Criminologie à Rennes 2…Une fête n’a pas eu lieu.

En 2015 il avait été programmé par L’Université Rennes 2, une célébration des Cours Publics de Rennes 2. Un changement de président a bousculé alors les priorités et les valeurs, remettant sine die, les moments féconds au cours desquels toute institution fait retour sur elle-même.

Nous pouvions être d’autant plus heureux que nous y participions et que l’existence d’une Criminologie tout à fait particulière, hors des sentiers battus et remâchés, issue aux courants trop sociologie radicale, trop sciences criminelles, trop psy- thérapeutique d’inspiration psychanalytique, idéologique, et à côté des réalités de terrain, des structurations institutionnelles et des changements de conception de métiers, avait inspiré aux opposants, maints guet-apens. Ces traces feront l’objet d’une autre histoire dans le Chapitre des Entretiens Psycho-Criminologiques.

Il est remarquable de voir qu’en 2016 se rend visible une autre forme de guet-apens : n’ayant pu retoquer le courant psycho-criminologique qui a trouvé ses débouchés et ses emplois, la démarche d’opposition se fait assimilatrice et dénie toute validité à une construction psycho-crim. Ainsi mise au rang d’accessoires encombrant, au profit des savoir psychanalytiques déjà constitués en kits, et peu susceptibles de subversion, se profile une régression tant topique que dynamique ou économique des constructions renouvelées. Le monde de demain qui se prépare est un monde aux petits doigts sur la couture du pantalon. Un chapitre Le « bêtisier », en donnera des illustrations.

Trêve de bavardages ! Qu’avions nous écrit ?

CRIMINOLOGIE COURS PUBLIC RENNES 2

La criminologie au XXI siècle. Quelques enjeux contemporains.

L-M Villerbu, Pr émérite, Psychologie, Psycho-Criminologie

Participer au Cours public de Rennes 2 a toujours été plus qu’une conférence ou un séminaire… un en plus, puisque c’est la reconnaissance de la part prise par une thématique disciplinaire dans les savoirs contemporains, dans les préoccupations sociétales, dans les enjeux pédagogiques. Le cours public, pour celui qui s’y risque une première fois, a toujours été une quasi signature attestant de l’originalité d’un point de vue et de sa capacité à être porté par l’Institution Universitaire. On peut se dire que les places étaient chères. Et y aller c’était s’exposer aussi à des représailles. Elles ne manquèrent pas et continuèrent à être futiles au regard des enjeux que se donnait l’Université des savoirs, dans sa visibilité.

Que reste-il de ce programme ? Que sont devenus les enjeux d’alors ?

Il ne s’agissait pas de dire tout sur cette discipline toujours contestée, mais de projeter quelques tendances fortes témoignant, au moins partiellement, de son dynamisme théorique et des champs investis et de ses capacités à renverser certains regards. Pour cela il fallait des auteurs de renom ; ils ont accepté de participer à cette aventure. 10 Cours, 10 regards critiques ,10 points de vue mis au travail, deux grands ensembles de questions : comment nous en sommes venus là où nous sommes ? Qu’est-ce qui change quand la référence aux sciences cliniques et à la désarticulation du regard social rendu par trop évident, se fait plus insistante ? Qu’est-ce qui, alors, s’invente ou se crée ?

Pourquoi une Criminologie en Sciences Humaines alors qu’elle semblait être si bien appareillée aux sciences criminelles, droit pénal, psychiatrie et médecine légale, sciences sociales ? Force est de constater que ce furent les mêmes remarques qui se firent quand la psychologie clinique investit si massivement les sciences humaines ou les sciences de l‘homme, les pratiques de veille ou de soin, il y a un peu plus d’un demi-siècle. Il y a là un pari, celui d’un renouvellement des savoirs et des pratiques. Si la folie, devenue maladies mentales ou souffrances psychiques, a bien été le grand moment du XXe siècle, dans une volonté sans cesse réaffirmée, de soin et de déstigmatisation , c’est ce qui œuvre, met à mal le lien social, dans ses conditions étiologiques, qui s’est trouvé au-devant de la scène contemporaine répressive et réaffirmé dans le début du XXI siècle. Nous avons changé de lieux d’enfermement, parfois de populations, avec un même et égal souci, avec d’autres contraintes. Comprendre, expliquer, Intégrer, insérer, faire la part des choses, adapter des conditions élémentaires de vie et de lien lorsque aucun changement n’est prévu comme possible. Ainsi sont nés à la fois, à Rennes 2, une clinique criminologique et un savoir psycho-criminologique.

C’est un tel itinéraire qu’a pu tracer M. Renneville, Chargé de mission Histoire à l’ENAP et chercheur au centre Koyré, dans les rapports de la psychiatrie, du psychiatre et du criminel ; rejouant ses ouvrages il a initié au débat contemporain, né de tout ce cheminement. Le voyage à travers le temps est devenu un voyage dans les univers polémiques actuels. La pensée sur le criminel a cheminé avec les théorisations médico scientifiques, avec et sur tout ce qui pouvait engendrer des traces et des causalités. Deux siècles d’enquêtes médicales et judiciaires, de la folie criminelle à la folie du crime, toujours suspendus à cette interrogation sur le droit de punir (par quoi s’est également construite la psychiatrie), sur cette inquiétante et insistante proximité de chacun avec la personne-cause des plus abominables des crimes.

Ou encore Éric Pierre, directeur de HIRES et maitre de conférence d’histoire contemporaine, dans le regard systématique posé sur le traitement sociopolitique de la délinquance des mineurs dans un entre-deux guerres, dans la différenciation progressive des intervenants, des institutions et des étayages plus ou moins savants, des savoirs dire et faire sur la délinquance des mineurs, le délinquant… tout à la fois et progressivement mineurs de justice, enfant de… tout ce qui allait préfigurer le changement d’une institution de la justice en Protection Judiciaire de la Jeunesse dans laquelle l’éducation surveillée, rendue plus proche de toutes formes de stratégies de changement, s’avère être un moyen, parmi d’autres, etc.

Jean Danet, juriste et Maitre de Conférences, illustra l’actualité d’une société en mal de sécurité, dans la perte trop apparente de ses repères, démultipliant (et parfois frénétiquement) ses normes pénales, au risque de faire regretter un monde meilleur ou de contribuer à des solutions populistes encore plus déliquescentes, individualistes et trop vite bornées. La référence au bouc émissaire ne pouvait qu’être présente dans cette construction où ce qui fait l’insécurité plus que le désordre public engage des rapports de surenchères au plus répressif ; un surplus qui loin de faire réfléchir le plus grand nombre entretient l’illusion d’un pouvoir capable de tout gérer et réglementer.

Rendre encore et toujours plus proche, c’est la tâche que s’est fixée Dominique Simonnot dont les chroniques, ironiques, humoristiques et parfois douloureuses dans le Canard enchainé témoignaient bien de ce qu’elle ne s’en laisse pas conter devant des dispositifs et procédures qui sont ou peuvent être, au seuil de perdre leur humanité. Le regard parfois cruel qu’elle porte sur ces inhumanités, dans la fonction de veille qu’elle s’était donnée, laissait difficilement indifférent. La force de son écriture, la justesse de ces idées tient à son expérience de terrain et bien avant qu’elle ne devienne journaliste. Ici le droit n’est plus formel, il taille à la hache, avec ses procédures, les misères sociales les plus communes ; elle montre l’excès des ignorances dans lequel bien souvent se trouvent, parmi les justiciables, les gens de peu.

Une deuxième série de cours, moins historique critique, plus cliniques et épistémologiques, avait la mission de dire ce qui change, ce qui allait pouvoir changer, là où les sciences humaines cliniques, sociales et politiste sont requises et semblent appareiller à la manière d’une orthèse des disciplines que l’histoire a pu rendre intemporelle.

Le témoignage dans l’identification au cours d’une enquête criminelle, traité par Alain Somat, Pr de psychologie sociale, rendait plausible, au-delà d’une opinion, les biais méthodologiques et les aprioris, forçait à une approche heuristique plus que technologique ou d’ingénierie, des savoirs déjà là. Nous étions sur la trace des travaux du siècle dernier, simulation, mensonges, allégations, influençabilité… dans les travaux les plus contemporains, le plus souvent de langue étrangère, attestant de la présence d’une pensée criminologique dans un espace déterminé, là où dans la France universitaire, les timidités disciplinaires rendent un tel travail impossible ou en catimini. Comment se construit l’erreur dans les procédures d’attribution, dans les processus de différenciation. Thématique d’autant plus déterminante au regard de l’homme et de la liberté que le quotidien des savoirs faire forensic y est confronté.

Pareillement, Dominique Lindhardt, sociologue et politiste s’est donné une tache, pour un temps long et on ne peut plus actuel : explorer et discuter les fondements théoriques des discours sur le terrorisme, résister aux réductions trop aisées des définitions empruntées aux répertoires de la guerre et de la criminalité ou des mouvements de mobilisation sociale. Plongée dans l’histoire certes mais de celle qui a créé les concepts et le références pour montrer et augmenter sur d’autres représentations opératoires de ce qui se décrit comme terrorisme pour en trouver une définition. Il rassemble dans une pensée dialectique trois propositions par lesquelles il démontre ce qui se crée par le terrorisme : un espace du soupçon par des attaques qui viennent corrompre et dissoudre toute forme de fiabilité, érigeant une insécurité ontologique, dans l’interruption brutale du monde commun, de la vie ensemble, de toute concorde. La terreur comme technique modifie les environnements physiques, matériels et humains, dans des embuscades permanentes, fanatiquement.

Les Nouveaux enjeux de la médecine légale présentés par M-A Le Gueut, Pr de Médecine légale donnaient sens aux modifications des dispositifs et des missions historiquement confiées à la médecine légale conçue comme médecine des morts ou des cadavres. On sait l’histoire difficile de la Médecine légale en France, on savait moins ses changements progressifs de mission. Sans rien renier de ses objets antérieurs, sans prendre le risque de disparaitre dans une science forensique c’est le temps passé auprès des vivants qui fait la différence fondamentale. Vivants et Victimes. La victimologie avec le poids contemporain qu’elle représente dans la santé publique se place dès lors près d’une Agressologie. Le soin à prendre acte des blessures exposées, de leur condition de survenue, de noter le dommage subi en ITT se double d’une attention aux dommages psychologiques, non seulement d’un point de vue diagnostique mais aussi d’accompagnement. C’est sur de tel modèle que se sont inventées les Unités de Médicine Judiciaire et autres dispositifs. Sans doute faudra-t-il imaginer que s’autonomisent des Unités de Victimologie afin que se forment des spécialistes et que des recherches puisse se faire de manière plus systématique.

Avec Robert Cario, Pr de sciences criminelles et inventeur de la pensée sur la justice restaurative en France, comme avec Philippe Pottier, Sous-direction des personnes placées sous-main de justice, et aujourd’hui Dr. de l’ENAP c’est sur des innovations radicales que les problèmes traités se déplaçaient. Vers une victimologie au grand jour, pour l’un, capable de parier sur les effets engendrés par le processus pénal, en vue de retrouver une autre conscience de soi et de l’autre, au travers des violences subies et des violences agies : s’expliquer (ex-plicare, plexere) avec un autre, pariant sur les besoins d’intelligibilité des uns et des autres. Avec le second s’annonçaient les grandes transformations que l’actuelle loi Taubira systématisera après qu’un corps de métier, (dispositif SPIP) ait eu le temps de faire ses preuves et de reconsidérer son action globale. Accompagner une personne sous-main de justice oblige à des protocoles particuliers, rend nécessaire des dispositions singulières, la mise en place d’une démarche diagnostique susceptible de proposer de orientations et de traitements. Bien plus qu’un assistanat social, bien plus que la surveillance du respect de ce qui a été prescrit par l’énoncé pénal : parions que ce nouveau partenaire aura des effets de vagues et viendra contraindre les acteurs d’autres dispositifs à complexifier leur propre statut et intervention. Une autre clinique se crée.

Ce fut une année riche, prospective dont les effets sont perceptibles. Deux ans après le ministère de l’enseignement et de la recherche programmait une Conférences sur la faisabilité de l’Enseignement de la Criminologie en France. On sait le sort qu’il en fut dans le changement de majorité présidentielle.

Loick-M Villerbu, 15 novembre 2014.

Les Cours Publics se trouvent sur le site de l’Université Rennes 2.

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