Entretien Psycho-Criminologique (7), TIDC, Psycho-Criminologie et médiations projectives.

À propos du TIDC, le Test d’Intégration Différentielle des Conflits. Modèle IDC

Entretien avec L-M Villerbu

Q. : C’est à partir du PF de S. Rosenzweig que vous avez inventé le TIDC. Parlons de votre invention du TIDC. Comment le situez-vous aujourd’hui dans le développement de vos recherches en psycho-criminologie ?

R. Reprenons les dernières notes de 2014. Elles mettaient en perspective les travaux commencés en 1965 et soutenus en thèse d’état en 1969. Bien avant que l’orientation Psycho-Criminologique ne me devienne dominante dans le parcours universitaire et scientifique. D’abord identifiée en Forme revissée du PF de Rosenzweig, l’appareil a reçu s’est définitivement fondé en 1993 lors d’un congrès des Méthodes Projectives, à Lisbonne.

Le Test d’intégration Différentielle des Conflits, dit TIDC, a été, rétrospectivement, la première
étape méthodologique d’une construction théorique qui a abouti à l’Analyse Axiomatique, Sérielle, Polymorphe et Séquentielle en Psycho–Criminologie. C’est dans le champ des médiations projectives (Voir Psycho-Pathologie projective) que cette analyse est d’abord développée ; elle a donné lieu à l’approche bioscopique, théorisée par la suite dans le cadre d’une analyse axiomatique et de l’observation systémique des vulnérabilités psychiques et sociétales. 

C’est un programme d’analyse de dossiers d’auteurs d’agressions à caractère sexuel, financé par la DI Pénitentiaire de Rennes (1995), qui en a été le vecteur principal. Etude elle même précédée de travaux d’étudiants (notamment Nicole Vidal) dans le cadre d’un master de psychopathologie. Le Master de Psycho-Criminologie n’était pas encore inventé.

Q. : Qu’appeliez-vous sérialité dans ce contexte ?

La sériation dans le TIDC est abordée sous deux faces, d’une part les situations analogiques(4×4) catégorielles spécifiques et le rang qu’elles occupent dans un ensemble (tendances), d’autre part les formes existentielles, par lesquelles chaque sujet prend position, sur lui-même et sur ses attentes, tel qu’il se représente dans son environnement, et sur les problèmes spécifiques rencontrés.(la Formule existentielle, combinaison EA/IA/MA-OD/ED/NP)

Q. : et concrètement ?

Cela renvoyait au travail de tri des propositions (planches) faites par SR, à l’étude de leur rationalité structurelle et à la réécriture des codes d’analyse. La base en était l’analyse axiologique et non plus en référence au stress qu’il soit passif/actif-interne ou externe. Les catégories situationnelles deviennent phénoménologiques au lieu d’être parlées aux confins de la théorisation analytique et de la langue psycho-biologique. L’analyse se fait axiologique, le TIDC en devient une méthodologie d’un modèle générique, IDC.

Q. : C’est-à-dire ?

R. : Deux réponses s’imposent,

* Avec le TIDC/IDC l’objet de la recherche est bien de repérer des modes organisateurs de l’expérience subjective; leur interprétation ne renvoie pas seulement au sujet comme état ou comme traits mais aux effets supposés, attendus de leur manifestation. Le modèle est celui de la posture, de la présence (phénoménologie), au sens où l’une en attend une autre. Si les formes existentielles relevées renvoient bien toujours aux identifications structurantes un pas de plus est demandé ici, dans un contexte spécifique, intersubjectif, celui d’une analyse stratégique.

Si de toute position l’on attend bien une position en retour, d’autrui, il est alors possible de considérer chaque réponse comme une mise en demeure d’autrui, une forme d’assignation et d’attribution. C’est, ce faisant, insister ici sur l’aspect transféro/contre transférentiel. C’est, pour un autrui, se demander, qu’est-ce qu’il me veut ? Qu’est-ce que ça me fait ?

* Dans la théorisation première de SR (1907-2004) chaque tendance (cumul de positions) repose sur un rapport frustration/agression (modèle réflexologique), sur les rapports culpabilité/agressivité (modèle psychanalytique) dont les destins sont repérables dans des directions de l’agression et dans le sort fait à ce qui fait obstacle.

Dans cette perspective SR pouvait interroger le rapport à l’inconscient sur la base d’un refoulement et ordonner des interprétations (peu travaillées) dans les rapports aux névroses. Ce diagnostic structural intéressait peu au fond SR. Son propos était ailleurs ; cette fondation par l’inconscient une fois acquise (disposer d’un modèle) et admise (pouvoir être repéré dans le milieu projectif théorique) SR a par ailleurs élaboré nombre de projets dans les rapports au changement (éducation et thérapie/dispositifs). Un destin qui par bien des aspects peut ressembler à celui de E. Shneidman (1918-2009), auteur du MAPS (1952) dont on sait les travaux sur le suicide (catalogue SUDOC).

Q., Revenons aux prescriptions vous faites du TIDC. Comment les synthétisez-vous ?

R. : Le TIDC permettait de recouvrir les deux fonctions diagnostiques et didactiques:

-études et évaluations des situations vulnérantes spécifiques. Ici les quatre catégories analogiques.
-Etablissement de la Formule Existentielle selon une double analyse : une stratégique et une analyse psychopathologique.

Q. : C’est ce qui vous a permis, in fine, de modifier l’usage du PF de SR ?

R. : le TIDC est à la fois un instrument diagnostic et une médiation projective dans un cadre groupal de formation, IDC.

Les élaborations actuelles travaillent le modèle IDC dont le test est une variante. Dans cette perspective Test et Guidance projective (individuelle et groupale), on dira qu’il en existe deux usages.

* L’IDC-S1. Objet/objectif. Normes du groupe, normes idiomatiques et normes situationnelles sont
les objets du travail.

Méthode : les images sont projetées (vidéo) dans l’ordre donné par le TIDC et selon une consigne singulière vont permettre de réfléchir aux catégories situationnelles actives et implicites, sur la base de stratégies de présence dites conventionnelles. (Intégration Différentielle des Conflits, Sériation1)
* L’IDC-S2. L’objet/l’objectif est de produire du récit projectif individuel ou groupal, intégrant des
types de vulnérabilités spécifiques et d’en analyser leur destin dans le jeu conflictuel mis en scène.
Méthode : les images sont présentées en vrac, et non plus en cahier, (leur rang dans la série a été effacé). Chaque sujet choisissant la combinaison qu’il souhaite, en groupe de quatre images. (Intégration Différentielle des Conflits, Sériation 2). Ceci constitue une variante du test des limites du MAPS/EAS (en usage varié dans nombre de propositions projectives structurées, non structurées et semi-structurées, (cf. note)

* L’IDC-S* D’autres variantes expérientielles et en groupe, sont possibles, sur des objectifs privilégiés dans la perspective de gestions psycho-éducatives des conflits et crises. Ces expériences ont été développées, par exemple, dans le cadre de la MOME en formation continue, du suivi SPIP (Polynésie) ou encore des travaux entrepris par Noémie Destoc (Métropole) dans la préparation à la sortie, des PPSMJ.

Q. : et dans une perspective psycho-dynamique en relation avec d’autres formules ?

R. : Le modèle IDC a fonction de permettre un même dynamique de débats que le système GPPR en clinique de la probation. Il est d’ailleurs en usages dans cette dimension de sortie.

Q. : Reprenons, vous avez évoquez une double analyse stratégique et psychopathologique. Qu’en est-il ?

R. : La perspective classique des épreuves projectives est de permettre une description et une observation des tendances ou insistances avec lesquelles un sujet élabore un monde propre, qu’il fait sien, ou encore, crée et tente de gérer les problèmes qu’il engendre. La démarche opératoire des épreuves projectives se tient sur une formule, la projectivité ou mise en scène d’un conflit qui, intersubjectif trouve son origine dans une conflictualité (modèle de l’inconscient) dite intra psychique ou intra subjective qui ne cesse de se rejouer.

Une double opérativité est supposée à l’œuvre chez tout sujet : un mode d’engendrement et un mode de maintien de ce qui est engendré.

– Ce qui inclue une démarche de vérification et de consolidation d’une position axiomatique et de son enchâssement dans une structure psychopathologique éventuelle.

– Ce qui renvoie aux modes, structures, schèmes affectifs et cognitifs, aux croyances et représentations liées. Si le modèle de l’inconscient fait référence, il est intégré à d’autres dimensions institutionnelles, anthropologiques et tel qu’il le pourrait être dans un espace thérapeutique organisé en vue d’un changement intra et intersubjectif.

Formation au modèle IDC/TIDC. Demander informations.
* Le TIDC, version révisée du Test de Frustration de Saül Rosenzweig, par Loïck- M. Villerbu, voir (1996) Psychopathologie Projective. Préface de Georges Lanteri Laura. Ed. ARCP. Thèse Doctorat d’état 1969.

Pr. Emérite, Loick M. Villerbu, Cabinet-Psy, Société Bretonne de Psycho-Criminologie et Psycho-Victimologie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s