Adultocentrisme criminogène.

…ou la croissance exponentielle des conduites criminelles de victimation.

Dans le Monde Magazine (30 janvier 2010), Catherine Vincent ouvre un débat autour de Mes parents, ces espions, en même temps qu’elle le referme par le biais d’une tendance on ne peut plus forte aujourd’hui (mais sans doute pas plus qu’hier pour d’autres thèmes) : « avec les ados, l’heure n’est plus à la confiance, place à la surveillance. Tout l’attirail est disponible : du test de drogue au contrôle du téléphone. »

Comment mieux faire peur et désigner des coupables, i.e. des empêcheurs de tourner en rond ?

Ce qu’elle dénonce est sans doute aussi symétrique que l’attitude prise pour le faire. Dans les deux cas il y a du héros et de la victime, dans tous les cas il y a une tendance manifeste à jouer dans la cours de la revendication et de la dénonciation. Et à se soumettre à une véritable culture de la revendication dans des couples sémantiques opposant vertueusement innocence et perfidie, calcul et spontanéité, machinisme (le diable technologique et ses anges pervers) et apprentissages sur le tas (la belle innocence des découvertes).

La société Taser offre aux parents et/ adultes ayant autorité la possibilité technologique de contrôler tous les textos, courriers, photos et vidéos et de les censurer, si le besoin s’en faisait sentir. Ou encore une société française offrirait la possibilité de déceler les traces de drogues dures sur toutes surfaces manipulées par des ados suspects de… On sait déjà la possibilité d’implants de puces pour un suivi GPS… Des technologies qui sont (presque) déjà en place dans le cas de personnes condamnées ou en cours de contrôle dans le cadre d’une cure… ou d’une interdiction de s’approcher(les violent(e)s conjugaux) dans le second cas. il y a peu de remarques, dans le premier cas cela ferait scandale dans le second ? On pourrait aussi imaginer des détecteurs éthylométriques systématiques intégrées aux caméras de surveillance au retour de permission, des patients en cure de sevrage…

Bien entendu les motifs présentés pour de tels contrôles sanitaires ou de politique criminelle sont toujours présentés pour le bien de celui qui en serait l’objet. Sans doute l’argument est-il un peu plus travaillé qu’auparavant et joue-t-il de la dénégation : « le but est de prouver que vous n’êtes pas un ennemi et que vous êtes prêts à l’aider », ou encore cette autre injonction aux décideurs «  c’est vous qui fixez les règles ».

En opposé, l’auteure présente la liberté retrouvée et masquée que représentent les sites comme face book et autres blogs… la construction d’un anonymat garantissant l’exercice de la liberté (sic) ou du désir de sujet(sic) contre l’intrusion d’un big brother.
Et met en scène une représentation de la famille, vorace, dont la cupidité se tiendrait dans/de l’intimité et l’absolue nécessité pour sa survie,, de tout lui dire dans le contexte de conseils de famille dont l’urgence le disputerait aux soupçon et aux preuves attestant d’une trahison littéralement anti-culturelle.
Une mise en scène organisée entre un détecteur d’intimités, une famille qui s’auto prescrit et des normes dont la valeur serait évidente; une technologie roue de secours d’un processus autophagique.

A qui veut-on vraiment faire peur quand on affirme « il ne leur restera plus alors qu’à fuguer » ?( à ces ados… et pourquoi pas le suicide)
Mais surtout qu’est-ce qui dans ce raisonnement aux allures d’un constat d’expériences dogmatiques, fait défaut ?

Sinon une référence inamovible, celle de l’adulte qui sait, au dessus de la mèlée et jamais l’ado. qui dans ses groupes référentiels apprend par expériences. Au lieu de supposer une logique ou une morale à l’œuvre, subordonnant toutes les autres il serait plus rationnel et plus expérientiel de supposer qu’au discours œdipien qui construit de tels discours catastrophiques dans une curieuse calamité à sens unique, dans un espace sans relief, il y en a un autre, peut être pas mieux, mais existant : celui de la parité et de l’échange d’expériences intra et intergénérationnelles. Affirmons donc bien plutôt : en quoi et comment un adulte décideur est-il prêt à abandonner de la croyance en son pouvoir de prédire ?

Il n’y a jamais loin, de la leçon de morale à la prédiction et inversement. Et le pire n’est jamais plus devant que derrière nous… avec ou sans technologie de pointe.

Nous ne pouvons pas supposer un monde plat sans nous laisser prendre à un jeu de miroir. Miroir dont les manques à réfléchir donne les certitudes d’une bien pensance. Comme il est aisé de l’attribuer à un tiers persécutant ! Ces pseudo-défaillances réifiées en défaillances font le bonheur de qui ? Quelles en sont les retombées politiques attendues ? Comment et pourquoi construire du non événement ? Sinon parce que le profit de ceux qui le construisent n’y est pas rien !

Certains se battent pour du pétrole ou des terres… d’autres pour garantir l’intégrité d’un espace-temps professionnel de lobbying. Diaboliser ? Il en restera toujours quelque chose, comme tôt ou tard la preuve d’une légitimité. Celle du nihilisme.

Certains s’entichent des criminels offerts par les médias, on les appelle les enclitophiles. D’autres, en symétrie chercheront toujours à égaler Erostrate. Par ailleurs, si les devins ont une fonction, reconnaissons- le, c’est celle d’entretenir le conflit entre une raison expérimentale et une croyance asséritive, le doute et l’adhésion.

Conclusions ?

Valette Pierre (1903) De l’Erostratisme ou vanité criminelle. Lyon, A Stork et Cie.
Laroche Ivan Claude (1946) Prestige du crime ou les amoureux des criminelles. SPE. Paris.
Catherine Vincent (2010) Monde Magazine. Drôle de bête. Mes parents ces espions. No.20 ; 30 janvier, p.12

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