection en surfaces différentes. Et de fait dans et par le biais d’un enjeu psychique permanent répercuté sur autant de dimensions du pouvoir, de ses acteurs, de ses stratèges, de ses logistiques et de ses stratégies. Si empiriquement on peut dire que cette approche privilégie un abord par les risques pris16 et encourus c’est seulement pour en développer phénoménalement toutes les expressions et rendre ainsi apparents les espaces de pouvoirs qui peuvent être sollicités.

LM Villerbu, Nantes-Rennes décembre 2008.

__________________

1 Par convention on écrira psycho-criminologie quand il s’agira de dire un savoir sur le crime et psychocriminologie quand il s’agira de qualifier une référence. Le premier rend compte d’une entité virtuelle, le second terme d’une qualité attribuable à un texte.

2 Ces tensions sont manifestes dans : Neil Davie (2004) Les visages de la criminalité. A la recherche d’une théorie scientifique du criminel type en Angleterre (1860-1914) Editions Kimé. Paris. Philippe Artières et Dominique Kalifa (2001) Vidal, le tueur de femmes. Edition Perrin. Paris.

3 Christian Salmon (2007) Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits. La découverte/Poche. Paris.

4 Gilbert Durand (1969), Les structures Anthropologique de l’imaginaire. Bordas. Paris

5 Isabelle Drean-Rivette (2005) La personnalisation de la peine. L’Harmattan. Paris. Sophie Brassier (2007) La réinsertion et l’exécution de la peine d’emprisonnement : essai d’analyse contractuelle. Thèse Mention Droit, Université Rennes1.

6 Il suffit de voir commet la référence au terme violence vient faire écran à la dimension institutionnelle de celle ci pour n’en retenir que la dimension d’une psychologie de l’adolescence ou de l’inconscient. On en voit des exemples semblables quant à la clinique de l’agir se substitue sous une forme pseudo scientifique ce qui est appelée une logique de l’agir : exit toute dimension sociétale imaginaire du lien social ! Renforcement du pouvoir des thérapeutes ont on verra les effets dans la champ éducatif.

7 In Jean Louis Senon et al. (2008). Audition Publique Expertise psychiatrique pénale, John Libbey.

8 Gérard Mauger ( 2006) Les bandes, le milieu et la bohême populaire. Etude de la sociologie de la déviance des jeunes dans les classes populaires (1975-2005). Belin, Paris.

9 A ce sujet toute chose étant égale, il y a des rapports à faire entre cette invention et ce que F. Héritier identifie comme troisième révolution du consentement dans le démariage, in Les soins obligés ou l’utopie de la triple entente,pp43-47.op. Ci.

10 Loick M. Villerbu, Valérie Moulin (2008) Responsabilisation, changements de paradigmes, effets sur la représentation et la prise en compte de l’infracteur. Actes du colloque, 2007, Le pénal aujourd’hui, pérennité ou mutation, Montréal. On line.

11 Et l’on n’a certainement pas fini d’en mesurer tous les effets, il faut juste pour cela un peu plus de juridiciarisation : un condamné détenu peut-il par exemple porter plainte s’il ne reçoit pas les soins «  thérapeutiques » auxquels il a droit et cela dans les conditions d’un travail effectif ? Qui dira ces conditions ? A quoi peut s’exposer l’institution ou le soignant qui, quelqu’en soient les raisons, négligent ses droits ? Et notamment s’il est fait un lien entre cette absence et la réitération de conduites criminelles ? On peut penser ici aux criminels dit sexuels comme aux mères infanticides, aux filles et aux garçons ayant subi des viols….On s’en doute le problème du consentement au soin, inversement se pose avec d’autant plus force, entre assentiment et consentement où se situera la demande et en particulier quand il s’agit de mineur ?

12 Loick M. Villerbu et al. (2003) Dangerosité et Vulnérabilité en psycho criminologie, L’Harmattan, Paris. Loick M. Villerbu, Valérie Moulin, Vers un diagnostic psychocriminologique : construction de la dangerosité ou la fabrique des imprudences, pp.114-128. In Paul Mbanzoulou, Hélène Bazex, Olivier Razac, Joséfina Alvarez (2008) Les nouvelles figures de la dangerosité. L’harmattan. Paris.

13 Ce qui ne signifie nullement qu’il faille la réaliser en pratique ; il s’agit d’une injonction généralisée. Comme le disait un des participant du Colloque toute accord est inquiétant, tout consensus est échec à l’esprit de contradiction. Convenons ici qu’il serait plus séant de dire que le sujet ne trouve son être que dans sa capacité d’auto engendrement, à trouver en lui-même, sans en être dupe ! Sinon pour paraphraser Maldiney l’être se confondrait avec l’aître ou la carte avec le territoire, le parler avec la langue régionale et le moi avec le monde !

14 Crime de stupre et crime de stup. ! Et bientôt tout crime et toute violence ?

15 Loick M Villerbu (2006) Enfance et adolescence irrégulière, le temps des sanctions. Actes du colloque, Lisbonne et (2008), L’enfant de demain et le parent d’hier : perspectives critiques sur les nouvelles vulnérabilités personnelles et sociétales au regard de la clinique criminologique.pp.97-110 Direito das Crianças E Jovens, Actas do Coloquio, ISPA et CEJ, Lisboa, Abril 2007.

16 Véronique Jacquier, Joelle Vuile (2007), Les femmes, jamais criminelles, toujours victimes ? Editions l’Hèbe. Lausanne.

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