Histoire abrégée de la Criminologie en sciences humaines à Rennes 2.

Etape 1

Au début des années 1990, le Laboratoire de Clinique Psychologique, Psycho-pathologie et Criminologie (LCPPC), anciennement Laboratoire de Cliniques psychologiques (LCP), associé aux Sciences du Langage (LIRL, Rennes 2) dans l’EA “Anthropologie Clinique”, décide de proposer à l’Université Rennes 2 un ensemble fédéré qui témoigne plus largement des intérêts sociétaux et des besoins en recherches plurirégionales disciplinaires et universitaires dans le champ de la Criminologie.

Cette volonté est le résultat en cette période de la réorganisation de la recherche et des équipes de recherches de l’Université Rennes 2. La perspective plus anthropologique des chercheurs du laboratoire est entravée par le champ très étroit des recherches menées par une partie des membres du laboratoire avec lequel nous nous sommes fédérés, suivant une pente quasi-naturelle, composée de psychologues cliniciens essentiellement d’obédience psychanalytique et lacaniens et orientés exclusivement sur la thérapie.

Nombreux seront ceux qui à l’interne ou à l’externe de la discipline demanderont ce que vient la criminologie en Sciences Humaines ; discours qui n’était pas sans rappeler l’arrivée massive de la psychologie en faculté de lettres.

En 1993 le Laboratoire développe un enseignement sous la forme progressive d’un diplôme d’université (DU) en deux ans, intitulé Approches psychologiques en criminologie, ouvert à tout public (étudiants en formation initiale et en formation continue, venant de disciplines ou de métiers divers). Les enseignements deviennent très rapidement pluridisciplinaires, notamment par l’intégration du Droit et des apports des enseignants du LAUREPS (Laboratoire Universitaire de Recherche en Psychologie sociale) de Rennes 2. C’est le premier enseignement universitaire de Criminologie en France rattaché à une section de Sciences humaines, et associant dans une même formation la double dimension agressologique et victimologique de la criminologie.

Ce DU disparaîtra en 2004, après dix ans de fonctionnement régulier et très positif, lors du remaniement du cursus universitaire dit LMD et de la création des UES et UED (enseignements optionnels) mises en place au niveau de la nouvelle Licence. L’UFR de Sciences humaines comme l’Université Rennes 2 ne voient pas l’intérêt de maintenir le DU, alors considéré comme un doublon par rapport aux nouvelles options, en ne considérant que le cas des étudiants en formation initiale, en négligeant l’intérêt et l’attractivité de ce diplôme pour les professionnels, et en renonçant à une formule de diplôme autonome (un DU) qui n’a pourtant pas la même fonction ni la même lisibilité que des options inscrites dans un cursus disciplinaire.

L’enseignement initié par le DU se poursuit et se développe donc en s’intégrant au cursus optionnel du système LMD, mais en gardant son ouverture à des étudiants de toute discipline sous la forme de modules d’UED (unités d’enseignement diversifié) et non d’UES (réservées aux seuls étudiants de Psychologie). Des modules optionnels de Criminologie sont également maintenus et développés en master 1.

Entretemps, en 1999, a pu être ouvert un DESS de Psychologie, mention Cliniques criminologiques, premier du genre en France. Après le succès du DU, l’Université Rennes 2 devient ainsi la seule université française à proposer, dans un parcours de Psychologie, une filière complète de Criminologie et une spécialisation professionnelle de psychologues en ce domaine. Cette formation attire un grand nombre d’étudiants venant d’autres régions (voire d’autres pays) et d’autres universités, qui s’inscrivent alors à Rennes 2 dès le premier cycle ou au niveau du master 1 pour intégrer un cursus complet.

Particularités de ce DESS : il est ouvert à des non psychologues, avec un objectif : contribuer à former des langues communes dans une compréhension mutuelle des objets disciplinaires et des arts professionnels. Son intégration au monde professionnel se renforce d’une pédagogie spécifique : une semaine de cours, trois semaines de stages. Une référence commune : un parrain qui figure historiquement dans les grandes annales de la criminologie. Des cours de droit et de médecine légale voisinent avec les cours de psychopathologie, de psychologie sociale, de sociologie, de psychologie différentielle… Au fil des ans certains de ses enseignements disparaitront, ne pouvant soutenir le rythme et les volontés pédagogiques affichées, ou les évaluations faires semaines par semaines par les étudiants des différentes années.
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Il a 10 ans en 2009, traversant bien des aléas et des polémiques issues des milieux rennais enracinés dans une tradition hospitalière ou de cabinet et restant peu ouverte aux nouveaux espaces professionnels psy-. Ainsi pour en donner un exemple on lui disputera le fait de savoir s’il est délivré un diplôme de psychologie ou un diplôme en psychologie !.
DEA et thèses se succèdent. Des contrats de recherches sont signés avec différents ministères et collectivités.
Le DESS devient un Master professionnel de Psychologie, mention Cliniques crimino-logiques et victimologiques, en 2008-2009.
L’appartenance à un laboratoire mono disciplinaire s’avère de plus en plus insuffisant, tant sur le plan des formations que des recherches et travaux que des partenaires professionnels.

Etape 2

Parallèlement à cette alliance des pôles de recherche, alliance de circons-tances, l’Université Rennes 2 accepte la création d’un Institut – sans voter l’article 33 –, dénommé Institut de Criminologie et Sciences Humaines (ICSH). Rennes 2 est en cela aidé par la Ville de Rennes, qui dote la structure d’un équipement en bureau ; par la Région Bretagne qui, intéressée par cette innovation, dote l’ICSH de subventions de démarrage : secrétariat, ingénieur de recherches, chercheurs en post-doctorat. Pour une période de trois ans Rennes 2 accepte de mettre à disposition deux salles, qui deviennent le bureau du secrétariat de l’Institut et une salle de documentation où sont recueillis des travaux centrés sur la criminologie et des documents inhérents aux recherches et aux formations réalisées (rapports d’études, mémoires de recherche, thèses, etc…).

L’ICSH fonctionne avec un Bureau de gestion et d’organisation (CGO) et un Conseil scientifique. Il est étroitement associé aux laboratoires cités plus haut (LCPPC et LAUREPS) ; d’autres laboratoires s’y associeront. Les membres du bureau sont pour moitié des universitaires de Rennes 1 (Droit) et Rennes 2 (Psychologie), et pour autre moitié de membres extérieurs ayant des intérêts, de par leurs fonctions, à réfléchir et à proposer des innovations dans l’espace d’analyses et de réponses largement défini par la délinquance et la déviance. L’Institut, sous couvert de l’EA 2242 composée majoritairement de psychologues aux intérêts centrés sur la psychanalyse et la pratique de la cure, répond à des appels d’offres officiels et à des missions privées. Il perfectionne ses réponses en formations continues sous couvert du service du même nom de Rennes 2 (SEFOCEP), en France et à l’étranger.

L’intérêt pris par les travaux et le développement de l‘enseignement des champs touchant à la criminologie suscite un réel engouement universitaire. Parallèlement à ces créations se développe un enseignement de clinique et sciences cognitives, de droit et de sociologie en master 1 et master 2, et de médecine légale (Institut de Médecine légale, Université de Rennes 1) et de victimologie juridique (Université de Pau) pour le master 2.

Le Master professionnel de Psychologie, mention “Cliniques criminologiques et victimologiques” est mentionné en janvier 2007 au Journal Officiel parmi les diplômes ouvrant accès aux concours sur titres organisés pour le recrutement des psychologues de la fonction publique hospitalière.

Les analyses faites par l’AERES en 2008 mentionnent explicitement le développement et les engagements tenus par le laboratoire. Seul laboratoire mentionné positivement dans l’équipe d’accueil 2242 devenue EA 4050. L’AERES propose par ailleurs au laboratoire de s’associer à CRP2C (Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication, EA 1285). Chose qui ne se fera pas : des pressions sont faites pour donner à l’équipe 4050 d’expérimenter ses possibilités durant le plan quadriennal 2008-2011. La jonction aurait pu se faire dans la mesure où le LAUREPS est une composante du CRP2C.

2008 devient l’année de nouvelles transformations dans l’espace universitaire des enseignements. C’est l’achèvement de la mise en place de l’organisation dite LMD lancée en 2004 : enseignements de préprofessionnalisation en licence préparant à des « sorties » du système universitaire et à des orientations professionnelles spécialisées au niveau Bac + 3 ; définition de champs professionnels ; regroupements des masters ; création d’un master de “Cliniques criminologiques et victimologiques” intégré à un master plus large et composite dont il devient l’un des “parcours” optionnels, à côté d’un parcours de psychopathologie générale et d’un parcours de psychopathologie infanto-juvénile tous deux inscrits dans une orientation exclusivement psychanalytique et lacanienne. L’option de Criminologie est cependant explicitement mentionnée dans l’intitulé de ce nouveau master commun (Psychopathologie, Criminologie et Pratiques cliniques).

L’Université Rennes 2 et l’ICSH sont identifiés dans la communauté internationale des chercheurs et enseignants-chercheurs sous la rubrique Criminologie, et font référence en France et à l’étranger. L’ouverture d’un master international de Psychocriminologie donnant accès au titre de psychologue et de criminologue est prévu pour la prochaine rentrée universitaire, associant l’Université Rennes 2, l’Université de Liège (Belgique) et l’Université de Fribourg-sur-le-Main (Freiburg-am-Main, Allemagne).

Etape 3

Les projets d’étendre les perspectives de l’ICSH au niveau interrégional prennent forme suite aux développements des travaux et des contacts, de la mutualisation de certains enseignements et de la participation à certains travaux de recherche. Il apparaît notamment une étroite cohérence avec les travaux menés à Nantes en droit, avec le Laboratoire “Droit et Changement Social”. Le dépassement de l’ICSH en un groupement d’intérêt scientifique (GIS) intégratif est envisagé et permet également de faire face aux critiques internes récurrentes à la création de l’Institut et des développements de l’enseignement. L’objectif de cette création est d’assurer une meilleure représentativité des équipes de recherche et de la mise en commun des travaux.

Le GIS “Criminologie & Société” (CrimSo) est proposé en 2007, et les universités participantes (Rennes 2, Rennes 1, Nantes, ainsi que que l’Administration pénitentiaire d4ille-&-Vilaine, la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ Région Bretagne et Pays de Loire), et un organisme de gestion de cliniques médicales et psychiatriques (MédiPsy), s’associent pour inaugurer le GIS CrimSo en juin 2008.

La région Bretagne décide d’accorder une nouvelle aide financière, réduite, pour l’année 2008. La région Pays de Loire, sollicitée, n’est pas en mesure d’y souscrire au vu de ses règlements internes. Une réorganisation de la structure ICSH qui préside le GIS pour trois ans est alors mise en œuvre.

La question du maintien de l’existant se pose donc. Fin 2008 le secrétariat devient à mi-temps pour une durée de trois mois. Le départ de l’ingénieur de recherche et son remplacement par deux ingénieurs de recherche répondent aux nouveaux cahiers des charges et opérationnels depuis mai et novembre. Malgré ces incertitudes le GIS a mis en place plusieurs réalisations de qualité : la Lettre mensuelle de CrimSo (diffusée sur simple demande par internet ou en version papier) et le site internet CrimSo qui, en peu de temps, ont vu leur consultation croître de façon importante et nettement significative d’intérêts et de besoins constants et accrus pour les questions de violence, de déviance, de sécurité, en termes de recherches, de formations et d’informations.

Etape 4

Mise en perspective d’un Nouveau projet, Un Criminopôle susceptible de regrouper plusieurs régions de l’ouest, ouvertes aux renouveau universitaire, et d’autres laboratoires extérieurs à CRIMSO afin de développer une centre de ressources susceptible de mettre à disposition travaux, chercheurs et professionnels sur des axes prioritaires tout en gardant la contrôle sur les recherches scientifiques, à vocation européenne et internationale, susceptible de dialoguer avec d’autres centres du même genre sur le territoire national.

L’analyse de deux années d’existence montre qu’une masse critique de chercheurs pluridisciplinaires est nécessaire à la poursuite des recherches et travaux.
Parallèlement un projet voit le jour au sein de la communauté universitaire regroupé autour de PV Tourier ; plus d’une quarantaine de sites œuvrant de près sur la question criminologique sont rendus visibles sur le territoire national. Un 1e Colloque Universitaire a lieu le Trois février 2009, auquel les membres de CRIMSO et au-delà du grand ouest, participent.

Enseigner la criminologie dans ses faces plurielles devient à l’ordre du jour et se découvre comme une exigence.

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